Le 31 décembre 1913, la France accueille en gare de Paris sa Joconde bien-aimée, revenue d’Italie par train spécial sous haute escorte. Après plus de deux ans d’absence, le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci réintègre le Louvre, d’abord sous surveillance renforcée, avant de briller à nouveau dans la Grande Galerie.
Résumé des épisodes précédents

Vincenzo Peruggia, un modeste ouvrier italien né en 1881 à Dumenza en Lombardie, arrive à Paris vers 1908. Peintre en bâtiment et vitrier, il pose même la vitre protectrice autour du tableau en 1910, ce qui lui ouvre les portes du Louvre comme à son domicile.
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Le 21 août 1911, jour de fermeture hebdomadaire du musée, Peruggia se cache dans les lieux, décroche la Joconde du Salon Carré, la glisse sous sa blouse et sort tranquillement. Il la garde dans sa chambre parisienne, précieusement conservée dans une valise sous son lit.
La police française, emmenée par Alphonse Bertillon, relève ses empreintes sur la vitre brisée, mais les ignore, persuadée d’un coup monté par une bande internationale.
Peruggia file sous les radars, menant une vie discrète pendant que les soupçons tombent sur Apollinaire ou des anarchistes.
Retrouvée en Italie
Fin 1913, déçu par sa vie en France et rongé par ses convictions patriotiques, Vincenzo Peruggia plie bagage et rentre en Italie, emportant toujours la Joconde précieusement emballée dans sa valise.
Arrivé à Florence, Peruggia contacte l’antiquaire Alfredo Geri sous le pseudonyme mystérieux de « Léonard », proposant de restituer la Joconde à l’Italie pour 500 000 lires, par pur patriotisme : il croit fermement que Napoléon l’a volée à son pays natal.
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Geri, flairant le bon coup, alerte Giovanni Poggi, directeur des Offices ; Peruggia apporte l’œuvre à l’hôtel Tripolitaine où elle est authentifiée sur-le-champ, rayonnant de sa gloire retrouvée sous les yeux émerveillés des experts. Persuadé d’une transaction honorable, il la confie temporairement au musée, ignorant le piège qui se referme.
Le héros national
Le 12 décembre 1913, la police italienne, dirigée par le questeur, envahit l’hôtel Tripolitaine au crépuscule ; Peruggia, en train de boucler sa valise avec un calme olympien, se laisse menotter sans un cri, stupéfait que son geste « noble » soit traité comme un crime.
La Joconde, exposée triomphalement à la Galerie des Offices, puis à Rome et Milan, devient l’événement culturel de l’année, attirant des foules en liesse avant son rapatriement en France fin décembre. Ce rebondissement inattendu catapulte Peruggia sous les feux de la rampe italienne.
Dans cette Italie unifiée depuis peu, Peruggia devient immédiatement un héros populaire : son acte patriotique – ramener un trésor de Léonard de Vinci, prétendument spolié par Napoléon – touche les cœurs fiers et sensibles. La presse le porte aux nues, des députés supplient pour une exposition prolongée du tableau, et le peuple voit en lui un justicier du quotidien contre l’arrogance française. Cette aura le protège déjà, alors que la France bouillonne d’impatience pour son retour.
Jugé en février 1914 à Florence, Peruggia écope d’un an de prison ferme, mais la cour, touchée par son « patriotisme exalté », le soin méticuleux apporté à l’œuvre et un diagnostic de « simplicité d’esprit » par un psychiatre complice, ramène la peine à sept mois seulement. En cellule, il trône comme un roi : vins fins, cadeaux somptueux et visites incessantes de sympathisants italiens affluent.
Retour à une vie discrète
Libéré en août 1914, Peruggia file au front pour la Grande Guerre puis, après guerre, retourne en France vers 1925, se marie discrètement et ouvre un modeste magasin de peinture à Saint-Maur-des-Fossés, en banlieue parisienne, fuyant la gloire pour une routine d’ouvrier usé par le saturnisme et l’alcool.
Le 8 décembre 1925, une attaque cardiaque foudroyante l’emporte à 44 ans ; il repose anonymement au cimetière, son passé de voleur légendaire à peine susurré par les vents de l’Histoire. Ce destin humble boucle une épopée absurde qui propulse tout de même la Joconde au rang d’icône éternelle.

Illustration: La Joconde de retour à Paris. – Image IA
