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NAUFRAGE LE 1er JOUR APRÈS 1 MILLE 📆 10 août 1628

Le 10 août 1628, le plus puissant navire de guerre de Suède, le Vasa, appareille pour son voyage inaugural sous les yeux de milliers de spectateurs massés sur les quais de Stockholm. À peine sorti du port, après avoir parcouru à peine un mille marin (moins de 2 km), le géant des mers chavire et sombre en quelques minutes, emportant avec lui une trentaine de vies.

Fin prématurée d’un géant des mers

Ce jour d’été, Stockholm est en liesse. Les quais sont noirs de monde, les petites embarcations affluent pour accompagner le départ du fleuron de la marine suédoise. Le Vasa, construit pendant trois ans pour le roi Gustave II Adolphe, doit incarner la puissance navale de la Suède. À bord, environ 150 personnes, dont des membres d’équipage, des soldats, mais aussi des femmes et des enfants de l’équipage autorisés à être présents.

Le navire quitte l’arsenal vers midi, sous une brise légère. Après seulement un mille marin, une première rafale de vent fait pencher le Vasa. L’équipage parvient un instant à le redresser, mais une seconde rafale, plus forte, survient peu après. Le navire s’incline dangereusement ; l’eau s’engouffre par les sabords du pont inférieur restés ouverts, inondant rapidement les ponts bas.

En quelques minutes, entre 10 et 20 selon les sources, le Vasa chavire et sombre par environ 30 mètres de fond, à seulement une centaine de mètres du rivage. Une trentaine de personnes meurent noyées, piégées sous les ponts ; beaucoup de survivants sont secourus par des chaloupes qui accourent.

Le roi Gustave II Adolphe n’est pas à Stockholm le jour du naufrage. Il est en campagne militaire, engagé dans la guerre de Trente Ans, loin de la capitale. La nouvelle du désastre lui parvient par courrier, quelques jours plus tard. Furieux, le roi écrit que le naufrage est dû à de l’« imprudence et de la négligence » et exige que les coupables soient punis.

A la recherche d’un coupable

Le procès

Le naufrage coûte la vie à 30 à 50 personnes, la plupart bloquées dans les ponts inférieurs. Sur le plan financier, c’est un désastre pour le royaume : la perte est estimée à plus de 52 000 dalers, une somme énorme pour un petit État suédois en pleine guerre. Militairement, le coup est symbolique plus que stratégique : le Vasa n’a jamais servi, et la Suède conserve d’autres vaisseaux, mais l’humiliation est grande, surtout aux yeux des rivaux régionaux.

Dès le lendemain du naufrage, le 11 août 1628, une commission d’enquête est mise en place par le Conseil privé du roi, sous la direction de l’amiral Carl Carlsson Gyllenhielm, demi-frère du roi Gustave II Adolphe. Le capitaine du Vasa, Söfring Hansson, survivant du naufrage, est immédiatement arrêté et incarcéré en attendant son jugement.

Le procès proprement dit s’ouvre le 5 septembre 1628, sous la présidence du Grand Amiral Gyllenhielm. Le tribunal est composé d’amiraux et de conseillers royaux, et son objectif officiel est de déterminer les causes du naufrage, mais il s’agit aussi, très clairement, de trouver un bouc émissaire.

Sont interrogés : les officiers survivants du Vasa, le capitaine Hansson, l’ingénieur naval qui supervisait les travaux, des témoins experts (charpentiers, responsables du chantier, etc.). Deux camps se dessinent rapidement : d’un côté, certains accusent le capitaine et l’équipage de mauvaise manœuvre (voiles mal gérées, canons mal arrimés, etc.) ; de l’autre, on pointe les constructeurs et architectes navals, accusés d’incompétence dans la conception du navire (proportions inadéquates, stabilité insuffisante).

Le capitaine Hansson et son équipage jurent qu’ils n’ont commis aucune erreur de manœuvre, que les canons étaient correctement arrimés et que l’équipage était à jeun. Les responsables du chantier, notamment Henrik Jacobsson, l’assistant du maître constructeur décédé, affirment avoir scrupuleusement suivi les plans et instructions approuvés par le roi lui-même. Certains témoins rappellent même que des tests de stabilité avaient été réalisés avant le lancement : trente hommes avaient couru d’un bord à l’autre du pont, et le navire avait déjà montré une gîte si dangereuse que l’essai avait été interrompu par crainte qu’il ne chavire.

L’enquête met progressivement en lumière que le Vasa souffre d’un défaut de conception majeur : coque trop étroite à la flottaison, superstructures trop lourdes, centre de gravité trop haut, lest insuffisant. Le roi a exercé une pression forte pour que le navire soit mis à l’eau rapidement, malgré les inquiétudes des constructeurs. Les artisans et responsables du chantier n’ont pas osé contredire frontalement le souverain, par peur de représailles.

Un constructeur aurait même déclaré devant le tribunal : « Seul Dieu le sait ! », suggérant que la responsabilité ultime remontait au roi et à Dieu, tous deux inattaquables.

Face à cette impasse, le tribunal ne désigne aucun coupable clair. L’enquête traîne en longueur, puis s’achève sur un non-lieu : aucune sanction pénale n’est prononcée contre le capitaine, les officiers, ni les responsables du chantier. Le capitaine Hansson est libéré et reprend du service dans la marine.

Le témoignage du bosco

Le témoignage du bosco (maître d’équipage) du Vasa, Jöran Matsson (ou Göran Mattsson), est l’un des plus directs et des plus percutants des archives du procès de 1628. Selon les comptes rendus du procès, Jöran Matsson, qui a survécu au naufrage, est interrogé par la commission royale. Son témoignage se distingue par sa franchise : il ne cherche pas à se protéger par des formules diplomatiques ou des demi-vérités ; il déclare, en substance, que le navire était instable et mal conçu, et que personne à bord n’avait commis d’erreur de manœuvre ; il insiste sur le fait que, malgré une brise modérée, le Vasa a gîté de manière inquiétante dès les premières minutes, signe que le problème venait de la conception même du navire, non de l’équipage.

À une époque où contredire frontalement le roi ou ses décisions est dangereux, affirmer que le problème vient de la construction imposée par les exigences royales est un acte risqué. D’autres témoins, plus prudents, cherchent à ménager tout le monde ; Matsson, lui, dit clairement ce que beaucoup pensent tout bas : le navire était mal construit et instable.

Le constructeur du navire

Le Vasa a été construit sous la direction du maître charpentier (architecte naval) néerlandais Henrik Hybertsson, assisté d’Arendt de Groote, sur le chantier naval de Stockholm. Henrik Hybertsson est déjà malade au moment du lancement et meurt peu après, en 1627 ou début 1628 selon les sources, avant même le naufrage. À sa mort, c’est sa veuve, Margaretha Hybertsson, qui reprend la direction de l’entreprise et du chantier naval, avec Arendt de Groote. Après le naufrage, Hybertsson étant déjà décédé, il ne peut être tenu pour directement responsable devant la justice. Le chantier et l’équipe continuent de travailler pour la marine suédoise ; la construction navale reprend, avec des navires mieux conçus sur le plan de la stabilité.

Un navire oublié puis ressuscité

Les canons sont récupérés au XVIIᵉ siècle, puis l’épave est oubliée pendant plus de trois siècles. Localisée dans les années 1950 par un archéologue amateur, elle est renflouée le 24 avril 1961 et installée dans le musée Vasa à Stockholm, où elle est aujourd’hui l’un des navires du XVIIᵉ siècle les mieux conservés au monde.



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