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GILLES DE RAIS : COMPAGNON DE JEANNE D’ARC, MEURTRIER D’ENFANTS, INVOCATEUR DE DÉMONS 📆 26 octobre 1440

Le 26 octobre 1440, Ă  Nantes, Gilles de Rais meurt sur l’échafaud. Ancien compagnon d’armes de Jeanne d’Arc et marĂ©chal de France, il est alors condamnĂ© Ă  ĂȘtre pendu, puis brĂ»lĂ©. DerriĂšre ce chĂątiment se cache l’une des affaires criminelles les plus noires du Moyen Âge : celle d’un grand seigneur accusĂ© d’avoir violĂ© et tuĂ© des dizaines, peut-ĂȘtre des centaines d’enfants, et d’avoir cherchĂ© dans l’alchimie et l’invocation des dĂ©mons le moyen de retrouver sa fortune perdue.

Un héros avide de gloire

Gilles de Rais naĂźt vers 1405. Il combat aux cĂŽtĂ©s de Jeanne d’Arc lors de la levĂ©e du siĂšge d’OrlĂ©ans, puis assiste au sacre de Charles VII Ă  Reims. À vingt-quatre ans, le roi le nomme marĂ©chal de France : il incarne alors le jeune noble victorieux, riche, brillant et couvert d’honneurs.

Mais aprĂšs la capture de Jeanne d’Arc, il se retire sur ses terres, entre Bretagne, Anjou et Poitou. Il dilapide peu Ă  peu une immense fortune dans un train de vie somptueux, dans des fondations religieuses, des chapelles, des banquets et surtout des spectacles grandioses. En 1435, il finance Ă  OrlĂ©ans le MystĂšre du siĂšge d’OrlĂ©ans, une immense piĂšce cĂ©lĂ©brant Jeanne d’Arc et sa propre gloire. La mise en scĂšne exige des centaines de figurants, des costumes, des banquets et des distributions de vivres : la dĂ©pense est colossale.

La quĂȘte de la pierre philosophale

RuinĂ©, Gilles de Rais cherche Ă  reconstituer son trĂ©sor. Dans son chĂąteau de Tiffauges, il fait venir alchimistes et praticiens de l’occulte. L’objectif affichĂ© est la transmutation des mĂ©taux en or aprĂšs avoir dĂ©couvert la pierre philosophale.

Lorsque l’alchimie Ă©choue, le rĂ©cit du procĂšs raconte qu’il se tourne vers la magie noire. Avec son clerc italien Francesco Prelati, il se rend dans une chambre basse du donjon, y trace des cercles et des signes, brĂ»le encens, myrrhe et aloĂšs, puis invoque des dĂ©mons — Barron, Oriens, BelzĂ©buth ou BĂ©lial — pour obtenir richesses, savoir et puissance.

Il faut toutefois le dire clairement : cette dimension relĂšve surtout des accusations, des aveux et de la lĂ©gende noire construite autour de Gilles de Rais. Aucune preuve matĂ©rielle indĂ©pendante n’atteste l’existence d’un vĂ©ritable laboratoire alchimique ou de sacrifices rituels Ă  Tiffauges.

Les sacrifices d’enfants

La tradition issue du procĂšs prĂ©tend qu’il sacrifie des enfants dans le cadre des rites destinĂ©s Ă  activer la pierre philosophale ou Ă  conjurer les esprits. Leur sang, leur mort ou leur souffrance y sont prĂ©sentĂ©s comme des offrandes capables de donner puissance aux invocations.

Gilles de Rais fait recruter des enfants pauvres en leur promettant nourriture, argent, apprentissage ou place de page. Ses serviteurs les conduisent ensuite dans ses chĂąteaux, oĂč ils se trouvent coupĂ©s de leur famille et de toute protection.

Les spectacles servent de couverture : un enfant peut y ĂȘtre prĂ©sentĂ© comme figurant, chantre ou domestique. Ce prĂ©texte facilite son enlĂšvement, masque sa disparition et permet au baron de commettre ses crimes Ă  l’abri des regards.

Arrestation et procĂšs

L’affaire Ă©clate en 1440, lorsque Gilles de Rais fait arrĂȘter un ecclĂ©siastique dans l’église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte. Cet acte de violence contre l’Église provoque l’intervention de l’évĂȘque de Nantes, Jean de Malestroit, et du duc de Bretagne. Le 13 septembre 1440, Gilles de Rais est citĂ© Ă  comparaĂźtre ; il est arrĂȘtĂ© peu aprĂšs et conduit Ă  Nantes.

Son procĂšs rĂ©unit alors deux juridictions. Le tribunal ecclĂ©siastique l’accuse d’hĂ©rĂ©sie, d’apostasie, d’invocation de dĂ©mons, de sacrilĂšge et de crimes contre la morale chrĂ©tienne. La justice ducale, elle, le poursuit pour les enlĂšvements, les viols et les meurtres d’enfants, ainsi que pour sa rĂ©bellion contre l’autoritĂ© du duc. Les enquĂȘtes s’appuient sur les tĂ©moignages de familles, de serviteurs et d’anciens complices, mais aussi sur des aveux obtenus dans des conditions contestĂ©es.

Le procĂšs s’ouvre officiellement le 19 octobre 1440. MalgrĂ© les protestations initiales de Gilles de Rais, qui dĂ©nonce une procĂ©dure illĂ©gitime, les charges s’accumulent. Le 25 octobre, il est condamnĂ© Ă  la pendaison, suivie de la crĂ©mation de son corps. Le 26 octobre, il est exĂ©cutĂ© Ă  Nantes, place du Bouffay, avec deux de ses serviteurs. À sa demande, le juge lui accorde que son corps ne soit pas entiĂšrement consumĂ©, afin qu’il puisse recevoir une sĂ©pulture en terre d’église.