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8 AOÛT

Bonne fête aux Dominique

Aujourd’hui à la une

Les évènements notables

2008 – Début des jeux de la 29ème olympiade d’été à Pékin

Le 8 août 2008, les Jeux olympiques d’été s’ouvrent à Pékin dans un stade national surnommé le « Nid d’oiseau », devant quatre-vingt mille spectateurs éblouis par une cérémonie d’ouverture grandiose mise en scène par le réalisateur Zhang Yimou. La Chine, qui fait ses débuts de grande puissance olympique, termine première au tableau des médailles d’or avec cinquante et une victoires, démontrant au monde entier sa nouvelle stature internationale.

2000 – Le sous-marin confédéré CSS H. L. Hunley est ramené à la surface

Le 8 août 2000, le sous-marin sudiste CSS H. L. Hunley est remonté des eaux de Charleston Harbor en Caroline du Sud, cent trente-six ans après avoir coulé en 1864. Premier sous-marin de l’histoire à avoir coulé un navire de guerre ennemi, le USS Housatonic, il avait mystérieusement disparu peu après avec tout son équipage. Sa remontée constitue un événement archéologique et historique majeur pour l’histoire de la guerre de Sécession.

1974 – Démission du président américain Richard Nixon suite au scandale du Watergate

Le 8 août 1974, Richard Nixon annonce dans un discours télévisé sa démission de la présidence des États-Unis, effective le lendemain, devenant le premier président américain à démissionner de ses fonctions. Acculé par les révélations du scandale du Watergate, qui avait mis au jour l’implication de son équipe dans le cambriolage du siège du Parti démocrate en 1972 et sa tentative d’étouffer l’affaire, il cède sous la menace d’une procédure de destitution inéluctable.

1969 – Réalisation de la photo des Beatles sur Abbey Road

Le 8 août 1969, le photographe Iain Macmillan réalise en une dizaine de minutes la célèbre photographie des quatre Beatles traversant en file indienne le passage piéton devant les studios Abbey Road de Londres. Cette image, choisie pour la pochette de leur dernier album enregistré ensemble, devient l’une des photographies les plus iconiques et les plus reproduites de l’histoire de la musique populaire mondiale.

1969 – Début du “Helter Skelter” de la Famille Manson

Le 8 août 1969, des membres de la “Famille”, secte dirigée par le gourou manipulateur Charles Manson, assassinent sauvagement cinq personnes dans la villa de Cielo Drive à Los Angeles, dont l’actrice Sharon Tate, épouse enceinte du réalisateur Roman Polanski. La nuit suivante, deux autres victimes sont tuées chez les LaBianca. Manson, qui espérait déclencher une guerre raciale apocalyptique qu’il nommait “Helter Skelter” en référence à une chanson des Beatles, est arrêté en octobre 1969 et condamné à mort, peine commuée en réclusion à perpétuité. Il mourra en prison en 2017… lire l’article

1963 – Attaque du train postal Glasgow-Londres

Le 8 août 1963, une bande de seize malfaiteurs menée par Bruce Reynolds attaque le train postal Glasgow-Londres à Bridego Railway Bridge dans le Buckinghamshire et dérobe l’équivalent de quarante-six millions d’euros actuels en billets de banque usagés destinés à la destruction. Ce « Grand Braquage du Train » entre immédiatement dans la légende criminelle britannique. La plupart des auteurs sont arrêtés et condamnés à de lourdes peines, mais une partie du butin ne sera jamais retrouvée.

1945 – L’Union soviétique déclare la guerre au Japon

Le 8 août 1945, soit exactement trois mois après la capitulation de l’Allemagne nazie comme convenu à Yalta, l’Union soviétique déclare la guerre au Japon et lance une offensive massive en Mandchourie contre l’armée japonaise du Kwantung. Cette entrée en guerre soviétique, combinée au choc des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, précipite la capitulation japonaise du 15 août 1945 et la fin de la Seconde Guerre mondiale.

1942 – La résolution Quit India est adoptée à Bombay

Le 8 août 1942, le Congrès national indien, réuni à Bombay, adopte la résolution Quit India proposée par Mahatma Gandhi, exigeant le retrait immédiat et total des Britanniques de l’Inde. Gandhi lance son appel à une désobéissance civile massive. Les autorités britanniques réagissent dès le lendemain en arrêtant Gandhi et l’ensemble des dirigeants du Congrès, déclenchant des émeutes dans tout le pays sévèrement réprimées par les forces coloniales.

1788 – Louis XVI convoque les États généraux pour le 5 mai 1789

Le 8 août 1788, confronté à une crise financière et politique majeure et à la résistance des Parlements refusant d’enregistrer ses édits fiscaux, Louis XVI convoque les États généraux pour le 5 mai 1789, institution représentative qui ne s’était plus réunie depuis 1614. Cette décision, perçue comme une victoire par l’opposition aristocratique et bourgeoise, déclenche un débat passionné sur la représentation du tiers état qui ouvre directement sur la Révolution française.

1786 – 1ère ascension du Mont-Blanc par Balmat et Paccard

Le 8 août 1786, le cristallier chamoniard Jacques Balmat et le médecin Michel-Gabriel Paccard atteignent pour la première fois le sommet du Mont-Blanc, à quatre mille huit cent sept mètres d’altitude, après une ascension de deux jours. Cet exploit fondateur de l’alpinisme moderne, accompli sous l’impulsion du naturaliste genevois Horace-Bénédict de Saussure qui avait promis une récompense au premier vainqueur du sommet, marque la naissance officielle de la montagne comme terrain d’aventure et de sport.

117 – Hadrien devient empereur à la mort de Trajan

Le 8 août 117, Publius Aelius Hadrianus est proclamé empereur romain à la mort de son prédécesseur et parent adoptif Trajan, décédé en Cilicie. Hadrien, l’un des empereurs les plus cultivés et les plus voyageurs de l’histoire romaine, règnera jusqu’en 138. Son règne est marqué par une politique de consolidation des frontières de l’Empire plutôt que d’expansion, illustrée par la construction du célèbre mur d’Hadrien en Bretagne pour protéger la province romaine des incursions calédoniennes.

Journée internationale des chats

C’est la journée internationale du chat alors allez-y, lâchez-vous, postez des photos de votre chat dans toutes les positions, postez des vidéos de votre chat toutes plus hilarantes les unes que les autres. Perso, je n’en peux déjà plus alors voilà ma contribution… bien Nuls comme on les aime.

Les naissances et décès notables

1981 – Naissance de Roger Federer, joueur de tennis suisse
1950 – Naissance de Martine Aubry, femme politique française
1937 – Naissance de Dustin Hoffman, acteur américain
1931 – Naissance de Roger Penrose, mathématicien, cosmologiste et philosophe des sciences britannique

2019 – Décès de Jean-Pierre Mocky, cinéaste français
1985 – Décès de Louise Brooks, actrice américaine




Un peu de bonne humeur

Promesse de fin de soirée

La soirée s’est étirée comme un bon vin, riche et délicieusement imprévisible. Entre deux éclats de rire et quelques regards un peu trop appuyés, ils ont laissé flotter cette tension douce qui annonce souvent la suite.

Arrivés devant la porte de la jeune femme, le silence s’installe, chargé d’une promesse à peine voilée. Il s’approche, sûr de lui, un sourire en coin, déjà prêt à cueillir ce baiser qu’il imagine mérité.

Mais au dernier instant, elle se dérobe avec grâce, pivotant légèrement pour esquiver ses lèvres. Elle s’approche alors de son oreille, son souffle effleurant sa peau, et murmure d’une voix aussi douce que troublante :

— Il y a trois endroits où j’aime qu’un homme m’embrasse…

Il fronce légèrement les sourcils, intrigué, déjà piqué au jeu.

— Ah oui ? Et lesquels ? demande-t-il, un peu trop vite, trahissant son impatience.

Elle laisse planer un court silence, savourant l’effet qu’elle produit, puis répond avec un sourire malicieux :

— Venise… Rio… et l’île Maurice...

 

Désolé pour l’offense

🤔 Si à un moment, j'ai offensé certains d'entre vous sans le vouloir, je vous demande sincèrement de bien vouloir vous améliorer afin que cela ne se reproduise plus… merci 😉

Concours de sosies

Nous sommes en 1915, en plein triomphe du cinéma muet. Charlot est partout : sur les écrans, dans les rues… et jusque dans les concours de sosies qui fleurissent en Californie. Le public adore imiter sa démarche chaloupée, sa canne espiègle, sa moustache minuscule.

Charlie Chaplin, lui, observe tout cela avec curiosité. L'idée lui traverse alors l’esprit de tenter sa chance. Après tout, qui mieux que lui pourrait imiter… lui-même ?

Le voilà donc qui se présente incognito à un concours de sosies de Charlot, sous un faux nom, bien décidé à jouer le jeu jusqu’au bout. Il enfile son costume, ajuste son chapeau melon, prend sa canne. Bref, il se déguise en Charlie Chaplin.

Sur scène, les imitateurs se succèdent. Certains en font des tonnes, d’autres caricaturent à plaisir. Chaplin, lui, reste fidèle à son personnage, tout en nuances et en subtilité. Il est convaincu que cela fera la différence.

Vient le verdict.

Et là… surprise.

Il ne gagne pas. Il ne termine même pas parmi les finalistes.

Chaplin, battu à son propre jeu, regarde la scène avec un mélange d’étonnement et d’amusement. Son personnage lui échappe : Charlot appartient désormais au public, aux imitateurs, à l’imaginaire collectif. Et peut-être, au fond, est-il devenu plus grand que son créateur lui-même.

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Savais-tu ?

La Marche du colonel Bogey

Peu de mélodies militaires connaissent une destinée aussi singulière que la Marche du colonel Bogey. Née en 1914 d’un simple motif sifflé sur un parcours de golf, elle devient un air de guerre, une chanson satirique, puis l’un des thèmes les plus reconnaissables du cinéma.

La Colonel Bogey March est composée en 1914 par Frederick J. Ricketts, chef de musique de l’armée britannique, qui signe ses œuvres sous le pseudonyme de Kenneth Alford. Son titre vient d’un golfeur surnommé « Bogey » : au lieu de crier « fore ! », celui-ci siffle deux notes formant une tierce mineure descendante, motif qui inspire la mélodie.

Pendant la Première Guerre mondiale, la marche rencontre un immense succès auprès des troupes de l’Empire britannique. Son rythme entraînant, sa mélodie facile à retenir et son caractère légèrement espiègle en font un air de défilé que l’on siffle autant qu’on le joue.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, des soldats britanniques adaptent la mélodie à une chanson satirique : Hitler Has Only Got One Ball (Hitler n'a qu'une seule couille). Les paroles tournent en dérision les dirigeants nazis — Hitler, Göring, Himmler et Goebbels — en leur prêtant des défauts virils imaginaires.

Hitler has only got one ball,
Göring has two but very small,
Himmler is rather sim’lar,
But poor old Goebbels has no balls at all.

Hitler n’a qu’une seule couille,
Göring en a deux mais très petites,
Himmler est à peu près pareil,
mais le pauvre vieux Goebbels n’en a pas du tout.

L’auteur exact des paroles reste incertain, même si une version attribue leur origine à Toby O’Brien, publiciste du British Council. Quoi qu’il en soit, la chanson se répand vite parmi les troupes alliées et devient une arme de dérision populaire contre le régime hitlérien.

La marche atteint une renommée mondiale avec Le Pont de la rivière Kwaï, film de David Lean sorti en 1957. Dans la scène d’ouverture, les prisonniers britanniques entrent au camp en sifflant la mélodie : David Lean renonce aux paroles, jugées trop grivoises, mais ce sifflement devient aussitôt inoubliable.

Le compositeur Malcolm Arnold ajoute alors une contremarche orchestrale, The River Kwai March, qui se mêle à la mélodie originale. L’enregistrement de Mitch Miller, March from the River Kwai – Colonel Bogey, connaît un grand succès en 1958 et contribue à fixer dans la mémoire collective l’image des prisonniers marchant en sifflant.

Aujourd’hui encore, beaucoup confondent la Colonel Bogey March avec la « marche du Pont de la rivière Kwaï ». Pourtant, la première date de 1914 et la seconde est une composition distincte de Malcolm Arnold ; ensemble, elles font de ce sifflement militaire un véritable monument de la culture populaire.

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Astuce

Oter une tache de cambouis

Pour ôter une tache de cambouis sur le pantalon, par exemple, d'un gamin qui nom de nom de nom de nom, ne fait pas attention à ses affaires, il est préférable dans un premier temps de rester calme. Puis, il semble indiqué de commencer par retirer délicatement l’excédent avant d'appliquer un peu de beurre ou de savon de Marseille pour ramollir la graisse. Il suffit alors de frotter doucement et de rincer... enfin s'il n'a pas trop salopé son pantalon, dans quel cas il peut être utile de traiter la tache avec un solvant qu'on applique en tapotant doucement... et calmement. Si une trace subsiste, un peu de liquide vaisselle ou de terre de Sommières peut aider à terminer le travail, puis un lavage classique achève souvent le nettoyage... ou pas ! Julien, vient voir par là ! JULIEN !!!

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Un instant en ce bas monde

Il y a ce petit rectangle cartonné au fond de la poche, oublié entre un ticket de caisse et quelques pièces. Tant qu’il reste intact, il contient toutes les vies possibles. Il est encore pur, encore indécis, suspendu dans cet entre-deux presque quantique où tout peut arriver. Millionnaire discret, exilé volontaire sous les tropiques, propriétaire d’une vieille bâtisse à retaper en Toscane ou simple fantôme évaporé du quotidien - tout coexiste. Il suffit de ne pas gratter, de prolonger cet instant fragile où l’avenir est encore une promesse.

Alors on s’autorise. On laisse dériver l’esprit. On réécrit sa biographie avec une facilité déconcertante. On démissionne avec élégance, on disparaît sans explication, on achète du temps, du silence, de la distance. On imagine les valises jamais défaites, les billets sans retour, les réveils sans contrainte. On devient soudain quelqu’un d’autre - ou peut-être enfin soi-même, débarrassé de ce qui pèse. Tout cela pour quelques euros investis dans une illusion soigneusement emballée.

Et puis vient le moment, toujours un peu brutal, où il faut bien savoir. L’ongle attaque la surface argentée, méthodique, presque solennel. Le rêve se rétracte à mesure que la poudre s’effrite. Les symboles apparaissent, indifférents, implacables. Et avec eux, la banalité reprend ses droits. Rien. Ou presque rien. Juste assez pour recommencer, jamais assez pour changer.

C’est là que la mécanique se révèle dans toute sa cruauté tranquille. Car pendant que vous rangiez votre déception dans un coin de votre esprit, quelque part, quelqu’un d’autre a gagné. Et pas forcément quelqu’un de méritant, ni de particulièrement digne. Non, plus probablement ce type insupportable du troisième étage, celui qui parle trop fort, qui ne dit jamais bonjour et qui laisse ses poubelles sur le palier. La vie ignore le sens de la justice, seulement une logique statistique, froide et aveugle.

Alors on replie le ticket, ou on le jette, et on repart avec cette étrange lucidité : le vrai luxe n’était pas de gagner, mais d’y croire encore un peu.

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Espace lecture

Ravage (1943) – René Barjavel

Et si le roman de science-fiction le plus troublant de cet été 2026 avait été publié… en 1943 ?

Avec Ravage, René Barjavel imagine l’effondrement soudain d’un monde entièrement dépendant de la technologie après une panne d’électricité mondiale.

La mégalopole s’arrête, puis se transforme en un brasier infernal ; les machines se taisent et les certitudes partent en fumée. Nous suivons François Deschamps, un jeune paysan perdu dans la ville, qui tente de survivre et de retourner à la terre alors que la civilisation moderne s’écroule. Ce qui rend Ravage particulièrement dérangeant aujourd’hui, c’est la façon dont ses images de feu et de chaos font écho à notre réalité actuelle : méga-feux de forêt, sécheresses, climat déréglé et le sentiment croissant que notre confort technologique ne nous protège plus vraiment. Relire Barjavel, ce n’est pas chercher une prophétie, mais faire face à une question troublante : que reste-t-il de nous quand les systèmes qui nous entourent cessent de fonctionner ? Court, percutant, parfois daté mais étonnamment visionnaire, Ravage est un classique à glisser dans votre pile de lecture pour réfléchir, entre deux alertes aux incendies, à ce que nous entendons réellement par « progrès ».

Barjavel imaginait déjà à l'époque ce que serait une tablette de lecture en 2050

La nuit cernait de tous côtés les dernières flammes de l'Ouest. François tira du dossier de son fauteuil le lecteur électrique et coiffa l'écouteur. La Compagnie Eurasiatique des Transports avait installé un de ces appareils sur chaque siège pour permettre aux voyageurs de lire la nuit sans déranger ceux de leurs voisins qui désiraient rester dans l'obscurité.

Une plaque extensible, que chacun pouvait agrandir ou rapetisser au format de son livre, s'appliquait sur la page et, dans l'écouteur, une voix lisait le texte imprimé. Cette voix, non seulement lisait Goethe, Dante, Mistral ou Céline dans le texte, avec l'accent d'origine, mais reprenait ensuite, si on le désirait, en haut de chaque page, pour en donner la traduction en n'importe quelle langue. Elle possédait un grand registre de tons, se faisait doctorale pour les ouvrages de philosophie, sèche pour les mathématiques, tendre pour les romans d'amour, grasse pour les recettes de cuisine. Elle lisait les récits de bataille d'une voix de colonel, et d'une voix de fée les contes pour enfants. Au dernier mot de la dernière ligne, elle faisait connaître par un « hum hum » discret qu'il était temps
de changer la plaque de page.

Cet appareil n'eût pas manqué de paraître miraculeux à un voyageur du XXe siècle égaré dans ce véhicule du XXIe. Le fonctionnement en était pourtant bien simple. La plaque, sensible à l'encre d'imprimerie, était branchée sur un minuscule poste émetteur de télévision installé dans le dossier de chaque fauteuil. Ce poste transmettait automatiquement l'image de la page au Central de Lecture de la Compagnie Eurasiatique des Transports, dans la banlieue de Vienne. Des cloisons insonores divisaient l'immeuble du Central en une dizaine de milliers de minuscules cabines. Dans ces dix mille cabines, devant dix mille écrans semblables, étaient enfermés dix mille lecteurs et lectrices de tous âges et de toutes nationalités.

Des standardistes polyglottes triaient les réceptions, les branchaient par
langues sur des sous-standards qui les distribuaient ensuite par genre littéraire. Il ne fallait guère plus de quelques secondes pour que l'image de la page arrivât au lecteur compétent, qui se mettait aussitôt à lire dans le ton dont il était spécialiste. Un tel larmoyait pendant huit heures sur des ouvrages sentimentaux. Telle autre souriait à longueur de journée dans sa solitude, pour lire avec grâce des conseils de beauté.

C'était, en somme, une parfaite mais banale installation de télélecture, comme il en existait environ une dizaine en Europe, à l'usage des vieillards dont la vue baissait, des aveugles, et des solitaires qui désiraient se donner à la fois la compagnie d'un livre ami et celle d'une voix humaine.

François Deschamps disposa la plaque sur son roman policier et tourna, sur l'écouteur, le minuscule bouton qui mettait l'appareil en marche. Une voix dramatique murmura à son oreille :

« Chapitre premier. – L'inspecteur Walter enfonça la porte d'un coup d'épaule et s'arrêta stupéfait : à un clou du plafond pendait, intact, le menton soulevé par la corde, le cadavre de M. Lecourtois qu'il avait découvert, la veille, décapité... »

Le jeune homme renonça à connaître l'explication de ce mystère. Il ôta
l'écouteur et s'endormit.

Le train entrait en gare de Lyon-Perrache.

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