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USS INDIANAPOLIS : QUATRE JOURS D’HORREUR EN PLEINE MER 📆 30 juillet 1945

Le 30 juillet 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale touche bientĂŽt Ă  sa fin, le croiseur lourd amĂ©ricain USS Indianapolis joue un rĂŽle crucial en livrant des composants essentiels destinĂ©s aux premiĂšres bombes atomiques vers l’Ăźle de Tinian. Cette mission secrĂšte menĂ©e Ă  bien dans la plus grande discrĂ©tion se transforme rapidement en catastrophe lors du retour vers Leyte. Sans escorte, l’Indianapolis est surpris dans la mer des Philippines par un sous-marin japonais qui parvient Ă  le torpiller.

Un croiseur isolé face à un danger sous-estimé

L’USS Indianapolis navigue seul, exposĂ© Ă  une vulnĂ©rabilitĂ© extrĂȘme. Le commandant du navire avait pourtant insistĂ© pour bĂ©nĂ©ficier d’une escorte, conscient du risque. Mais les autoritĂ©s navales, convaincues que la zone Ă©tait sĂ©curisĂ©e en cette fin de conflit et pressĂ©es par l’urgence de la mission, refusent cette demande. Ce choix se rĂ©vĂšle dĂ©sastreux.

Dans la nuit du 29 au 30 juillet, deux torpilles tirĂ©es par le sous-marin I-58 frappent violemment la coque du navire, provoquant des explosions dĂ©vastatrices. Le croiseur coule Ă  une vitesse alarmante, en moins de douze minutes, engloutissant avec lui environ 300 membres d’équipage, piĂ©gĂ©s dans les compartiments submergĂ©s.

L’enfer Ă  la dĂ©rive : la lutte pour la survie

Les dĂ©gĂąts physiques du naufrage ne sont que le prĂ©lude Ă  une Ă©preuve encore plus terrible. Environ 900 marins Ă©chappent Ă  la mort immĂ©diate, mais ils dĂ©rivent dans l’immensitĂ© de la mer, souvent sans canots ni Ă©quipement adĂ©quat. Les conditions sont extrĂȘmes : la soif tenaille, le soleil Ă©crasant le jour, le froid mordant la nuit, et surtout, la peur omniprĂ©sente des attaques de requins affamĂ©s. Ces derniers sont irrĂ©sistiblement attirĂ©s par le sang, les mouvements frĂ©nĂ©tiques et l’odeur humaine.

De surcroĂźt, beaucoup de marins, pris par la dĂ©shydratation, boivent de l’eau de mer, aggravant leur Ă©tat. Il faut savoir que la forte concentration en sel de l’eau de mer force le corps Ă  utiliser sa propre eau pour Ă©liminer cet excĂšs, ce qui intensifie la dĂ©shydratation. Au lieu d’étancher leur soif, les marins connaissent diarrhĂ©es, vomissements et troubles graves comme des hallucinations ou une insuffisance rĂ©nale conduisant rapidement Ă  la mort cellulaire et au dĂ©cĂšs.

Chaque instant devient alors une bataille contre la mort.

Les attaques incessantes des requins

Les requins prĂ©sents dans cette rĂ©gion – principalement les requins longimanes et les requins-tigres – se nourrissent d’abord des corps flottants, mais se tournent rapidement vers les vivants, fascinĂ©s par l’agitation et le sang. Les survivants tentent dĂ©sespĂ©rĂ©ment de se rassembler en groupe pour se protĂ©ger, formant parfois des cercles serrĂ©s, car les individus isolĂ©s sont les premiĂšres victimes.

MalgrĂ© ces efforts, la panique, la fatigue et les blessures dispersent peu Ă  peu les marins. Les attaques sont soudaines et violentes, causant de nombreuses pertes. On estime que plusieurs dizaines Ă  plus d’une centaine d’hommes succombent ainsi, tandis que d’autres meurent d’épuisement, d’exposition ou de blessures non soignĂ©es.

Des secours dus au hasard

Le naufrage aurait pu rester complĂštement ignorĂ©, car personne ne signale la disparition de l’Indianapolis dans l’immĂ©diat. En raison de la mission secrĂšte et d’erreurs administratives, le navire n’est pas dĂ©clarĂ© manquant. Aucune opĂ©ration de recherche ne dĂ©marre, et plusieurs erreurs humaines empĂȘchent la rĂ©action rapide.

Le silence se brise seulement quatre jours plus tard, avec un incroyable coup de chance : un avion de patrouille amĂ©ricain aperçoit une nappe d’huile Ă  la surface de la mer. En s’approchant, le pilote dĂ©couvre des survivants flottant faiblement, lance un appel de dĂ©tresse et largue du matĂ©riel de secours. Un hydravion Catalina est aussitĂŽt envoyĂ© sur place et commence Ă  repĂȘcher des survivants, parfois mĂȘme en enfreignant les ordres (le pilote amerrit dans une mer agitĂ©e pleine de requins pour pouvoir embarquer le plus de naufragĂ©s possible). TrĂšs vite, des navires de surface, dont le destroyer USS Cecil J. Doyle, convergent Ă©galement vers la scĂšne du drame.

Cependant, malgré ces efforts héroïques, seuls 317 hommes sur environ 1 200 survivent à cette terrible odyssée.

L’épave enfin retrouvĂ©e

L’épave de l’USS Indianapolis est retrouvĂ©e en aoĂ»t 2017, aprĂšs plus de 72 ans d’attente et de nombreuses tentatives infructueuses par des chercheurs et passionnĂ©s du monde entier. Cette prouesse scientifique et humaine est portĂ©e par le milliardaire amĂ©ricain Paul Allen, cofondateur de Microsoft et passionnĂ© d’histoire navale. Son Ă©quipe, Ă  bord du navire de recherche R/V Petrel, localise le croiseur Ă  plus de 5 500 mĂštres de profondeur dans la mer des Philippines.

La tĂąche est titanesque, la zone de disparition couvrant plus de 1 500 kmÂČ. Ce n’est qu’en 2016, grĂące Ă  la dĂ©couverte de nouveaux documents historiques par l’historien de la Navy, Richard Hulver, prĂ©cisant la position d’un autre navire ayant croisĂ© l’Indianapolis onze heures avant son naufrage, que l’équipe peut cibler un secteur plausible. En combinant ces donnĂ©es Ă  la technologie de pointe du R/V Petrel et Ă  des drones sous-marins capables d’atteindre 6 000 m de profondeur, la localisation prĂ©cise devient possible.

Sur les images ramenĂ©es Ă  la surface, on distingue nettement le numĂ©ro 35 peint sur la coque du croiseur, piĂšce maĂźtresse de la confirmation visuelle. L’état de conservation du navire est remarquable : l’obscuritĂ©, l’absence de courants violents et la pression des grands fonds contribuent Ă  prĂ©server le site, intact et silencieux, dans son linceul d’acier.



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