Le 4 mai 1897, le Bazar de la Charité, grande manifestation parisienne de bienfaisance très prisée de la haute société, est le théâtre d’une tragédie qui marque durablement l’histoire de Paris. Ce jour‑là , un incendie se déclare dans le pavillon en bois et en toile, provoquant une panique meurtrière et faisant plus d’une centaine de morts, pour la plupart des femmes de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie.
Le Bazar de la Charité est un grand marché de bienfaisance annuel organisé à Paris par des femmes de la haute société, qui mettent en scène une vente luxueuse au profit d’œuvres catholiques et sociales. Chaque œuvre occupe un comptoir où l’on présente des objets variés : meubles, bibelots, jouets, bijoux, tableaux, vêtements et vaisselle offerts par des donateurs privés. Le principe est simple : les visiteurs paient cher ces objets d’occasion, transformant le shopping en une forme de don spectaculaire, au service de la charité et de la réputation sociale des organisatrices.
Extérieurement, le Bazar de la Charité ressemble à un grand pavillon en bois et en toile, dressé à l’angle de la rue Jean‑Goujon et de l’avenue Marceau, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris. À l’intérieur, les organisateurs aménagent une longue allée centrale, bordée de comptoirs, pour évoquer une « rue du Moyen Âge » avec des façades en trompe‑l’œil, des enseignes pittoresques et des murs recouverts de lierre et de feuillage. Les échoppes se succèdent, chacune ornée de son nom fantaisiste, les unes proposant des jouets, d’autres des vêtements de luxe, des bibelots ou des œuvres d’art, dans une ambiance à la fois festive et théâtrale.
Le bâtiment lui‑même est construit en bois et recouvert de bâches et de toiles, ce qui permet de monter rapidement un espace vaste mais extrêmement inflammable. Les murs sont tapissés, les plafonds tendus de draps ou de tissus, et tout le décor est pensé pour séduire les yeux plutôt que pour respecter les normes de sécurité. Au fond du bazar, un petit appentis accueille un des premiers cinémas de Paris, où l’on projette les films des frères Lumière, ajoutant une touche de modernité à cette reconstitution médiévale.
Ce 4 mai, alors que la foule se presse dans le bazar, un incident se produit dans la cabine de projection : le feu prend au système de lanterne magique alimenté en éther, et les flammes gagnent en quelques secondes le plafond de toile. L’incendie se propage rapidement, le toit s’affaisse sur les visiteurs, les sorties se bloquent et la panique éclate. En quelques minutes, la manifestation mondaine se transforme en l’une des plus grandes catastrophes parisiennes de la Belle Époque. Parmi les victimes, on compte surtout des femmes de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie, dont la duchesse d’Alençon, sœur de l’impératrice autrichienne Sissi, qui meurt calcinée sur place. Le bilan officiel s’élève à une centaine de morts, parfois plus de 120 selon les sources, avec de nombreuses familles de la noblesse parisienne touchées au cœur.
L’organisation du Bazar de la Charité, qui durait depuis 1885, prend fin après cette tragédie.
Découvrez chaque semaine un journal PDF riche, soigné et entièrement sans publicité. Plus de contenus, plus de plaisir de lecture, sans aucune distraction.
JE DÉCOUVRE