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22 AOÛT

Aujourd’hui à la une

Les célébrations notables

Bonne fête aux Fabrice

Jour du saumon le 5 fructidor

Journée internationale de commémoration des personnes victimes de violence en raison de leur religion ou de leurs convictions, en vigueur depuis le 28 mai 2019

Les évènements notables

1975 – Evénements d’Aléria en Corse

Le 22 août 1975, une opération de la gendarmerie française contre une cave viticole occupée par des militants autonomistes corses dirigés par Edmond Simeoni à Aléria dégénère en affrontements. Deux gendarmes sont tués, marquant un tournant dans la revendication nationaliste corse. Cet épisode attire l’attention nationale sur la question corse et amorce une longue période de tensions politiques et violentes.

1962 – Attentat du Petit-Clamart ou Opération Charlotte Corday

Le 22 août 1962, le président français Charles de Gaulle échappe à une tentative d’assassinat organisée par des membres de l’OAS à Petit-Clamart. Les assaillants tirent sur sa voiture, mais il sort indemne avec son épouse. Cet attentat spectaculaire, connu comme l’opération Charlotte Corday, symbolise l’opposition violente d’une partie de l’extrême-droite au processus d’indépendance de l’Algérie.

1910 – Le Japon annexe la Corée

Le 22 août 1910, le traité d’annexion est signé, plaçant officiellement la Corée sous domination japonaise. Cette colonisation dure jusqu’en 1945 et se caractérise par une exploitation économique, une répression culturelle et une assimilation forcée. L’annexion reste un traumatisme majeur dans l’histoire coréenne et un sujet de tension diplomatique entre la Corée et le Japon jusqu’à aujourd’hui.

1909 – Début de la Grande Semaine d’Aviation à Reims-Betheny

Le 22 août 1909 s’ouvre près de Reims la première grande compétition internationale d’aviation, rassemblant pionniers et inventeurs de l’aéronautique. L’événement, suivi par des dizaines de milliers de spectateurs, voit des records de vitesse et de distance, notamment par Glenn Curtiss et Henri Farman. Cette manifestation marque une étape clé dans la reconnaissance de l’aviation comme discipline technique et sportive d’avenir.

1812 – Redécouverte de Pétra

Le 22 août 1812, l’explorateur suisse Jean-Louis Burckhardt redécouvre la cité antique de Pétra, en Jordanie actuelle, longtemps perdue pour le monde occidental. Connue pour ses monuments taillés dans la roche par les Nabatéens, Pétra devient dès lors un site archéologique majeur et, plus tard, un symbole du patrimoine universel. Sa redécouverte fascine les voyageurs et contribue à relancer l’intérêt pour l’Orient.

1485 – Victoire des Lancastre sur les York, lors de la bataille de Bosworth (guerre des Deux-Roses)

Le 22 août 1485, la bataille de Bosworth met fin à la guerre des Deux-Roses en Angleterre. Henri Tudor (Lancastre) triomphe du roi Richard III (York), qui meurt au combat. Henri devient Henri VII, fondateur de la dynastie Tudor. Cette victoire inaugure une nouvelle ère de stabilité et marque la fin du Moyen Âge anglais, tout en inspirant de nombreuses représentations littéraires et historiques.

1350 – Mort de Philippe VI de France

Le 22 août 1350, le roi de France Philippe VI de Valois meurt à Nogent-le-Roi. Son règne, marqué par le début de la guerre de Cent Ans et la défaite française à Crécy, affaiblit considérablement la monarchie. Il est remplacé par son fils Jean II le Bon. La mort de Philippe VI intervient dans une période de crise dynastique et militaire majeure pour le royaume de France.

851 – Victoire d’Erispoë, roi d’Armorique, sur Charles le Chauve, roi de Francie occidentale, à la bataille de Jengland

Le 22 août 851, Erispoë, roi breton, défait Charles le Chauve, roi de Francie occidentale, à Jengland, près de Redon. Cette victoire permet la reconnaissance d’une large autonomie du royaume breton et l’extension de son territoire. La bataille de Jengland constitue un moment clé de l’histoire bretonne, consolidant l’indépendance relative des Bretons face au pouvoir carolingien.

Les naissances et décès notables

1995 – Naissance de Dua Lipa, auteur, compositrice, interprète, mannequin et chanteuse britannique
1980 – Naissance de Jean-Pascal Zadi, acteur, réalisateur, producteur de cinéma et rappeur français
1973 – Naissance de Laurent Lafitte, acteur et humoriste français
1964 – Naissance de Mats Wilander, joueur de tennis suédois
1963 – Naissance de Tori Amos, chanteuse américaine

2023 – Décès de Toto Cutugno, chanteur populaire et auteur-compositeur italien
2003 – Décès de Piéral, souvent présenté comme l’un des acteurs de petite taille les plus célèbres du cinéma français
1485 – Décès de Richard III, roi d’Angleterre de 1483 à 1485
408 – Décès de Stilicon, général et homme politique romain, régent de l’empire romain d’Occident, de 395 à 408, décapité par un officier romain



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JE DÉCOUVRE

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Un peu de bonne humeur

Impitoyable !

😏 Je ne souhaite jamais la mort de quelqu'un qui m'a fait du tort.
😳 Ah bah c'est bon à savoir ça.
😏 Je lui souhaite juste une diarrhée subite... avec des éternuements fréquents... alors qu'il est coincé dans un embouteillage.
😳 Gloups !

 

Attention en traversant

Deux jeunes femmes blondes élégamment vêtues remontent les Champs-Elysées en discutant de tout et de rien. Elles s'arrêtent devant un passage piéton et l'une des deux fait alors remarquer :
🤔 J'ai lu dernièrement qu'à New York un piéton se fait écraser toutes les trois minutes. Tu te rends compte !?
😯 Le pauvre, il n'a même pas le temps de se relever !

Mort pour avoir eu raison

En juin 1871, à Lebanon dans l'Ohio, Clément Vallandigham, un avocat américain de 50 ans, défend un client accusé de meurtre lors d'une fusillade dans un bar. Pour prouver l'innocence de son client, il reconstitue la scène en prenant un pistolet qu'il croit déchargé, alors que non.

Vallandigham place l'arme dans sa poche, la sort en la pointant vers son abdomen pour démontrer comment la victime aurait pu se suicider accidentellement, et presse la détente. La balle le blesse mortellement au ventre ; il expire le lendemain matin, le 17 juin 1871. Paradoxalement, cette démonstration convainc le jury, et son client est acquitté.

Figure politique controversée, Vallandigham était un "Copperhead", opposant à Lincoln et à la Guerre de Sécession, exilé puis revenu aux États-Unis après le conflit. Sa mort entre dans les annales des morts insolites par son absurdité professionnelle.

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Savais-tu ?

Black Shuck, le chien noir de Blythburgh

Un dimanche d'août 1577, une tempête d’une violence exceptionnelle s’abat sur le Suffolk. Dans l’église Holy Trinity de Blythburgh, les fidèles sont rassemblés pour le culte quand, soudain, un fracas terrible retentit : les portes cèdent sous un choc violent.

Au milieu du tonnerre et des éclats de bois apparaît une silhouette énorme et noire : un chien aux yeux brillants comme des braises. La foule comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un animal ordinaire. La bête s’élance dans la nef, tue un homme et un jeune garçon, puis disparaît dans l’orage. Peu après, une partie du clocher s’effondre et traverse le toit.

Sur la porte nord de l’église, des marques noires, semblables à des griffures brûlées, restent visibles. Très vite, on les surnomme « les empreintes du diable ». Dans les jours qui suivent, le révérend Abraham Fleming publie A Strange and Terrible Wonder (« Une étrange et terrible merveille »), fixant pour des siècles la légende de ce « chien noir de Bungay et Blythburgh », bientôt connu sous le nom de Black Shuck, le hellhound d’East Anglia.

Encore aujourd’hui, Holy Trinity Church à Blythburgh conserve ces traces et le souvenir de cette nuit où, selon la tradition, un chien venu de l’enfer a fait irruption au milieu des fidèles.

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Astuce

Glaçons à la plancha

Après la cuisson, laissez la plancha légèrement chaude (plus tiède que brûlante), jetez quelques glaçons sur la surface puis poussez la glace fondue et les résidus avec une spatule en bois ou une raclette vers le bac à graisse — la vapeur et le choc thermique ramollissent et décollent la graisse sans frotter.

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Un instant en ce bas monde

Il y a peu, je remonte en voiture une rue longeant un lycée à l’heure de la sortie. Le théâtre est prêt, les acteurs en place. Me voilà derrière un spécimen bien contemporain : trottinette électrique, sans casque, et regard vissé sur son smartphone — la trinité du bon sens en décomposition.

Par simple instinct de survie — le mien — je ralentis. On ne sait jamais, une illumination soudaine pourrait survenir. Elle survient, en effet, et qui plus est, sous la forme attendue : une plaque d’égout, un déséquilibre grotesque, et le numéro commence. Le corps part à gauche, le téléphone à droite, la trottinette, elle, choisit l’indépendance avant de s’écraser. Rideau.

Je pile. L’artiste, lui, se relève aussitôt, récupère ses accessoires et se range sur le côté. Rien de cassé, hélas. « Bravo ! », me dis-je, partagé entre soulagement et consternation, avant de reprendre ma route et de me garer un peu plus loin.

Et là… miracle de la persévérance dans l’inconscience. Revoilà mon gars fièrement dressé sur sa monture. Même posture, même trajectoire, même écran hypnotique. La chute n’a rien enseigné ; elle a simplement interrompu le spectacle.

Je l’avoue : durant une seconde parfaitement assumée, j’espère une version pédagogique, plus… convaincante. Mais non. Dans ce monde, même les avertissements échouent à se faire entendre — surtout quand ils ne passent pas par un écran.

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Espace lecture

La main d’écorché – Guy de Maupassant

En février 1875, un jeune homme de 25 ans signe « Joseph Prunier » dans les pages d’un modeste almanach lorrain. Derrière ce pseudonyme se cache Guy de Maupassant, qui publie là sa toute première nouvelle : La Main d’écorché. Le texte paraît dans L’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson, grâce à l’entremise d’un ami, Léon Fontaine, dont le cousin dirige la publication. Maupassant teste ainsi sa plume sans engager son nom, comme s’il voulait voir si ses mots tiennent debout hors de son cercle habituel.

L’histoire met en scène une main humaine desséchée, trophée macabre arraché à un criminel supplicié. L’objet, à la fois curiosité et malédiction, s’anime dans la nuit et laisse derrière lui terreur et folie. Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Maupassant y installe déjà son univers : l’angoisse sourde, le détail qui trouble, et cette frontière fragile entre raison et surnaturel. Cette nouvelle reste un petit bijou d’efficacité : quelques pages, une atmosphère lourde, et une chute qui hante. Pour qui aime le fantastique du XIXᵉ siècle, voilà une porte d’entrée idéale vers l'univers d'un jeune écrivain futur maître de la nouvelle française.

La main d'écorché

Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan. « Devinez d’où je viens », s’écria-t-il aussitôt. — « Je parie pour Mabille », répond l’un, — « Non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante », reprend un autre ; « Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. » — « Vous n’y êtes point, je viens de P… en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter. » À ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue. « Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, en quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses. » — « Mais que vas-tu faire de cette horreur ? » nous écriâmes-nous. — « Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. » — « Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par un procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon. » — « Ne raillez pas, Messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : « Qui a tué tuera. » — « Et qui a bu boira », reprit l’amphitryon ; là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : « Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître », puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.

Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant. « Eh bien, comment vas-tu ? » lui dis-je. — « Très bien », me répondit-il. — « Et ta main ? » — « Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi. »

En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer. « Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé. » — « Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. » Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve. — Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le « Frère, il faut mourir » des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant. Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.

Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers 6 heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant. « Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. » Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlaient bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.

Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :

« Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B…, étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers 10 heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte.

« Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout indiquait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B… gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. »

On lisait le lendemain dans le même journal :

« M. Pierre B…, la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. »

En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois, j’allai le voir tous les jours à l’hospice, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, et se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : « Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! » Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.

Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P… en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R. et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière ; les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où, bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres, machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui de son œil creux semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi, j’eus presque peur. « Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. » Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. « Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main. » — « Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre Monsieur Pierre. »

Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé 50 francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.

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