Aujourd’hui à la une
Les célébrations notables
Bonne fête aux Crépin
Jour de la betterave le 4 brumaire
Journée européenne de la justice
Journée mondiale des pâtes
Les évènements notables
1983 – Invasion de la Grenade par les États-Unis
Le 25 octobre 1983, les États-Unis lancent l’opération Urgent Fury pour envahir la Grenade, à la suite d’un coup d’État marxiste ayant renversé le gouvernement. Officiellement motivée par la protection des citoyens américains, l’intervention provoque la condamnation internationale. L’opération renverse le régime en quelques jours et installe un gouvernement pro-américain.
1945 – La société PPA (Porte-plume, Porte-mines et Accessoires) débute en France
Le 25 octobre 1945, la société PPA est fondée à Paris. Elle se spécialise dans la fabrication de stylos et d’accessoires d’écriture à une époque où la France se reconstruit après la guerre. L’entreprise deviendra célèbre sous le nom de Bic, révolutionnant le monde de l’écriture avec le stylo à bille inventé par László Bíró et commercialisé à partir de 1950.
1917 – Fin de la bataille de la Malmaison
Le 25 octobre 1917, l’armée française remporte une victoire importante sur le Chemin des Dames en prenant le fort de la Malmaison. Cette bataille, menée par le général Maistre, marque une revanche après l’échec de l’offensive Nivelle du printemps. Bien que limitée, la victoire redonne confiance à l’armée française, épuisée par des années de guerre… lire l’article
1760 – George III devient roi de Grande-Bretagne et roi d’Irlande
Le 25 octobre 1760, George III monte sur le trône à la mort de son grand-père George II. Son long règne, de 60 ans, est marqué par de profonds bouleversements, dont la perte des colonies américaines et la montée en puissance du Royaume-Uni en Europe. Atteint de crises de folie, le roi sera plus tard placé sous la régence de son fils.
1722 – Sacre de Louis XV
Le 25 octobre 1722, Louis XV est sacré roi de France à Reims, un an avant sa majorité. Âgé de douze ans, il succède à son arrière-grand-père Louis XIV sous la régence du duc d’Orléans. Son règne, long mais controversé, verra la prospérité du royaume s’éroder, notamment à cause de la dette, des intrigues de cour et des défaites militaires.
1555 – Abdication de Charles Quint
Le 25 octobre 1555, l’empereur Charles Quint abdique à Bruxelles, cédant les Pays-Bas à son fils Philippe II d’Espagne. Épuisé par des décennies de guerres religieuses et de conflits politiques, il se retire dans un monastère en Espagne. Cette abdication marque la division durable de l’Empire de Charles Quint entre les branches espagnole et autrichienne des Habsbourg.
1415 – Bataille d’Azincourt, victoire anglaise
Le 25 octobre 1415, les troupes anglaises du roi Henri V remportent une victoire éclatante sur les chevaliers français à Azincourt, pendant la guerre de Cent Ans. Malgré leur infériorité numérique, les archers anglais déciment la noblesse française grâce à leurs arcs longs. La défaite humiliante affaiblit durablement la France.
1154 – Décès du roi d’Angleterre Étienne de Blois
Le 25 octobre 1154, Étienne de Blois, roi d’Angleterre depuis 1135, meurt à Douvres. Son règne fut marqué par une guerre civile dévastatrice contre Mathilde l’Emperesse, prétendante au trône. Sa mort met fin à cette période chaotique, surnommée “l’Anarchie”, et permet l’avènement d’Henri II Plantagenêt, fondateur d’une nouvelle dynastie.
732 – Bataille de Poitiers qui voit une victoire des Francs, des Aquitains et des Vascons sur des Arabes omeyyades
Le 25 octobre 732, les troupes franques dirigées par Charles Martel affrontent les forces musulmanes omeyyades près de Poitiers. La victoire franque met un frein à la progression islamique en Europe occidentale. Cette bataille, devenue un symbole de la défense chrétienne, renforce la légitimité politique de Charles Martel et prépare l’avènement carolingien.
Les naissances et décès notables
1992 – Naissance de Clarisse Agbegnenou, judokate française
1984 – Naissance de Katy Perry, chanteuse américaine
1983 – Naissance de Nawell Madani, humoriste, animatrice et productrice belge
1965 – Naissance de Mathieu Amalric, acteur et réalisateur français
1931 – Naissance de Annie Girardot, actrice française
2022 – Décès de Pierre Soulages, peintre et graveur français
1976 – Décès de Raymond Queneau, romancier, poète, dramaturge, traducteur français (Zazie dans le métro)
1955 – Décès de Sadako Sasaki, fillette japonaise victime du bombardement d’Hiroshima
1653 – Décès de Théophraste Renaudot, journaliste, médecin et philanthrope français
1154 – Décès d’Etienne de Blois, roi d’Angleterre
Un peu de bonne humeur
Origine de la stupidité
🤔 Vous vous souvenez de cette époque, avant Internet, où on pensait que la stupidité à l'échelle du monde était due à un manque d'accès à l'information ?
😏 Bon ben, c'était pas ça…
Elle a toujours raison
📊😐 Une étude récente montre que 9 hommes sur 10 admettent que leur femme a toujours raison.
🤔 Aucune trace du 10ème.
Inondation de bière à Londres
Le 17 octobre 1814, une cuve géante de la brasserie Meux and Company Brewery explose dans le quartier populaire de St Giles à Londres, provoquant une réaction en chaîne qui libère un torrent d’environ un million de litres de bière dans les rues environnantes. Cette vague de bière brune dévaste plusieurs maisons, et malheureusement tue huit personnes par noyade ou asphyxie et en blesse de nombreuses autres. Cet épisode aussi tragique que grotesque, connu sous le nom de London Beer Flood, reste l’une des catastrophes industrielles les plus insolites de l’histoire britannique.
Savais-tu ?
Le fleuve Mississippi
Le fleuve Mississippi prend sa source dans le lac Itasca, au Minnesota, et traverse la partie centrale des États‑Unis jusqu’à se jeter dans le golfe du Mexique. Il parcourt environ 3 760 à 3 780 km, traversant ou longeant dix États américains, et arrose un vaste bassin versant qui couvre près d’un tiers du territoire des États‑Unis. Ce bassin accueille de nombreuses villes importantes, de grandes zones agricoles et des réseaux de transport fluvial et ferroviaire qui structurent l’économie du centre du pays.
Le nom « Mississippi » provient des langues amérindiennes, notamment de formes algonquiennes comme Misi‑ziibi, qui signifie « grande rivière » (Missisipioui en miami-illinois ; l'ancien nom Meschacebé en est probablement dérivé ; appelé Ne tongo par les Sioux). Les premiers explorateurs européens reprennent et transforment cette forme en Mississipi puis en Mississippi en anglais. Les peuples autochtones désignent aussi ce cours d’eau par des termes équivalents à « Père des eaux » ou « grand fleuve », ce qui reflète son importance dans leur vision du monde et de leur environnement.
Le fleuve Mississippi présente un relief varié : il commence dans une région de lacs et de forêts au nord, traverse de larges plaines agricoles au centre, puis forme un vaste delta marécageux avant de se jeter dans le golfe du Mexique. Ce delta constitue un écosystème riche mais fragile, régulièrement modifié par l’activité humaine, les digues et les canaux. La géographie du fleuve et de son nom s’inscrivent ainsi dans une histoire à la fois naturelle et culturelle, où les peuples amérindiens, les Espagnols, puis les Français et les Anglais ont marqué durablement le paysage et le vocabulaire.
Peuplement du Mississippi au XVI-XVIIème siècle >
Astuce
De la ciboulette en intérieur pendant l’hiver
Quand les jours raccourcissent, la ciboulette reste une alliée précieuse : quelques brins frais suffisent à réveiller une omelette, une soupe ou un fromage frais. Bonne nouvelle : cette vivace robuste peut tout à fait être cultivée en pot, près d’une fenêtre, même pendant la saison froide.
La ciboulette a avant tout besoin de lumière. Installez son pot devant une fenêtre la plus lumineuse possible, idéalement orientée au sud ou à l’ouest, où elle pourra recevoir plusieurs heures de lumière directe chaque jour - une lampe horticole peut prendre le relais. Évitez toutefois de coller le pot contre un radiateur : l’air chaud et sec dessèche rapidement le terreau et fatigue la plante. Une pièce fraîche à modérée convient très bien.
Choisissez un contenant percé au fond, d’au moins 15 à 20 cm de diamètre, afin de laisser de la place aux touffes de feuilles et aux racines. Ajoutez une couche de billes d’argile ou de graviers, puis un terreau léger et bien drainant. Le drainage est essentiel : la ciboulette ne supporte pas d’avoir les racines noyées. Videz toujours la soucoupe après l’arrosage.
La récolte fait partie de l’entretien. Coupez quelques brins à quelques centimètres de la terre, avec des ciseaux propres. Cette coupe régulière encourage la plante à produire de nouvelles tiges tendres. Si des fleurs apparaissent, retirez-les : elles peuvent affaiblir la plante et réduisent la production de brins.
Si vous disposez de deux pots, alternez-les : laissez l’un au repos dans un endroit lumineux et frais, tandis que l’autre produit de nouvelles pousses près de la fenêtre. Lorsque le premier pot montre des signes de fatigue, inversez les rôles. Cette rotation permet de profiter plus longtemps de brins frais sans épuiser la plante.
Un instant en ce bas monde
En voilà une belle soirée. Madame reçoit la bonne société locale. Ses chers amis sont tous là, accompagnés de leur épouse, tous et toutes dans leur plus belle tenue. Les conversations vont bon train. Vous savez ce que c’est : « Mais oui, bien sûr, très chère », « Oh non, si peu, mon ami », « J’ai cru ouïe dire, effectivement »…
Madame semble cependant contrariée. Discrètement, elle prend à part son mari :
— Mon ami, je m’absente un instant.
— Tout va bien, ma douce ?
— Oui, ne vous inquiétez pas… juste un petit besoin naturel. Si quelqu’un me demande, je suis allée déposer les enfants à la piscine.
Le mari, nullement surpris bien qu’ils n’aient point d’enfant :
— Mais bien sûr, ma chère. Allez donc changer l’eau du poisson.
Et Madame de s’échapper discrètement du côté de ce lieu où le roi se rend toujours seul.
L’art délicat de l’excuse élégante
De bien entendu, il ne s’écoule pas cinq minutes avant que l’une des convives ne s’écrie :
— Mais où diable se trouve donc votre épouse, cher ami ?
« Mais pourquoi faut-il que ce soit justement la plus “prout-prout” de l’assemblée qui pose cette question », se dit Monsieur en souriant in petto. Il lui répondrait bien que sa femme est allée « sortir la quiche au bord du four », mais impossible : pourquoi aller déranger le personnel en cuisine pour si peu ? Pour une quiche, qui plus est. Et l’excuse d’aller démouler une terrine ou de sortir le cake du four ne convient pas mieux. Quel dilemme !
Devant l’embarras du mari, un invité avisé s’approche et rassure la quémandeuse :
— Il me semble l’avoir vue aller donner à manger aux canards.
Le mari souffle :
— Oui, elle est allée faire le tour du cabanon. Elle va sûrement revenir sans tarder.
— Mais quelle idée ! s’exclame l’importune.
« Ah », pense le mari, un peu plus excédé, « n’est-il pas possible de déposer le bilan tranquillement ? » L’envie de lâcher le morceau le tenaille : « Elle est simplement allée caguer, voyons ! » Mais cette dame ignore probablement ce que c’est que d’aller nourrir les cagoinces.
Le retour triomphal de Sa Majesté
Le mari ne sait plus quoi dire ni quoi faire quand sa chère aimée réapparaît, semble-t-il bien aise. Quelle est belle en cet instant, après être allée compter fleurette à dame nature ! Elle les rejoint d’une démarche chaloupée, indiquant que, par bonheur, le temps de faire parler le joufflu se trouve révolu. Revenant de sa méditation express sur le trône, la reine de la soirée navigue avec élégance d’un convive à l’autre, l’esprit serein, comme si elle venait d’envoyer un fax à la Lyonnaise des eaux.
Madame s’approche enfin du petit groupe.
— Ah, vous voilà, ma chère ! s’exclame l’ingénue, toujours plus curieuse. Votre mari me confiait que vous aviez des canards. Quelle idée de les nourrir à cette heure !
— Des canards ? Mais, par Jacob Delafon, que raconte cette femme ! Vite, vite, terrain miné, jeter du lest.
— Mais non, très chère, je suis juste allée refaire le crépi.
— Le crépi ! Que c’est cocasse ! Vous me ferez toujours rire.
Morale de l’histoire (si tant est qu’il y en ait une)
Ainsi s’achève l’épisode du côté obscur, sur le point de reprendre du poil de la bête. Pas de quoi en chier une pendule, avez-vous peut-être envie de vous esclaffer, mais vous reconnaîtrez bien volontiers l’inconfort d’une telle situation. Peut-être que cette anecdote vous sauvera un jour d’une gêne somme toute bien naturelle.
Espace lecture
La Barbe bleue – Charles Perrault
Barbe-Bleue et Gilles de Rais forment l’un des rapprochements les plus tenaces entre un conte et l’histoire. Les deux se rencontrent d’abord dans l’imaginaire. Le seigneur de Perrault, qui assassine ses épouses et cache leurs corps dans une chambre interdite, devient au fil des siècles le double légendaire de Gilles de Rais, riche baron breton et compagnon de Jeanne d’Arc, jugé pour des meurtres d'enfants et exécuté en 1440 pour ses crimes atroces.
Le lien entre les deux figures tient moins à une filiation littéraire démontrée qu’à une longue confusion populaire. Dans l’Ouest de la France, la mémoire des crimes de Gilles de Rais se mêle aux récits de maris meurtriers et aux légendes locales ; certains châteaux finissent même par porter le nom de « château de Barbe-Bleue ». Ainsi, Gilles de Rais n’est pas la source certaine du conte - rien ne prouve même que Charles Perrault s’en inspire de près ou de loin -, mais il en devient son visage historique le plus célèbre.

Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderies, et des carrosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était personne qui ne s’enfuît de devant lui.
Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles. Il lui en demanda une en mariage. Elles n’en voulaient point toutes deux, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes étaient devenues.
La Barbe-Bleue, pour faire connaissance, les mena, avec leur mère et trois ou quatre de leurs meilleures amies à une de ses maisons de campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n’étaient que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : enfin tout alla si bien que la cadette commença à trouver que le maître du logis était un fort honnête homme. Dès qu’on fut de retour à la ville, le mariage se conclut.
Au bout d’un mois, la Barbe-Bleue dit à sa femme qu’il était obligé de faire un voyage en province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence ; qu’il la priait de se bien divertir pendant son absence ; qu’elle fît venir ses bonnes amies ; qu’elle les menât à la campagne, si elle voulait ; que partout elle fît bonne chère. « Voilà, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles ; voilà celles de la vaisselle d’or et d’argent, qui ne sert pas tous les jours ; voilà celles de mes coffres-forts où est mon or et mon argent ; celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement bas : ouvrez tout, allez partout ; mais, pour ce petit cabinet, je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte que, s’il vous arrive de l’ouvrir, il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. »
Elle promit d’observer exactement tout ce qui lui venait d’être ordonné, et lui monte dans son carrosse, et part pour son voyage.
Les voisines et les bonnes amies n’attendirent pas qu’on les envoyât quérir pour aller chez la jeune mariée, tant elles avaient d’impatience de voir toutes les richesses de sa maison, n’ayant osé y venir pendant que le mari y était, à cause de sa barbe bleue, qui leur faisait peur. Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les garde-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux garde-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs où l’on se voyait depuis les pieds jusqu’à la tête, et dont les bordures, les unes de glace, les autres d’argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu’on eût jamais vues. Elles ne cessaient d’exagérer et d’envier le bonheur de leur amie, qui, cependant, ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l’impatience qu’elle avait d’aller ouvrir le cabinet de l’appartement bas.
Elle fut si pressée de sa curiosité, que, sans considérer qu’il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation qu’elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois. Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s’y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son mari lui avait faite, et considérant qu’il pourrait lui arriver malheur d’avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte, qu’elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet.
D’abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées. Après quelques moments, elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que, dans ce sang, se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs : c’était toutes les femmes que la Barbe-Bleue avait épousées, et qu’il avait égorgées l’une après l’autre. Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet qu’elle venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main.
Après avoir un peu repris ses sens, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu ; mais elle n’en pouvait venir à bout, tant elle était émue.
Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l’essuya deux ou trois fois ; mais le sang ne s’en allait point : elle eut beau la laver, et même la frotter avec du sablon et avec du grès, il demeura toujours du sang, car la clef était fée, et il n’y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d’un côté, il revenait de l’autre.
La Barbe-Bleue revint de son voyage dès le soir même, et dit qu’il avait reçu des lettres, dans le chemin, qui lui avaient appris que l’affaire pour laquelle il était parti venait d’être terminée à son avantage. Sa femme fit tout ce qu’elle put pour lui témoigner qu’elle était ravie de son prompt retour.
Le lendemain, il lui demanda les clefs ; et elle les lui donna, mais d’une main si tremblante, qu’il devina sans peine tout ce qui s’était passé. « D’où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n’est point avec les autres ? — Il faut, dit-elle, que je l’aie laissée là-haut sur ma table. — Ne manquez pas, dit la Barbe-Bleue, de me la donner tantôt. »
Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef. La Barbe-Bleue, l’ayant considérée, dit à sa femme : Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? — Je n’en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort. — Vous n’en savez rien ! reprit la Barbe-Bleue ; je le sais bien, moi. Vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Eh bien, madame, vous y entrerez et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues.
Elle se jeta aux pieds de son mari en pleurant, et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d’un vrai repentir, de n’avoir pas été obéissante. Elle aurait attendri un rocher, affligée comme elle était ; mais la Barbe-Bleue avait le cœur plus dur qu’un rocher. « Il faut mourir, madame, lui dit-il, et tout à l’heure. — Puisqu’il faut mourir, répondit-elle, en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu. — Je vous donne un demi-quart d’heure, reprit la Barbe-Bleue ; mais pas un moment davantage. »
Lorsqu’elle fut seule, elle appela sa sœur, et lui dit : Ma sœur Anne, car elle s’appelait ainsi, monte, je te prie, sur le haut de la tour pour voir si mes frères ne viennent point ; ils m’ont promis qu’ils me viendraient voir aujourd’hui ; et, si tu les vois, fais-leur signe de se hâter. — La sœur Anne monta sur le haut de la tour ; et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Et la sœur Anne lui répondait : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie.
Cependant la Barbe Bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme : Descends vite, ou je monterai là-haut. — Encore un moment, s’il vous plaît, lui répondait sa femme ; et aussitôt elle criait tout bas : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Et la sœur Anne répondait : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie.
Descends donc vite, criait la Barbe-Bleue, ou je monterai là-haut. — Je m’en vais, répondait la femme ; et puis elle criait : Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? — Je vois, répondit la sœur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci… — Sont-ce mes frères ? — Hélas ! non, ma sœur : c’est un troupeau de moutons…
Ne veux tu pas descendre ? criait la Barbe-Bleue — Encore un moment, répondait sa femme ; et puis elle criait : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Je vois, répondit-elle, deux cavaliers qui viennent de ce côté-ci, mais ils sont bien loin encore… Dieu soit loué ! s’écria-t-elle un moment après ; ce sont mes frères. Je leur fais signe tant que je puis de se hâter.
La Barbe-Bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds tout épleurée et tout échevelée. « Cela ne sert de rien, dit la Barbe-Bleue ; il faut mourir. » Puis, la prenant d’une main par les cheveux, et de l’autre levant le coutelas en l’air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme, se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir. « Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; » et, levant son bras…
Dans ce moment, on heurta si fort à la porte que la Barbe-Bleue s’arrêta tout court. On ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux cavaliers, qui mettant l’épée à la main, coururent droit à la Barbe-Bleue. Il reconnut que c’était les frères de sa femme, l’un dragon et l’autre mousquetaire, de sorte qu’il s’enfuit aussitôt pour se sauver ; mais les deux frères le poursuivirent de si près qu’ils l’attrapèrent avant qu’il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort.
La pauvre femme était presque aussi morte que son mari, et n’avait pas la force de se lever pour embrasser ses frères.
Il se trouva que la Barbe-Bleue n’avait point d’héritiers et qu’ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens. Elle en employa une partie à marier sa sœur avec un gentilhomme, une autre partie à acheter des charges de capitaines à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu’elle avait passé avec la Barbe-Bleue.
