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LA GROSSE BERTHA RÉVEILLE LES PARISIENS 📆 23 mars 1918

Le 23 mars 1918, à 7h20, les Parisiens découvrent avec stupeur que des obus s’abattent sur leur ville sans que le moindre avion ne soit visible dans le ciel. Cette attaque surprise, sans alerte aérienne, sème une panique immédiate et marque le début d’une guerre psychologique inédite sur le moral des civils.

Tirés depuis plus de 120 km par des canons allemands secrets positionnés dans l’Aisne, ces projectiles inaugurent une série de bombardements qui terrorisent la capitale pendant plusieurs mois. Une vingtaine d’impacts frappent dès ce jour-là des lieux emblématiques comme le quai de la Seine, la place de la République, la gare de l’Est ou Pantin, causant 16 morts et une trentaine de blessés.

Une arme mal nommée

Les Français surnomment ces canons « Grosse Bertha », mais ce nom est erroné car il désigne une arme totalement différente. La véritable Grosse Bertha, ou Dicke Bertha en allemand, est un obusier massif de 420 mm, court et lourd – pesant environ 89 tonnes en position de transport –, conçu spécifiquement pour détruire des fortifications bétonnées comme celles de Liège en 1914 ou à Verdun en 1916, avec une portée limitée à seulement 9-12 km.

En réalité, les bombardiers de Paris sont les Pariser Kanonen, des tubes longs et fins de 210 mm adaptés de canons navals, qui atteignent une portée exceptionnelle de plus de 120 km grâce à une trajectoire balistique très élevée culminant à 42 km d’altitude.

Cette confusion naît dès mars 1918 de la propagande française et de l’effroi des Parisiens entendant les artilleurs allemands mentionner ce terme pour d’autres pièces ; les Allemands réservent en effet « Grosse Bertha » exclusivement à leur obusier de siège Krupp, nommé en hommage à Bertha Krupp von Bohlen, tandis que les Pariser Kanonen restent officieusement anonymes et destinés à la terreur psychologique plutôt qu’à la destruction massive.

Des obus numérotés

Les obus des Pariser Kanonen portent des numéros de 1 à 65 pour compenser l’usure extrêmement rapide du tube due à l’effet d’arrachement lors du passage des projectiles. Chaque tir élargit progressivement l’alésage intérieur du canon ; les obus, chemisés avec précision et de diamètres croissants entre 210 et 240 mm, s’utilisent donc strictement dans l’ordre numéroté, les plus fins en premier pour coller parfaitement au tube neuf, puis les plus épais pour compenser l’érosion au fur et à mesure.

Après exactement 65 coups, le tube est irrémédiablement usé, perdant sa précision et sa sécurité, et doit être entièrement remplacé, ce qui limite la cadence de tir à une vingtaine d’obus par jour maximum malgré la portée record. Cette ingénierie astucieuse reflète les contraintes techniques d’une arme expérimentale, mobile et légère, opposée à la lourdeur des obusiers traditionnels.

Un bilan très limité

Les bombardements, étalés en quatre campagnes de tirs entre mars et août 1918, déversent environ 367 obus sur Paris et sa banlieue, tuant 256 personnes et en blessant 620, avec des dégâts matériel localisés mais spectaculaires comme à l’église Saint-Gervais le 29 mars où 91 fidèles périssent lors des vêpres. Malgré leur précision faible due à la distance extrême et leurs charges explosives réduites – environ 15 kg d’explosif par obus de 115 kg –, ces attaques n’altèrent en rien le front ni les mouvements des renforts alliés.

Militairement, l’opération n’atteint aucun de ses objectifs stratégiques, à savoir briser le moral civil au point de forcer un exode massif ou perturber l’effort de guerre français ; psychologiquement, elle provoque une panique initiale intense qui s’estompe rapidement, les Parisiens s’habituent aux alertes et les autorités minimisent les effets par la propagande.

Sept Pariser Kanonen sont produits au total. Ce gadget propagandiste allemand impressionne techniquement par sa portée mais reste vite supplanté par l’aviation naissante, marquant un échec global dans la course à l’armement de la Grande Guerre.



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