« Moule à gaufres ! » : la formule fuse, sonore et cocasse, dans la bouche du capitaine Haddock. Loin d’être une simple invention d’Hergé, cette insulte puise ses racines dans l’argot français du XIXᵉ siècle.
À l’époque, un « moule à gaufres » désigne, de façon très imagée, un visage marqué par la petite vérole, dont les cicatrices rappellent les alvéoles du célèbre moule à pâtisserie. L’expression est déjà peu flatteuse : elle évoque une figure « criblée », donc peu esthétique, et par glissement, une personne jugée ridicule ou sotte.
Hergé reprend ce juron en le détachant de son sens médical, pour en faire une insulte à la fois visuelle, sonore et comique, parfaitement adaptée au caractère emporté et inventif du capitaine. Dans les aventures de Tintin, « moule à gaufres » devient une injure générale contre un imbécile, un nigaud, un « abruti fini », souvent combinée à d’autres jurons (« Bougre de phénomène de moule à gaufres de tonnerre de Brest ! », « Concentré de moule à gaufres », etc.). L’effet est triple : visuel (on imagine un visage « en gaufre », donc grotesque), sonore (l’expression est rythmée et facile à crier) et inoffensif (contrairement à des insultes vulgaires, elle reste comique et acceptable pour un jeune public).
Alors, la prochaine fois que vous cherchez une insulte qui fâche sans vraiment fâcher, n’hésitez pas : « Espèce de concentré de moule à gaufres ! »