Bonne fête aux Thomas
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JE DÉCOUVREUn instant en ce bas monde

À l’abri des halles, dont les poutres séculaires portent encore la mémoire des marchés d’autrefois, je m’installe à une table de café - instant attendu. Autour de moi, les moineaux s’affairent, familiers et confiants, picorant les miettes du déjeuner comme s’ils étaient ici chez eux. Plus haut, sur la robuste charpente de chêne brut, les pigeons observent le monde avec une tranquille supériorité, dominant de leur perchoir les allées et venues des touristes.
À peine assis, le garçon - qui connaît mes habitudes - apparaît, déposant devant moi mon café avec une discrétion presque rituelle, - Instant privilégié.
Un roquet, dissimulé sous une table, s’agite soudain et apostrophe un mastiff de passage, impassible, qui poursuit sa route sans lui accorder le moindre regard - il ne doute de rien celui-là. Est-ce ce vacarme qui trouble l’air, je ne saurais dire, mais un bambin s’éveille et se met à pleurer avec une intensité sans mesure. Les regards convergent vers lui, comme si l’innocence du tumulte était plus condamnable que ce gêneur, un peu plus loin, qui débite à voix haute ses malheurs amoureux au téléphone.
Ah… la vie en terrasse.
Et déjà, comme un écho inévitable, un groupe bruyant s’approche, porteur d’une agitation nouvelle, - l’instant se fissure.
Je soupire doucement. Il sera temps de revenir. À une heure plus clémente, plus silencieuse - pour lire, enfin, mon journal.
Un peu de bonne humeur
Château et fantôme
Pendant les vacances de Noël, un touriste français visite un château en Écosse. Un peu impressionné par ce lieu qui lui semble hanté, il demande à son guide :
– Avez-vous déjà été confronté à un fantôme dans ce château ?
– Non, jamais. Et pourtant j’y habite depuis 400 ans.
Déménageur et santé – Anonyme
Quand on est déménageur, il vaut mieux lâcher une grosse caisse que se péter le dos.
Une New Atlantis éphémère
Leicester Hemingway, frère cadet d'Ernest Hemingway, fonde le 4 juillet 1964 New Atlantis, une micronation éphémère. Elle consiste en un radeau de bambou ancré sur un banc de sable dans les eaux internationales des Caraïbes, à 10-15 km au large de la Jamaïque.
Leicester, aventurier et journaliste, s'inspire du Guano Islands Act américain de 1856 pour revendiquer la souveraineté, arguant que des fientes d'oiseaux sur le radeau en font un territoire exploitable. Il installe une barge d'environ 22 m², divise le radeau en deux moitiés symboliques (une américaine, l'autre New Atlantis), et rédige une constitution inspirée de celle des États-Unis sur sa machine à écrire.
L'initiative vise à promouvoir la recherche marine, protéger la pêche locale et créer un aquarium. Leicester se proclame président, émet une monnaie, des timbres-poste et un drapeau (triangle jaune inversé sur fond bleu). Parmi les six "citoyens" figurent sa famille, un agent de la CIA et une assistante liée à la mafia.
Malgré des recrutements de personnalités (comme Lady Pamela Bird), aucune reconnaissance internationale n'intervient. Des tempêtes tropicales détruisent plusieurs versions du radeau, et le projet s'arrête définitivement en 1966.
Savais-tu ?
Guano Islands Act de 1856
La loi fédérale américaine Guano Islands Act de 1856 autorise tout citoyen des États‑Unis à prendre possession, au nom du pays, d’îles inhabitées et non revendiquées par une autre puissance, dès lors qu’elles contiennent des gisements de guano (excréments d’oiseaux marins et de chauves‑souris utilisés comme engrais phosphaté).
Au milieu du XIXème siècle, le guano est une ressource stratégique pour fertiliser les sols agricoles, et les États‑Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements face à la « fièvre du guano ». Le Guano Islands Act permet de s’emparer d’une centaine d’îles dans les Caraïbes et le Pacifique, sans nécessairement en faire des États intégrés à l’Union.
La loi stipule que l’île devient, de facto, un territoire américain tant que l’extraction du guano y est réalisée, tout en laissant au président la possibilité de dépêcher des forces armées pour protéger ces possessions. Elle est encore en vigueur aujourd’hui et reste un exemple particulier d’expansion territoriale américaine motivée par une ressource naturelle spécifique.
Whenever any citizen of the United States discovers a deposit of guano on any island, rock, or key, not within the lawful jurisdiction of any other Government, and not occupied by the citizens of any other Government, and takes peaceable possession thereof, and occupies the same, such island, rock, or key may, at the discretion of the President, be considered as appertaining to the United States.
Chaque fois qu'un citoyen des États-Unis découvre un gisement de guano sur n'importe quelle île, rocher ou îlot, qui n'est pas sous la juridiction légale d'un autre gouvernement et pas occupé par des citoyens d'un autre gouvernement, et prend possession pacifiquement de celle-ci, et l'occupe de la même façon, cette île, rocher ou îlot peut, à la discrétion du président, être considérée comme appartenant aux États-Unis.
