Le 13 janvier 1898, le journal L’Aurore publie en première page une lettre explosive signée Émile Zola, titrée « J’accuse… ! ». Ce pamphlet retentissant secoue la France entière et ravive les braises de l’affaire Dreyfus, ce scandale judiciaire qui divise le pays depuis quatre ans.
L’affaire Dreyfus
Alfred Dreyfus, capitaine juif d’origine alsacienne au sein de l’état-major français, tombe sous le coup d’une accusation lourde : il pratique des machinations avec un agent étranger, l’Allemagne, pour livrer des notes secrètes sur l’artillerie française. Tout part d’un bordereau anonyme intercepté à l’ambassade allemande en septembre 1894 ; des experts graphologues, dans un climat chargé d’antisémitisme et de fièvre revancharde post-1870, attribuent ce document à son écriture.
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Lors d’un conseil de guerre à huis clos en décembre 1894, un dossier secret illégal – truffé de pièces falsifiées comme le futur « faux Henry » – scelle son sort : Dreyfus clamé innocent est condamné à la déportation perpétuelle sur l’île du Diable.
Le vrai coupable
Le lieutenant-colonel Picquart, nouveau chef du renseignement, met à jour en 1897 que l’écriture du bordereau colle parfaitement à celle du major Ferdinand Walsin Esterhazy, un officier endetté vivant au-dessus de ses moyens. Des preuves accablantes s’accumulent, dont des missives secrètes, mais ses supérieurs étouffent l’affaire pour préserver l’honneur de l’armée.
Esterhazy bénéficie d’un procès expéditif en janvier 1898 et s’en sort acquitté grâce au même dossier truqué ; il fuit en Angleterre et avoue plus tard dans la presse britannique être l’auteur du bordereau.
Zola entre en scène
Face à l’acquittement scandaleux d’Esterhazy le 10 janvier 1898, Zola rédige sa lettre ouverte au président Félix Faure, publiée trois jours plus tard dans L’Aurore. Il accuse nommément dix officiers et experts de collusion pour protéger le traître et sacrifier l’innocent : le lieutenant-colonel du Paty de Clam qui orchestre l’enquête truquée, le général Mercier ministre de la Guerre qui impose le dossier secret illégal, le commandant Henry auteur du « faux Henry » – un faux document fabriqué en 1897 pour impliquer définitivement Dreyfus -, jusqu’au garde des Sceaux qui ferme les yeux sur les irrégularités.
Zola répète comme un cri de révolte son fameux « J’accuse… » à chaque nom, expose les erreurs judiciaires flagrantes et rallume le débat public, forçant la France à choisir son camp entre justice et antisémitisme. Ce texte, tiré à 200 000 exemplaires, devient un symbole de courage intellectuel.
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Le prix payé par Zola
Poursuivi pour diffamation par le ministre de la Guerre dès le 18 janvier, Zola affronte un procès houleux à la cour d’assises de la Seine du 7 au 23 février 1898, sous tension avec des bagarres en pleine salle. Malgré sa défense passionnée – « Dreyfus est innocent, je le jure » -, les juges le condamnent à un an de prison ferme et 3 000 francs d’amende, la peine maximale.
La cour d’appel de Versailles confirme la sentence le 18 juillet 1898 ; pour esquiver la cellule, Zola s’exile en Angleterre sous un faux nom, traversant la Manche en pleine nuit et y restant jusqu’au 1er juin 1899, rentrant après la découverte du « faux Henry », ce document forgé par le commandant Henry, qui se suicide en prison quand le scandale éclate, ébranlant l’armée. Harcelé par la presse antisémite, victime d’attentats à la bombe et de boycotts de ses livres, Zola voit néanmoins son courage ouvrir la voie à la révision du procès Dreyfus en 1899 suivie d’une pleine réhabilitation en 1906. Zola n’assistera pas à cette conclusion puisqu’il meurt en 1902 d’une intoxication chez lui au monoxyde de carbone.
