Aujourd’hui à la une
Les célébrations notables
Bonne fête aux Maurice
Jour du raisin le 1er vendémiaire (1er jour du calendrier républicain révolutionnaire)
Journée internationale sans voiture
Journée mondiale du rhinocéros
Les évènements notables
2006 – Le jour où Jacques Chirac a discrètement remis la Légion d’honneur à Vladimir Poutine
Le 22 septembre 2006, le président français Jacques Chirac décerne la Légion d’honneur à son homologue russe Vladimir Poutine lors d’une cérémonie privée à Paris. Cette distinction, alors peu médiatisée, suscite des critiques a posteriori, compte tenu de la politique autoritaire de Poutine et de l’évolution des relations entre la Russie et l’Occident… lire l’article
1994 – 1ère diffusion de Friends
Le 22 septembre 1994, la chaîne américaine NBC diffuse le premier épisode de la sitcom Friends. La série, qui raconte le quotidien de six amis new-yorkais, devient rapidement un phénomène mondial, marquant la culture populaire des années 1990 et 2000. Avec dix saisons et une immense popularité, elle reste l’une des comédies télévisées les plus influentes de l’histoire.
1957 – Election de François Duvalier à la présidence de la République haïtienne
Le 22 septembre 1957, François Duvalier, surnommé « Papa Doc », est élu président d’Haïti. Médecin de formation, il installe rapidement un régime autoritaire marqué par la répression et la création de la milice des Tontons Macoutes. Son pouvoir, prolongé par son fils Jean-Claude Duvalier, s’impose comme l’une des dictatures les plus marquantes du XXe siècle en Haïti.
1945 – Le Ministère de l’Air donne le feu vert au transfert en France de la soufflerie S1MA autrichienne
Le 22 septembre 1945, le ministère français de l’Air autorise le transfert depuis l’Autriche de la soufflerie S1MA, la plus grande au monde à l’époque. Installée à Modane en Savoie, elle devient un outil essentiel pour l’aéronautique et la recherche scientifique française. Cet équipement stratégique marque une étape majeure dans le développement de l’industrie aéronautique nationale… lire l’article
1792 – 1er jour du nouveau calendrier républicain
Le 22 septembre 1792, au lendemain de la proclamation de la République française, les révolutionnaires instaurent un nouveau calendrier, rompant avec le calendrier grégorien. Ce jour devient le 1er vendémiaire de l’an I. Le calendrier républicain, conçu pour effacer les références religieuses et royales, sera utilisé officiellement en France jusqu’en 1806.
1609 – Philippe III d’Espagne promulgue la loi d’expulsion des Morisques
Le 22 septembre 1609, le roi Philippe III d’Espagne signe la loi ordonnant l’expulsion des Morisques, descendants des musulmans convertis au christianisme. Environ 300 000 personnes sont contraintes de quitter le royaume, ce qui provoque de graves pertes économiques et culturelles. Cette décision met un terme brutal à des siècles de coexistence, souvent conflictuelle, dans la péninsule Ibérique.
Les naissances et décès notables
1989 – Naissance de Cœur de pirate (Béatrice Martin), chanteuse canadienne surtout francophone
1984 – Naissance de Laura Vandervoort, actrice canadienne (Ma vie de star, Smallville, V, Bitten)
1982 – Naissance de Norbert Tarayre, cuisinier et animateur français de télévision, demi-finaliste d’une saison de « Top Chef »
1973 – Naissance de François-Xavier Demaison, ancien juriste d’affaires ou trader français à New York, devenu humoriste et comédien
1964 – Naissance de Benoît Poelvoorde, comédien belge (Les Randonneurs, Le Boulet, Le Grand Bain, Raoul Taburin)
1953 – Naissance de Ségolène Royal, femme politique française plusieurs fois ministre et finaliste de l’élection présidentielle de 2007
2007 – Décès du mime Marcel Marceau (Marcel Mangel), comédien et mime français académicien ès beaux-arts
1914 – Décès de Alain-Fournier (Henri-Alban Fournier), écrivain français (Le Grand Meaulnes)
1828 – Décès de Chaka Zoulou, fondateur du royaume zoulou
Un peu de bonne humeur
Tasses révolutionnaires
À vendre : le service de tasses pour gauchers du Professeur Schtrasstomberger
Enfin une solution élégante et révolutionnaire pour les gauchers exigeants !

Conçu par le Professeur Schtrasstomberger, éminent ergonomiste mondialement reconnu, ce service de tasses d’exception est spécialement étudié pour la main gauche. Fini le café renversé, les taches sur la chemise et les regards désapprobateurs !
Pourquoi choisir ce service unique ?
- Préhension aisée : chaque anse est parfaitement orientée pour une prise naturelle et confortable.
- Sécurité maximale : plus aucun risque de renverser votre breuvage, même dans les moments de précipitation.
- Design raffiné : une esthétique intemporelle qui s’accorde à toutes les tables, du petit-déjeuner au cinq-heures.
- Rareté absolue : un objet de collection pour amateurs d'objets rares et ingénieux.
« Une invention qui change la vie des gauchers ! » — La Revue des Inventeurs, 1965
Offre limitée. Ne laissez pas passer cette opportunité historique !
Pour acquérir ce trésor d’ergonomie, contactez-nous dès aujourd’hui.
Un Président à l’écoute
Le président se rend dans un petit village très pauvre de Lozère et demande au maire quelles sont les trois priorités de la commune.
Le maire répond :
- La première, c’est notre hôpital. Le bâtiment est là, mais il n’y a plus de médecins.
Le Président sort son téléphone, passe un appel et annonce :
- C’est réglé. D’ici quinze jours, cinq médecins seront affectés ici.
- La deuxième, ce sont nos routes. Elles sont défoncées.
Il reprend son téléphone, échange quelques mots et déclare :
- C’est réglé. Les travaux commenceront dès le mois prochain.
Puis il demande :
- Et la troisième ?
Le maire répond :
- La troisième, ce sont les téléphones portables.
- Quel est le problème ?
- Ici… il n’y a pas de réseau.
Le danger d’une barbe trop longue
Hans Staininger, figure historique du XVIème siècle, est connue pour sa barbe exceptionnellement longue.
Né vers 1508 à Pfarrkirchen, il devient maire (Bourgmestre) de Braunau am Inn, en Autriche (alors en Bavière), et est élu à ce poste six fois. Sa barbe mesure environ 1,4 à 2 mètres de long (trois aunes et demie), qu'il enroule habituellement dans une pochette en cuir.
Le 28 septembre 1567, lors d'un incendie à l'hôtel de ville, il trébuche sur sa barbe dénouée en descendant les escaliers, se brisant la nuque. Après sa mort, sa barbe est conservée comme relique : d'abord par sa famille, puis offerte à la ville en 1911, elle est exposée au musée du district de Herzogsburg, son authenticité vérifiée chimiquement.
Mort à cause de sa barbe. Si ce n'est pas digne des Darwin Awards, ça !
Savais-tu ?
Quelques chiffres sur le Soleil
Le Soleil est une immense sphère de gaz chaud composée d'hydrogène (≈74% de sa masse) et d'hélium (≈25% de sa masse), tous deux à l'état de plasma. Il contient également ≈1% d'éléments plus lourds comme l'oxygène, le carbone, le fer, le néon et le silicium. Au cœur de son noyau, où la température dépasse 15 millions de degrés, la fusion nucléaire transforme continuellement l'hydrogène en hélium, ce qui libère l'énergie immense qui fait rayonner le Soleil.
Le Soleil perd environ 5,8 millions de tonnes de masse chaque seconde : 620 millions de tonnes d'hydrogène se transforme en 615,7 millions de tonnes d'hélium, la différence étant convertie en énergie tandis que 1,5 million de tonnes s'échappent par le vent solaire, un flux permanent de particules chargées qui part de la couronne vers l'espace. Sur ses 4,6 milliards d'années d'existence, l'étoile perd ainsi environ 0,05% de sa masse totale - environ 100 Terres -, une perte énorme en valeur absolue mais négligeable relativement à sa masse actuelle de 1,99 × 10³⁰ kg.
Les photons émis par le Soleil mettent environ 8 minutes 20 secondes pour atteindre la Terre, ce qui correspond au temps nécessaire pour parcourir les 150 millions de kilomètres que séparent les deux astres à la vitesse de la lumière. Cependant, si l'on considère le photon depuis sa création dans le cœur du Soleil par fusion nucléaire, il errerait pendant des dizaines de milliers d'années avant de réussir à traverser l'intérieur solaire et à s'échapper vers l'espace, où son voyage jusqu'à la Terre ne prend alors plus que quelques minutes.
Astuce
Un linge rafraichissant
S’il fait chaud et que l’on cherche une solution simple et immédiate pour se rafraîchir, il suffit d’entourer son poignet d’un linge légèrement humide et frais : cette zone, riche en circulation sanguine, aide à diffuser rapidement une sensation de fraîcheur dans tout le corps. En cas de forte chaleur, cette astuce discrète et économique peut se révéler étonnamment efficace en apportant un vrai confort en quelques secondes seulement. Placé près d'un ventilateur, la sensation de fraicheur se trouve immédiatement amplifiée.
Cette astuce permet également de redonner une utilité à une chaussette définitivement esseulée après une lessive en remplaçant le linge humide par cette chaussette découpée pour pouvoir la passer autour du bras.
Un instant en ce bas monde

Et voilà : le moment fatidique est arrivé. C’est l’heure du rendez-vous.
Il est là, pile à l’heure. Mieux encore : il est venu lui-même te chercher. Tu n’as donc plus d’autre choix que de le suivre. Tu te lèves avec la lenteur d’un condamné, tandis qu’une étrange sensation de malaise te noue déjà l’estomac.
Tu longes un couloir interminable. Chaque pas résonne sur le sol parfaitement propre, et le silence qui règne autour de toi n’est troublé que par le bourdonnement lointain d’un appareil dont tu préfères ignorer la fonction. Première porte à gauche…
Te voilà dans son antre.
Un lieu aussi redouté devrait ressembler à une cave infâme, humide et mal éclairée, occupée par un sorcier dément ou un serial killer collectionneur d’instruments chirurgicaux. Mais non. Tout est blanc, propre, aseptisé. Un peu trop, même. Les murs immaculés, les surfaces brillantes et l’odeur agressive de désinfectant donnent à la pièce une atmosphère presque irréelle.
Il ne manque plus qu’une petite musique d’ambiance pour tromper la victime. Quelque chose de léger, avec des violons ou une mélodie de boîte à musique, histoire de rendre la scène encore plus inquiétante.
Il te sourit.
Un sourire calme, professionnel, presque chaleureux. Le genre de sourire qui ne rassure absolument pas.
D’un geste courtois, il t’invite à déposer tes affaires sur une chaise libre. Tu t’exécutes sans discuter, tout en jetant un dernier regard vers la porte. Elle est toujours ouverte. Pour l’instant. Puis il te montre fièrement son poste de torture.
Le fauteuil semble t’attendre.
Tête basse, résigné, tu t’y installes lentement. Le cuir froid colle légèrement à ton dos. Tu ajustes ta position, sans parvenir à trouver la moindre posture confortable. En face de toi, les instruments métalliques brillent sous la lumière blanche. Ils sont alignés avec une précision inquiétante, comme s’ils avaient été préparés spécialement pour ton supplice.
Il s’approche.
Tu entends le froissement de ses gants, le cliquetis discret de ses outils et le léger grincement du fauteuil lorsqu’il en ajuste l’inclinaison. Ton cœur accélère. Tu fixes le plafond, tentant de penser à autre chose, mais tes yeux reviennent inévitablement vers l’appareil posé près de lui.
Il te regarde avec un grand sourire, braque une lampe dans tes yeux et allume son instrument de torture préféré :
— iiiih… iiih… iiiiiiih…
Le bruit strident te traverse le crâne. Tes doigts se crispent sur les accoudoirs. Une goutte de sueur glisse lentement le long de ta tempe.
Puis, avec une innocence parfaitement suspecte, il demande :
— Alors, c’est parti pour un petit détartrage ?
C’est à cet instant précis que quelque chose se brise en toi. La peur laisse place à la colère. Elle monte, irrésistible, jusqu’à devenir la seule chose qui compte. Fini de te laisser faire. Fini de subir en silence. Le temps de la révolte est venu.
Dans un élan instinctif, tu l’agrippes fermement et le fixes d’un regard déterminé. Le silence retombe aussitôt dans la pièce. Même l’appareil semble avoir compris que la situation vient de changer.
— Euh… ce sont mes couilles que vous tenez là, bredouille-t-il, partagé entre surprise et crainte.
Tu resserres légèrement ta prise.
— Je sais, lui assènes-tu d’un ton parfaitement calme, sans la moindre ambiguïté. On va donc bien faire attention, maintenant, à ne pas se faire mal mutuellement.
Espace lecture
La main d’écorché – Guy de Maupassant
En février 1875, un jeune homme de 25 ans signe « Joseph Prunier » dans les pages d’un modeste almanach lorrain. Derrière ce pseudonyme se cache Guy de Maupassant, qui publie là sa toute première nouvelle : La Main d’écorché. Le texte paraît dans L’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson, grâce à l’entremise d’un ami, Léon Fontaine, dont le cousin dirige la publication. Maupassant teste ainsi sa plume sans engager son nom, comme s’il voulait voir si ses mots tiennent debout hors de son cercle habituel.
L’histoire met en scène une main humaine desséchée, trophée macabre arraché à un criminel supplicié. L’objet, à la fois curiosité et malédiction, s’anime dans la nuit et laisse derrière lui terreur et folie. Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Maupassant y installe déjà son univers : l’angoisse sourde, le détail qui trouble, et cette frontière fragile entre raison et surnaturel. Cette nouvelle reste un petit bijou d’efficacité : quelques pages, une atmosphère lourde, et une chute qui hante. Pour qui aime le fantastique du XIXᵉ siècle, voilà une porte d’entrée idéale vers l'univers d'un jeune écrivain futur maître de la nouvelle française.
La main d'écorché
Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan. « Devinez d’où je viens », s’écria-t-il aussitôt. — « Je parie pour Mabille », répond l’un, — « Non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante », reprend un autre ; « Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. » — « Vous n’y êtes point, je viens de P… en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter. » À ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue. « Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, en quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses. » — « Mais que vas-tu faire de cette horreur ? » nous écriâmes-nous. — « Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. » — « Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par un procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon. » — « Ne raillez pas, Messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : « Qui a tué tuera. » — « Et qui a bu boira », reprit l’amphitryon ; là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : « Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître », puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.
Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant. « Eh bien, comment vas-tu ? » lui dis-je. — « Très bien », me répondit-il. — « Et ta main ? » — « Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi. »
En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer. « Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé. » — « Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. » Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve. — Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le « Frère, il faut mourir » des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant. Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.
Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers 6 heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant. « Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. » Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlaient bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.
Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :
« Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B…, étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers 10 heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte.
« Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout indiquait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B… gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. »
On lisait le lendemain dans le même journal :
« M. Pierre B…, la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. »
En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois, j’allai le voir tous les jours à l’hospice, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, et se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : « Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! » Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.
Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P… en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R. et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière ; les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où, bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres, machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui de son œil creux semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi, j’eus presque peur. « Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. » Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. « Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main. » — « Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre Monsieur Pierre. »
Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé 50 francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.
