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JACK TALONS-À-RESSORT FRAPPE UNE 3ème FOIS 📆 19 février 1838

Jack Talons-à-Ressort, ou Spring-Heeled Jack en anglais, agresse Jane Alsop le 19 fév. 1838 à Old Ford, près de Londres, lors de sa 3ème apparition.

Jack Talons-à-Ressort est une figure énigmatique du folklore anglais de l’époque victorienne. Décrit comme un être aux traits diaboliques, il possède une capacité surnaturelle à effectuer des sauts prodigieux. Son apparence est terrifiante : grand et mince, avec des yeux brillants et exorbités, des mains froides et griffues, et la capacité de cracher du feu. Son rire sardonique et son agilité surhumaine ajoutent à son aura mystérieuse. Un personnage effrayant tout indiqué pour figurer en bonne place dans les penny dreadful.

Vive inquiétude dans la population anglaise

L’agression de Jane Alsop est particulièrement marquante. Ce soir-là, Jane, 18 ans, répond à la porte de la maison familiale. Un homme prétendant être un policier lui demande d’apporter une bougie, affirmant avoir capturé Jack. Lorsque Jane s’approche, l’homme jette sa cape, révélant une apparence horrifiante : des yeux comme des boules de feu rouge, une bouche crachant des flammes bleues et blanches, un grand casque, des vêtements moulants semblables à de la toile huilée, des griffes métalliques. L’agresseur saisit Jane, déchire sa robe et lui inflige de graves blessures au cou et aux bras avant de s’enfuir, laissant la jeune fille traumatisée.

Les apparitions s’étendent sur une longue période. Les 1ères sont signalées en 1837, dont l’agression présumée de Mary Stevens sur Clapham Common. Un homme d’affaires affirme l’avoir vu sauter par-dessus les grilles d’un cimetière à Londres. Après Jane Alsop, d’autres agressions sont rapportées. Au fil des années, des témoignages similaires émergent dans plusieurs villes britanniques, notamment à Sheffield et Liverpool. La dernière apparition signalée date de 1904 à Liverpool, marquant près de 70 ans de mystère et de terreur.

Les enquêtes menées jusqu’à aujourd’hui n’aboutissent à aucune conclusion définitive. Son identité reste inconnue. Plusieurs suspects, dont Thomas Millbank et le Marquis de Waterford, sont écartés faute de preuves concluantes. Les théories persistantes incluent des explications rationnelles liées à l’hystérie collective, des hypothèses paranormales, et l’idée d’un canular élaboré avec des gadgets sophistiqués. Le mystère demeure entier encore aujourd’hui.

Bien que Jack l’Éventreur soit un personnage distinct, certains rapprochements sont établis. Talons-à-Ressort, apparu en 1837, pourrait avoir inspiré le choix du surnom ou le comportement de l’Éventreur, actif en 1888. Les deux marquent profondément l’imaginaire collectif de l’époque victorienne à Londres, créant une atmosphère de peur et de mystère. Cependant, Jack Talons-à-Ressort est connu pour ses agressions étranges, tandis que Jack l’Éventreur est un tueur en série brutal.

Jack, personnage emblématique des penny dreadful

Les penny dreadful sont de courts fascicules de littérature populaire bon marché publiés au XIXème siècle en Grande-Bretagne. Vendu un penny pièce, ce genre sensationnaliste mêle horreur, crime et aventures fantastiques, et marque l’émergence d’une culture de masse accessible aux classes populaires.

Les penny dreadful consistent en des récits publiés en feuilleton hebdomadaire, chaque épisode coûtant un penny – d’où leur nom signifiant « épouvante à un penny ». Imprimés sur du papier de très mauvaise qualité à base de pâte à bois, ils ressemblent aux dime novels et pulps américains. On les appelle aussi penny horrible, penny awful ou penny blood.

Les intrigues regorgent de crimes violents, de monstres et de fantastique macabre. Parmi les héros les plus connus figurent Dick Turpin, bandit de grand chemin juché sur son cheval Black Bess ; Varney the Vampire, aristocrate sanguinaire préfigurant Dracula ; Spring-heeled Jack, démon bondissant terrorisant Londres ; et Sweeney Todd, le barbier cannibale de Fleet Street. D’autres figures comme Jack Harkaway l’aventurier ou Sexton Blake le détective complètent ce panthéon d’antihéros populaires.

La production repose sur des techniques d’impression du XIXème siècle : typographes assemblent manuellement les caractères en plomb, presses mécaniques à vapeur comme la Koenig impriment des centaines de pages par heure, et gravures sur bois rudimentaires illustrent les couvertures sensationnalistes. Vendus agrafés ou pliés, sans reliure solide, ces fascicules sortent des ateliers londoniens à un rythme effréné – plus d’un million d’exemplaires par semaine chez plus de cent éditeurs.

Le lectorat cible les jeunes hommes et adolescents ouvriers des villes industrialisées, ainsi que les apprentis et écoliers des classes populaires. Grâce à l’alphabétisation croissante après 1870, ces urbains modestes se passionnent pour ces récits hebdomadaires accessibles. La société victorienne les dénonce comme corrupteurs de la jeunesse, accusés d’inciter à la délinquance.

Le genre décline vers 1890, supplanté par des publications encore moins chères et les premiers comics. Il préfigure les pulps, comics et culture horrifique moderne, boostant l’alphabétisation populaire et influençant des œuvres contemporaines comme la série Penny Dreadful.

L’évolution de Spring-heeled Jack au cours du XIXème siècle

Spring-heeled Jack évolue dans les penny dreadful anglais d’une figure démoniaque terrifiante issue des légendes urbaines à un antihéros masqué et aventurier, reflet de l’embellissement populaire victorien.

Spring-heeled Jack surgit en 1837-1838 comme un monstre réel dans les journaux londoniens : un être aux yeux rougeoyants, griffes métalliques, crachant des flammes bleues, bondissant sur des ressorts pour attaquer des femmes et semer la panique. Les penny dreadful s’en emparent dès les années 1840, le présentant comme un démon ou un noble dévoyé, terrifiant les classes populaires, amplifiant l’hystérie publique.

  • Années 1840-1860 : Dans les premières séries, il reste un villain surnaturel fuyant la police par bonds surhumains, souvent lié à des aristocrates oisifs.
  • 1863 (40 volumes) : Premier grand penny dreadful Spring-Heeled Jack: The Terror of London. Il devient un noble déguisé aidant des demoiselles en détresse contre des scélérats, préfigurant le justicier masqué sans révéler pleinement son identité.
  • 1870 (48 volumes) : Noble volé par son cousin, il apprend en Inde des bottes à ressorts et se venge en Robin des Bois nocturne, récupérant son héritage.

Dans l’édition 1904 la plus célèbre (rééditée par Penny Dreadful Press), Jack est un lieutenant napoléonien piégé par son demi-frère et un colonel corrompu. Libéré par son avocat, il adopte gadgets et bottes sautantes pour châtier les vilains dissimulé par une cape de justicier vengeur – un proto-Batman. Au théâtre et comics, il vire définitivement héros repenti.

Cette évolution d’épouvante à superhéros préfigure pulps et comics, popularisant le vigile masqué dès l’ère victorienne.


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