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20 AVRIL

Bonne fête aux Odette

Aujourd’hui à la une

Les évènements notables

2010 – Explosion de Deepwater Horizon

Le 20 avril 2010, une explosion sur la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, exploitée par BP dans le golfe du Mexique, provoque la mort de 11 ouvriers et déclenche la pire marée noire de l’histoire des États-Unis. Pendant 87 jours, près de 5 millions de barils de pétrole se déversent dans l’océan, causant des dégâts écologiques catastrophiques pour la faune, la flore et les côtes. Cet accident entraîne une refonte des réglementations sur la sécurité offshore et des milliards de dollars d’amendes pour BP.

1974 – Mitsubishi ferme la mine de Hashima et renvoie la population

Le 20 avril 1974, la société Mitsubishi ferme définitivement la mine de charbon de Hashima (ou Gunkanjima), une île artificielle au large du Japon. Ce site, autrefois prospère et densément peuplé, est abandonné par ses 5 000 habitants, laissant derrière lui une ville fantôme. Hashima, avec ses bâtiments en ruine, devient un symbole de l’industrialisation et du déclin économique. Aujourd’hui, l’île, partiellement restaurée, est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et attire les touristes.

1949 – Début de l’« incident du Yang Tsé » avec le HMS Amethyst

Le 20 avril 1949, le navire britannique HMS Amethyst, remontant le fleuve Yang Tsé en Chine, est bombardé par l’artillerie communiste et s’échoue. Cet incident, survenant pendant la guerre civile chinoise, déclenche une crise internationale. Après 10 semaines de siège, le navire parvient à s’échapper en juillet 1949, devenant un symbole de résistance. L’affaire illustre les tensions de la guerre froide en Asie et la détermination de la Royal Navy.

1920 – Début des Jeux de la 7ᵉ Olympiade d’été à Anvers

Le 20 avril 1920, les Jeux Olympiques d’Anvers s’ouvrent en Belgique, marquant la première Olympiade après la Première Guerre mondiale. Ces Jeux, organisés dans un contexte de reconstruction, voient la participation de 2 626 athlètes représentant 29 pays. Pour la première fois, le drapeau olympique et la devise « Citius, Altius, Fortius » sont officiellement utilisés. Les États-Unis dominent le tableau des médailles, tandis que la Belgique, pays hôte, brille en cyclisme et en escrime.

1856 – Aimé Thomé de Gamond présente à Napoléon III un projet de tunnel sous la Manche

Le 20 avril 1856, l’ingénieur français Aimé Thomé de Gamond soumet à Napoléon III un projet ambitieux : creuser un tunnel sous la Manche pour relier la France et l’Angleterre. Bien que techniquement innovant, le projet est jugé trop coûteux et risqué pour l’époque. Il faut attendre 1994 pour que le tunnel sous la Manche (Eurotunnel) devienne réalité, réalisant enfin cette vision audacieuse de connexion entre les deux pays.

1828 – L’explorateur René Caillié entre à Tombouctou et devient le 1er non-musulman connu à revenir de cette ville

Le 20 avril 1828, après un périple de 3 000 km à travers l’Afrique, l’explorateur français René Caillié entre dans la mythique Tombouctou, au Mali. Déguisé en musulman et affaibli par la maladie, il est le premier Européen non-musulman à visiter la ville et à en revenir vivant. Son récit, publié en 1830, révèle au monde les richesses culturelles et commerciales de Tombouctou, longtemps entourée de mystère. Caillié reçoit une récompense de la Société de Géographie pour son exploit.

1770 – James Cook prend possession de l’Australie

Le 20 avril 1770, l’explorateur britannique James Cook débarque sur la côte est de l’Australie, près de l’actuelle Sydney, et revendique ce territoire pour la couronne britannique sous le nom de Nouvelle-Galles du Sud. Ce voyage, à bord du HMS Endeavour, marque le début de la colonisation européenne du continent. Cook cartographie la côte australienne, ouvrant la voie à une présence britannique permanente, avec des conséquences durables pour les peuples aborigènes.

1653 – Oliver Cromwell dissout le Parlement croupion

Le 20 avril 1653, Oliver Cromwell, chef de l’armée parlementaire anglaise, dissout violemment le Parlement croupion (ainsi nommé car réduit à une centaine de membres après des purges). Mécontent de son inefficacité à réformer l’Angleterre, Cromwell déclare : « Vous n’êtes plus un Parlement, je vais mettre fin à votre session ! » avant de faire évacuer les députés par des soldats. Cet acte marque le début de son règne personnel en tant que Lord Protecteur, une période de dictature militaire.

1534 – Jacques Cartier quitte Saint-Malo à la recherche des Indes

Le 20 avril 1534, l’explorateur malouin Jacques Cartier quitte Saint-Malo pour son premier voyage vers le Nouveau Monde, mandaté par François Ier pour trouver une route vers les richesses de l’Asie. Il atteint plutôt les côtes de Terre-Neuve et du Canada, explorant le golfe du Saint-Laurent et établissant les premières relations avec les Autochtones. Ce voyage ouvre la voie à la colonisation française en Amérique du Nord et à la fondation du Canada.

1233 – Début de l’Inquisition officialisée par la bulle Ille humani generis du pape Grégoire IX

En avril 1233, le pape Grégoire IX publie la bulle Ille humani generis, officialisant l’Inquisition médiévale. Ce tribunal ecclésiastique, chargé de lutter contre l’hérésie, notamment le catharisme, étend son pouvoir en Europe. L’Inquisition, connue pour ses méthodes brutales (torture, autodafés), devient un instrument de contrôle religieux et politique. Son héritage sombre marque durablement l’histoire de l’Église et des sociétés européennes.

Les naissances et décès notables

1972 – Naissance de Carmen Electra, actrice, mannequin et chanteuse américaine
1969 – Naissance de Felix Baumgartner, parachutiste et sauteur extrême autrichien
1949 – Naissance de Jessica Lange, actrice américaine

1994 – Décès de Jean Carmet, acteur français
1992 – Décès de Benny Hill (Alfred Hawthorn Hill), humoriste, acteur et chanteur britannique
1912 – Décès de Bram Stoker, écrivain irlandais
1099 – Décès de Pierre Barthélemy, moine, soldat, croisé




Un peu de bonne humeur

Les crêpes au rhum

  • Préparez la pâte
  • Buvez un verre de rhum
  • Faites chauffer la poêle
  • Reprenez encore deux verres de rhum
  • Mélangez une cuillère avec la pâte
  • Buvez trois verres de rhum
  • Mettez un peu de poêle dans la pâte
  • Patelez bien l'étale
  • Cherch' une aut' bouteille d'rhum
  • Crêpez la tourne
  • Cuisez le rhum encore une petute minite
  • Sooortez la poêle de... la crêpe
  • La crêpe relevez du... plaaaancher
  • Beurrez du mettre cure la sêrpe
  • Crêpez le suc
  • Tes la mable et loivà.

 

Cher Whisky…

🥴 Cher Whisky,
Nous avions un accord. Tu étais censé me rendre plus sympathique, plus séduisant, plus drôle, plus intelligent — et, accessoirement, meilleur danseur.
J’ai vu la vidéo.
Il faut vraiment qu’on parle.

Le 1er postulat de Pardo

Selon le premier postulat de Pardo, énoncé avec la sagesse cynique de ce philosophe du vice quotidien, les bonnes choses de la vie - ces délices qui font palpiter le cœur et saliver les papilles - sont invariablement soit illégales, soit immorales, soit, pire encore, promis à nous faire grossir inexorablement.

L'univers, dans son ironie cruelle, semble avoir conçu ce triptyque maudit pour nous transformer en moines ascètes malgré nous, nous forçant à choisir entre le plaisir coupable et la vertu fade, comme si la félicité pure n'était réservée qu'aux saints ou aux extraterrestres au régime.

Au final, il ne nous reste plus qu’à maudire Pardo pour cette formule exprimant une réalité bien trop souvent vérifiée.

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Savais-tu ?

La loi de Boob

Ce phénomène dérivé de la loi de Murphy, s’énonce avec une ironie cruelle : quel que soit l'objet égaré - vos clés ou cette foutue chaussette orpheline -, il ne refait surface qu'au tout dernier endroit où vous auriez eu l'idée de chercher.

Vous avez retourné la maison comme un cambrioleur en panique, vidé tous les tiroirs, soulevé tous les tapis, soupçonné les enfants d’une blague bien lourde et même interrogé le chat et - paf ! - au moment de capituler en maudissant l'univers, le voilà qui s’affiche fièrement, moqueur et triomphant, sous vos yeux injectés de sang.

Cette fatalité universelle prouve simplement que l'entropie, avec son sens de l'humour bien tordu, adore nous faire danser la gigue avant de nous lâcher dans le grand bain de la vie.

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Astuce

Utilité l’hiver de la litière pour chat

La litière pour chat peut se révéler étonnamment utile en cas de verglas : grâce à son fort pouvoir absorbant et à sa texture granuleuse, elle améliore l’adhérence sur les surfaces glissantes comme les trottoirs, les marches ou même autour des roues d’une voiture. En en saupoudrant une petite quantité, vous créez rapidement une zone plus sûre pour circuler, sans avoir besoin de sel ou de sable sous la main. C’est une astuce simple, économique et souvent déjà disponible à la maison, parfaite pour faire face aux imprévus hivernaux avec efficacité... par contre, le chat devra se débrouiller sans litière... il se gèlera peut-être un peu les papattes mais, pour la bonne cause, il peut, tout de même, occasionnellement, aller faire ses besoins dans la plate-bande la plus proche.

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Un instant en ce bas monde

De : ACCDH - Direction Confidentialité et Réputation
À : Tout le monde
Objet : Augmentation des fuites

Dans le cadre de notre stratégie globale de discrétion, l’Association des Complots visant à Contrôler ou Détruire l’Humanité a investi des ressources considérables dans la protection de l’information : protocoles de confidentialité renforcés, canaux de communication sécurisés, formation continue au secret opérationnel et audits réguliers de nos pratiques de partage.

Nous constatons toutefois une augmentation préoccupante des fuites non autorisées sur les plateformes sociales. Ces divulgations compromettent nos objectifs stratégiques, fragilisent la confiance de nos parties prenantes et exposent l’organisation à des risques réputationnels majeurs.

Par conséquent, nous demandons à l’ensemble des collaborateurs de cesser immédiatement la publication de contenus relatifs aux plans en cours, aux opérations confidentielles et aux feuilles de route de destruction ou de contrôle de l’humanité.

Toute information sensible doit désormais être partagée exclusivement via les canaux internes approuvés. Les publications sur les réseaux sociaux, y compris les stories, les lives et les contenus marqués « ne pas partager », sont strictement proscrites.

Nous comptons sur la responsabilité de chacun pour préserver notre avantage concurrentiel et garantir la réussite de nos missions.

La Direction de la Confidentialité et de la Réputation - ACCDH
« Parce qu’un plan mondial mérite une gouvernance solide. »

Communiqué officiel de l'ACCDH

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Espace lecture

La main d’écorché – Guy de Maupassant

En février 1875, un jeune homme de 25 ans signe « Joseph Prunier » dans les pages d’un modeste almanach lorrain. Derrière ce pseudonyme se cache Guy de Maupassant, qui publie là sa toute première nouvelle : La Main d’écorché. Le texte paraît dans L’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson, grâce à l’entremise d’un ami, Léon Fontaine, dont le cousin dirige la publication. Maupassant teste ainsi sa plume sans engager son nom, comme s’il voulait voir si ses mots tiennent debout hors de son cercle habituel.

L’histoire met en scène une main humaine desséchée, trophée macabre arraché à un criminel supplicié. L’objet, à la fois curiosité et malédiction, s’anime dans la nuit et laisse derrière lui terreur et folie. Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Maupassant y installe déjà son univers : l’angoisse sourde, le détail qui trouble, et cette frontière fragile entre raison et surnaturel. Cette nouvelle reste un petit bijou d’efficacité : quelques pages, une atmosphère lourde, et une chute qui hante. Pour qui aime le fantastique du XIXᵉ siècle, voilà une porte d’entrée idéale vers l'univers d'un jeune écrivain futur maître de la nouvelle française.

La main d'écorché

Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan. « Devinez d’où je viens », s’écria-t-il aussitôt. — « Je parie pour Mabille », répond l’un, — « Non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante », reprend un autre ; « Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. » — « Vous n’y êtes point, je viens de P… en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter. » À ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue. « Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, en quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses. » — « Mais que vas-tu faire de cette horreur ? » nous écriâmes-nous. — « Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. » — « Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par un procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon. » — « Ne raillez pas, Messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : « Qui a tué tuera. » — « Et qui a bu boira », reprit l’amphitryon ; là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : « Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître », puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.

Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant. « Eh bien, comment vas-tu ? » lui dis-je. — « Très bien », me répondit-il. — « Et ta main ? » — « Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi. »

En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer. « Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé. » — « Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. » Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve. — Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le « Frère, il faut mourir » des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant. Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.

Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers 6 heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant. « Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. » Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlaient bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.

Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :

« Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B…, étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers 10 heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte.

« Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout indiquait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B… gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. »

On lisait le lendemain dans le même journal :

« M. Pierre B…, la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. »

En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois, j’allai le voir tous les jours à l’hospice, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, et se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : « Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! » Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.

Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P… en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R. et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière ; les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où, bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres, machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui de son œil creux semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi, j’eus presque peur. « Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. » Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. « Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main. » — « Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre Monsieur Pierre. »

Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé 50 francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.

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