Le 2 mars 1848, le Gouvernement provisoire de la IIe République française promulgue un décret historique qui marque une étape importante dans la réglementation du temps de travail en France.
Ce dĂ©cret fixe la durĂ©e maximale de la journĂ©e de travail Ă 10 heures Ă Paris et 11 heures en province, soit une rĂ©duction d’une heure par rapport aux durĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Il interdit Ă©galement le marchandage, c’est-Ă -dire l’exploitation des ouvriers par des sous-traitants. Le gouvernement justifie cette mesure en considĂ©rant qu’un travail manuel trop prolongĂ© nuit Ă la santĂ© du travailleur, l’empĂȘche de cultiver son intelligence et porte atteinte Ă sa dignitĂ©.
Le marchandage est dĂ©fini comme toute opĂ©ration Ă but lucratif de fourniture de main-d’Ćuvre qui cause un prĂ©judice au salariĂ© ou Ă©lude l’application des dispositions lĂ©gales ou conventionnelles. Cette pratique, apparue au XIXĂšme siĂšcle, consiste Ă exploiter les ouvriers par des intermĂ©diaires appelĂ©s « marchandeurs » ou « tĂącherons ».
Au XIXĂšme siĂšcle, les marchandeurs ou tĂącherons se placent entre les employeurs et les ouvriers pour « revendre » le travail de ces derniers. Ils recrutent une Ă©quipe d’ouvriers pour rĂ©aliser un travail spĂ©cifique et la gĂšrent de maniĂšre autonome. Le systĂšme repose sur le principe du travail Ă la tĂąche ou Ă la piĂšce, plutĂŽt qu’au temps. Les ouvriers sont payĂ©s en fonction de leur production, ce qui conduit souvent Ă des abus et Ă une dĂ©gradation des conditions de travail.
Le dĂ©cret est supprimĂ© le 9 septembre 1848 sous la pression des conservateurs et des Ă©conomistes libĂ©raux. Ils affirment que le maintien du dĂ©cret aura des effets dĂ©sastreux, augmentant le chĂŽmage et empĂȘchant les industriels de s’adapter aux fluctuations de la demande.
Au milieu du XIXĂšme siĂšcle, les ouvriers travaillent gĂ©nĂ©ralement 6 jours par semaine, avec des journĂ©es de 12 Ă 15 heures, soit environ 72 Ă 90 heures de travail hebdomadaire. Ils ne bĂ©nĂ©ficient d’aucun congĂ© payĂ©, le seul jour de repos Ă©tant gĂ©nĂ©ralement le dimanche. L’annĂ©e de travail oscille entre 280 Ă 290 jours par an. Quant aux jours fĂ©riĂ©s, ils sont peu nombreux et non payĂ©s. Les principales fĂȘtes religieuses comme NoĂ«l ou PĂąques sont gĂ©nĂ©ralement chĂŽmĂ©es, mais sans rĂ©munĂ©ration. La notion de jour fĂ©riĂ© payĂ© n’apparaĂźtra qu’au XXĂšme siĂšcle.
A propos du livret ouvrier