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UN MARIAGE ET UN COURONNEMENT DÉSASTREUX ET IMPARDONNABLES 📆 25 janvier 1308

Le 25 janvier 1308, dans la majestueuse basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, Isabelle de France, fille unique survivante du roi Philippe IV le Bel et de la reine Jeanne de Navarre, unit sa destinée à celle d’Édouard II, roi d’Angleterre. Âgée d’à peine douze ans, la jeune princesse arrive escortée par une suite royale impressionnante, grave et fière au bras de son père, tandis qu’Édouard traverse la Manche depuis Douvres en compagnie de Marguerite, veuve d’Édouard Ier et sœur de Philippe IV.

Les fêtes débutent dès le 22 janvier et s’étendent sur une semaine entière, réunissant cinq rois – dont Philippe IV, Henri d’Allemagne et Charles de Valois – et trois reines dans une splendeur inégalée. Philippe offre même un précieux reliquaire du Saint-Sang en or et argent, conservé aujourd’hui dans la crypte de la basilique. Ce mariage, fruit de longues négociations, scelle une trêve bienvenue entre la France et l’Angleterre après des décennies de tensions, mais il plante déjà les germes d’une union maudite où l’amour et le respect font défaut.

L’arrivĂ©e Ă  Douvres, premier affront brĂ»lant

Le 7 février 1308, après une traversée mouvementée, Isabelle pose enfin le pied sur le sol anglais à Douvres, le cœur gonflé d’espoir et d’appréhension face à ce nouveau chapitre de sa vie. Elle imagine sans doute un accueil chaleureux de son royal époux, digne d’une reine capétienne. Mais Édouard l’ignore froidement, se précipitant au contraire dans les bras de son favori, Piers Gaveston, qu’il enlace avec effusion en l’appelant tendrement « mon frère ».

L’humiliation ne s’arrête pas là : avant même l’arrivée d’Isabelle, le roi a détourné les somptueux bijoux, joyaux et présents de mariage destinés à sa jeune épouse pour les offrir généreusement à Gaveston. Cette trahison publique blesse profondément la fillette de douze ans, habituée à la grandeur de la cour de France, et lui révèle brutalement la préférence scandaleuse de son mari pour cet aventurier gascon arrogant. Dès cet instant, Isabelle sent monter en elle une rancune qui ne s’éteindra jamais.

Le couronnement, un chaos indescriptible

Le 25 fĂ©vrier 1308, l’abbaye de Westminster devrait briller de mille feux pour le couronnement du jeune couple, mais l’évĂ©nement vire au cauchemar protocolaire et organisationnel, orchestrĂ© par l’ombre omniprĂ©sente de Piers Gaveston. Ce dernier Ă©clipse littĂ©ralement le roi : il porte en procession la couronne de saint Édouard, honneur normalement rĂ©servĂ© Ă  la famille royale, et parade dans une robe de pourpre impĂ©riale constellĂ©e de perles – une couleur sacrĂ©e, exclusive aux empereurs et souverains, qui outrepasse allègrement les usages. Les barons anglais et français, tĂ©moins de cette insolence, bouillonnent de rage ; l’un d’eux, excĂ©dĂ©, doit retenir son bras armĂ© pour ne pas frapper Gaveston au beau milieu de l’église sacrĂ©e.

Au banquet qui suit, le désastre s’amplifie : les plats arrivent en retard, mal cuits, à peine chauds, servis dans un tohu-bohu indescriptible par des domestiques débordés. Édouard, indifférent au malaise de sa reine, choisit de s’asseoir auprès de Gaveston sous d’immenses tapisseries où leurs armes se côtoient fièrement, reléguant celles d’Isabelle à l’oubli. Gaveston, maître incontesté de la cérémonie, moque ouvertement les seigneurs et monopolise l’attention du roi, transformant ce qui devait être un triomphe en une farce humiliante.

Des années d’humiliations et la revanche implacable

Isabelle endure patiemment ces affronts publics répétés, alors que Gaveston continue de narguer les barons, de détourner les richesses du royaume et de monopoliser Édouard, jusqu’à son exil temporaire par le Parlement en avril 1308 et son exécution brutale en 1312 par les barons révoltés.

Les années passent, marquées par de nouvelles spoliations avec l’ascension des Despenser, favoris du roi, qui dépouillent la reine de ses domaines et de son influence. En 1325, envoyée en France pour négocier une paix au nom de son fils Édouard, Isabelle refuse catégoriquement de rentrer auprès d’un mari qui l’a méprisée. Elle noue alors une passion torride avec Roger Mortimer, puissant baron exilé, et lève une armée de mercenaires avec le soutien de son frère, le roi Charles IV.

Le 24 septembre 1326, la « Louve de France » dĂ©barque triomphalement dans le Suffolk aux cĂ´tĂ©s de son fils aĂ®nĂ©, Édouard, qu’elle prĂ©sente comme le libĂ©rateur du royaume. Les barons se rallient en masse ; Bristol tombe, les Despenser sont traquĂ©s, pendus et Ă©viscĂ©rĂ©s. Édouard II fuit pitoyablement, se fait capturer en novembre près de Llantrisant, puis est dĂ©posĂ© par le Parlement en janvier 1327 au profit de son fils mineur. EmprisonnĂ© au château de Berkeley, il disparaĂ®t en septembre 1327 dans des circonstances sinistres – la lĂ©gende tenace Ă©voque un fer rouge introduit dans son corps par ses geĂ´liers.

Isabelle triomphe comme régente jusqu’en 1330, mais son propre fils, Édouard III, désormais majeur, la renverse lors d’un coup d’État au château de Nottingham : Mortimer est exécuté, et la reine, recluse jusqu’à sa mort en 1358 à Hertford, paie le prix fort de sa vengeance flamboyante. De victime muette, Isabelle devient une louve impitoyable mais son fils, initiateur d’une future guerre qui durera cent ans, l’est encore plus.