Je soutiens le projet

7 JUIN

Bonne fête aux Gilbert

Aujourd’hui à la une

Les évènements notables

1905 – Indépendance de la Norvège vis-à-vis de la Suède

Le 7 juin 1905, le parlement norvégien met fin à l’union avec la Suède, établie depuis 1814. Ce divorce pacifique résulte de tensions politiques croissantes sur la souveraineté norvégienne. La Suède accepte finalement la séparation, et le prince danois Carl devient roi sous le nom de Haakon VII. La Norvège retrouve ainsi son indépendance après près d’un siècle.

1892 – Homer Plessy monte dans une voiture réservée aux Blancs, ce qui conduira à la décision Plessy v. Ferguson

Homer Plessy, citoyen américain d’origine créole, enfreint une loi ségrégationniste en montant dans un wagon réservé aux Blancs. Son arrestation volontaire vise à contester la ségrégation raciale. L’affaire aboutit en 1896 à la décision Plessy v. Ferguson, qui légalise la ségrégation sous la doctrine “séparés mais égaux”, légitimant la discrimination pour des décennies.

1660 – Louis XIV accueille sa future épouse Marie-Thérèse d’Autriche à Saint-Jean-de-Luz

Dans le cadre des accords du traité des Pyrénées, Louis XIV rencontre l’infante Marie-Thérèse d’Autriche à Saint-Jean-de-Luz. Leur mariage vise à sceller la paix entre la France et l’Espagne. Cette union, célébrée quelques jours plus tard, marque un tournant diplomatique important et renforce la position du jeune roi dans le jeu européen.

1520 – Début de l’entrevue du camp du Drap d’Or entre les rois François Ier et Henri VIII

Les souverains de France et d’Angleterre se rencontrent près de Calais pour une démonstration de faste et de diplomatie. Cette entrevue, marquée par des banquets, tournois et luxe ostentatoire, vise à renforcer les liens entre les deux royaumes. Malgré les apparences, aucune alliance durable n’en ressort, mais elle reste un symbole d’apparat politique.

1494 – Signature du traité de Tordesillas

Le traité de Tordesillas est conclu entre l’Espagne et le Portugal sous l’égide du pape. Il partage le Nouveau Monde entre les deux puissances maritimes le long d’un méridien situé à l’ouest des Açores. Cet accord vise à prévenir les conflits d’exploration, mais influencera durablement la géopolitique coloniale, notamment en Amérique du Sud.

Les naissances et décès notables

1991 – Naissance de Emily Ratajkowski, mannequin et actrice américaine
1981 – Naissance de Anna Kournikova, joueuse de tennis russe
1977 – Naissance de Fabrice Éboué, humoriste et acteur français
1958 – Naissance de Prince (Prince Rogers Nelson), musicien, chanteur et producteur américain
1953 – Naissance de Johnny Clegg, auteur-compositeur-interprète et danseur sud-africain
1952 – Naissance de Liam Neeson, acteur américain

2020 – Décès de Hubert Gagnon, acteur et doubleur vocal québécois, voix de Homer Simpson pendant 27 ans
2015 – Décès de Christopher Lee, acteur britannique (comte Dooku dans Star Wars ou Saroumane dans Le seigneur des anneaux)
2008 – Décès de Dino Risi, réalisateur italien
2001 – Décès de Carole Fredericks, chanteuse américaine également francophone
1954 – Décès de Alan Turing, mathématicien britannique
1689 – Décès de Catherine Bellier, dite « Cateau-la-Borgnesse », 1ère maîtresse de Louis XIV




Un peu de bonne humeur

La vue à 50 ans – Jean Gabin

A la cinquantaine, on ne reconnaît plus les lettres de près. Mais on reconnaît les cons de loin !

 

Croyant ou schizo – Pierre Desproges

« Si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant… s’il vous répond, vous êtes schizophrène. »

Séchoir topissime

Les clients, attirés par la promesse d’un appareil high-tech commandent le « séchoir à linge solaire » révolutionnaire annoncé dans des magazines nationaux américains à 49,95 dollars. Ils reçoivent simplement une corde à linge ordinaire dans un emballage. Quand ils se plaignent, l’escroc californien Steve Comisar s’étonne : la corde sèche le linge grâce au soleil, l’énergie solaire la plus naturelle et efficace qui soit.

Lien vers la page

Savais-tu ?

Quand les Britanniques rêvent d’un porte-avions en glace

En pleine Seconde Guerre mondiale, alors que les sous-marins allemands déciment les convois alliés au milieu de l’Atlantique, les Britanniques imaginent une solution aussi audacieuse qu’insolite : construire un porte-avions géant… en glace.

En 1942, la bataille de l’Atlantique bat son plein. Les U-Boote attaquent les navires de ravitaillement dans une zone centrale hors de portée des avions basés à terre. Pour combler ce « vide » stratégique, l’inventeur Geoffrey Pyke et l’amiral Lord Mountbatten proposent au Premier ministre Winston Churchill un projet fou : un porte-avions insubmersible, capable de stationner en plein océan et de lancer des avions pour protéger les convois.

La glace pure s’avère trop fragile. Les ingénieurs développent alors le pykrete, un matériau composite mélangeant environ 86% de glace et 14% de pâte de bois. Plus résistant que la glace normale, plus lent à fondre, il nécessite toutefois un système de réfrigération interne pour être maintenu à environ −16 °C. Les plans initiaux prévoient un navire de 610 mètres de long, 100 mètres de large, avec des flancs de 12 mètres d’épaisseur et un déplacement de plus de 1,8 million de tonnes. Un véritable iceberg artificiel, construit à partir de 280 000 blocs de glace.

Pour tester le concept, les Britanniques choisissent le lac Patricia, dans le parc national de Jasper (Alberta, Canada). En 1943, un prototype réduit de 18 mètres sur 9, pesant environ 1 000 tonnes, est construit en secret par des objecteurs de conscience. Équipé d’un moteur de 1 cheval-vapeur pour alimenter son système de refroidissement, le modèle flotte librement après avoir été détaché de la glace du lac. Le prototype résiste tout l’été avant de fondre et de couler lorsque le réfrigérateur est éteint en juin. Ses vestiges reposent toujours au fond du lac, redécouverts par des plongeurs en 1985.

Malgré les essais prometteurs, le projet Habakkuk est officiellement abandonné en décembre 1943. Plusieurs raisons expliquent cette décision : les progrès de l’aviation permettent bientôt de couvrir tout l’Atlantique depuis des bases terrestres, notamment après l’obtention de bases aux Açores ; la construction de porte-avions d’escorte en acier, plus petits et mobiles, s’avère plus efficace et moins coûteuse ; le coût énergétique et logistique pour maintenir un navire de cette taille à basse température est jugé prohibitif.

Bien que jamais concrétisé, le projet Habakkuk reste l’un des épisodes les plus délirants et ingénieux de la Seconde Guerre mondiale. Il illustre l’audace — et parfois l’utopie — des solutions envisagées par les Alliés face à la menace allemande.

Lien vers la page

Astuce

Un linge rafraichissant

S’il fait chaud et que l’on cherche une solution simple et immédiate pour se rafraîchir, il suffit d’entourer son poignet d’un linge légèrement humide et frais : cette zone, riche en circulation sanguine, aide à diffuser rapidement une sensation de fraîcheur dans tout le corps. En cas de forte chaleur, cette astuce discrète et économique peut se révéler étonnamment efficace en apportant un vrai confort en quelques secondes seulement. Placé près d'un ventilateur, la sensation de fraicheur se trouve immédiatement amplifiée.

Cette astuce permet également de redonner une utilité à une chaussette définitivement esseulée après une lessive en remplaçant le linge humide par cette chaussette découpée pour pouvoir la passer autour du bras.

Lien vers la page

Un instant en ce bas monde

De : ACCDH - Direction Confidentialité et Réputation
À : Tout le monde
Objet : Augmentation des fuites

Dans le cadre de notre stratégie globale de discrétion, l’Association des Complots visant à Contrôler ou Détruire l’Humanité a investi des ressources considérables dans la protection de l’information : protocoles de confidentialité renforcés, canaux de communication sécurisés, formation continue au secret opérationnel et audits réguliers de nos pratiques de partage.

Nous constatons toutefois une augmentation préoccupante des fuites non autorisées sur les plateformes sociales. Ces divulgations compromettent nos objectifs stratégiques, fragilisent la confiance de nos parties prenantes et exposent l’organisation à des risques réputationnels majeurs.

Par conséquent, nous demandons à l’ensemble des collaborateurs de cesser immédiatement la publication de contenus relatifs aux plans en cours, aux opérations confidentielles et aux feuilles de route de destruction ou de contrôle de l’humanité.

Toute information sensible doit désormais être partagée exclusivement via les canaux internes approuvés. Les publications sur les réseaux sociaux, y compris les stories, les lives et les contenus marqués « ne pas partager », sont strictement proscrites.

Nous comptons sur la responsabilité de chacun pour préserver notre avantage concurrentiel et garantir la réussite de nos missions.

La Direction de la Confidentialité et de la Réputation - ACCDH
« Parce qu’un plan mondial mérite une gouvernance solide. »

Communiqué officiel de l'ACCDH

Lien vers la page

Espace lecture

La Barbe bleue – Charles Perrault

Barbe-Bleue et Gilles de Rais forment l’un des rapprochements les plus tenaces entre un conte et l’histoire. Les deux se rencontrent d’abord dans l’imaginaire. Le seigneur de Perrault, qui assassine ses épouses et cache leurs corps dans une chambre interdite, devient au fil des siècles le double légendaire de Gilles de Rais, riche baron breton et compagnon de Jeanne d’Arc, jugé pour des meurtres d'enfants et exécuté en 1440 pour ses crimes atroces.

Le lien entre les deux figures tient moins à une filiation littéraire démontrée qu’à une longue confusion populaire. Dans l’Ouest de la France, la mémoire des crimes de Gilles de Rais se mêle aux récits de maris meurtriers et aux légendes locales ; certains châteaux finissent même par porter le nom de « château de Barbe-Bleue ». Ainsi, Gilles de Rais n’est pas la source certaine du conte - rien ne prouve même que Charles Perrault s’en inspire de près ou de loin -, mais il en devient son visage historique le plus célèbre.

Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderies, et des carrosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était personne qui ne s’enfuît de devant lui.

Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles. Il lui en demanda une en mariage. Elles n’en voulaient point toutes deux, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes étaient devenues.

La Barbe-Bleue, pour faire connaissance, les mena, avec leur mère et trois ou quatre de leurs meilleures amies à une de ses maisons de campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n’étaient que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : enfin tout alla si bien que la cadette commença à trouver que le maître du logis était un fort honnête homme. Dès qu’on fut de retour à la ville, le mariage se conclut.

Au bout d’un mois, la Barbe-Bleue dit à sa femme qu’il était obligé de faire un voyage en province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence ; qu’il la priait de se bien divertir pendant son absence ; qu’elle fît venir ses bonnes amies ; qu’elle les menât à la campagne, si elle voulait ; que partout elle fît bonne chère. « Voilà, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles ; voilà celles de la vaisselle d’or et d’argent, qui ne sert pas tous les jours ; voilà celles de mes coffres-forts où est mon or et mon argent ; celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement bas : ouvrez tout, allez partout ; mais, pour ce petit cabinet, je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte que, s’il vous arrive de l’ouvrir, il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. »

Elle promit d’observer exactement tout ce qui lui venait d’être ordonné, et lui monte dans son carrosse, et part pour son voyage.

Les voisines et les bonnes amies n’attendirent pas qu’on les envoyât quérir pour aller chez la jeune mariée, tant elles avaient d’impatience de voir toutes les richesses de sa maison, n’ayant osé y venir pendant que le mari y était, à cause de sa barbe bleue, qui leur faisait peur. Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les garde-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux garde-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs où l’on se voyait depuis les pieds jusqu’à la tête, et dont les bordures, les unes de glace, les autres d’argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu’on eût jamais vues. Elles ne cessaient d’exagérer et d’envier le bonheur de leur amie, qui, cependant, ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l’impatience qu’elle avait d’aller ouvrir le cabinet de l’appartement bas.

Elle fut si pressée de sa curiosité, que, sans considérer qu’il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation qu’elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois. Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s’y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son mari lui avait faite, et considérant qu’il pourrait lui arriver malheur d’avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte, qu’elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet.

D’abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées. Après quelques moments, elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que, dans ce sang, se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs : c’était toutes les femmes que la Barbe-Bleue avait épousées, et qu’il avait égorgées l’une après l’autre. Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet qu’elle venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main.

Après avoir un peu repris ses sens, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu ; mais elle n’en pouvait venir à bout, tant elle était émue.

Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l’essuya deux ou trois fois ; mais le sang ne s’en allait point : elle eut beau la laver, et même la frotter avec du sablon et avec du grès, il demeura toujours du sang, car la clef était fée, et il n’y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d’un côté, il revenait de l’autre.

La Barbe-Bleue revint de son voyage dès le soir même, et dit qu’il avait reçu des lettres, dans le chemin, qui lui avaient appris que l’affaire pour laquelle il était parti venait d’être terminée à son avantage. Sa femme fit tout ce qu’elle put pour lui témoigner qu’elle était ravie de son prompt retour.

Le lendemain, il lui demanda les clefs ; et elle les lui donna, mais d’une main si tremblante, qu’il devina sans peine tout ce qui s’était passé. « D’où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n’est point avec les autres ? — Il faut, dit-elle, que je l’aie laissée là-haut sur ma table. — Ne manquez pas, dit la Barbe-Bleue, de me la donner tantôt. »

Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef. La Barbe-Bleue, l’ayant considérée, dit à sa femme : Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? — Je n’en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort. — Vous n’en savez rien ! reprit la Barbe-Bleue ; je le sais bien, moi. Vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Eh bien, madame, vous y entrerez et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues.

Elle se jeta aux pieds de son mari en pleurant, et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d’un vrai repentir, de n’avoir pas été obéissante. Elle aurait attendri un rocher, affligée comme elle était ; mais la Barbe-Bleue avait le cœur plus dur qu’un rocher. « Il faut mourir, madame, lui dit-il, et tout à l’heure. — Puisqu’il faut mourir, répondit-elle, en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu. — Je vous donne un demi-quart d’heure, reprit la Barbe-Bleue ; mais pas un moment davantage. »

Lorsqu’elle fut seule, elle appela sa sœur, et lui dit : Ma sœur Anne, car elle s’appelait ainsi, monte, je te prie, sur le haut de la tour pour voir si mes frères ne viennent point ; ils m’ont promis qu’ils me viendraient voir aujourd’hui ; et, si tu les vois, fais-leur signe de se hâter. — La sœur Anne monta sur le haut de la tour ; et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Et la sœur Anne lui répondait : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie.

Cependant la Barbe Bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme : Descends vite, ou je monterai là-haut. — Encore un moment, s’il vous plaît, lui répondait sa femme ; et aussitôt elle criait tout bas : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Et la sœur Anne répondait : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie.

Descends donc vite, criait la Barbe-Bleue, ou je monterai là-haut. — Je m’en vais, répondait la femme ; et puis elle criait : Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? — Je vois, répondit la sœur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci… — Sont-ce mes frères ? — Hélas ! non, ma sœur : c’est un troupeau de moutons…

Ne veux tu pas descendre ? criait la Barbe-Bleue — Encore un moment, répondait sa femme ; et puis elle criait : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Je vois, répondit-elle, deux cavaliers qui viennent de ce côté-ci, mais ils sont bien loin encore… Dieu soit loué ! s’écria-t-elle un moment après ; ce sont mes frères. Je leur fais signe tant que je puis de se hâter.

La Barbe-Bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds tout épleurée et tout échevelée. « Cela ne sert de rien, dit la Barbe-Bleue ; il faut mourir. » Puis, la prenant d’une main par les cheveux, et de l’autre levant le coutelas en l’air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme, se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir. « Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; » et, levant son bras…

Dans ce moment, on heurta si fort à la porte que la Barbe-Bleue s’arrêta tout court. On ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux cavaliers, qui mettant l’épée à la main, coururent droit à la Barbe-Bleue. Il reconnut que c’était les frères de sa femme, l’un dragon et l’autre mousquetaire, de sorte qu’il s’enfuit aussitôt pour se sauver ; mais les deux frères le poursuivirent de si près qu’ils l’attrapèrent avant qu’il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort.

La pauvre femme était presque aussi morte que son mari, et n’avait pas la force de se lever pour embrasser ses frères.

Il se trouva que la Barbe-Bleue n’avait point d’héritiers et qu’ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens. Elle en employa une partie à marier sa sœur avec un gentilhomme, une autre partie à acheter des charges de capitaines à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu’elle avait passé avec la Barbe-Bleue.

Source

Lien vers la page