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Les reclusoirs des Innocents

Au cœur du Paris médiéval, dans le vaste cimetière des Saints-Innocents, se dressent de minuscules cellules appelées reclusoirs. Des femmes — parfois des hommes — y entrent volontairement pour y passer le reste de leur vie.

Dès qu’elles franchissent la porte, celle-ci est murée. La recluse devient, aux yeux du monde, une « morte vivante » : elle renonce à sa maison, à sa famille et à sa liberté pour se consacrer entièrement à la prière. Elle ne communique avec l’extérieur que par deux étroites ouvertures grillagées. Par l’une, les passants lui apportent pain, eau, bois et aumônes ; par l’autre, un hagioscope, elle aperçoit l’autel de l’église voisine, entend la messe et reçoit la communion.

Son rôle dépasse la simple retraite spirituelle. Installée au milieu d’un cimetière immense, elle prie pour les défunts, pour les malades, pour la ville et pour tous ceux qui viennent lui confier leurs peines. En échange, les Parisiens veillent à sa subsistance. Le reclusoir des Innocents est le plus célèbre de la capitale. Certaines recluses y demeurent des décennies : Alix de Burgotte passe, dit-on, quarante-six ans dans sa cellule.

Une vie suspendue entre le monde des vivants et celui des morts, à quelques pas des Halles, non pas pour être punie, mais pour prier, expier et veiller sur une ville entière. Aujourd’hui, le cimetière a disparu et les reclusoirs aussi.