Bonne fête aux Bernardin
Aujourd’hui à la une
Les évènements notables
1964 – Découverte du fond diffus cosmologique
Le 20 mai 1964 marque une avancée capitale en cosmologie : la découverte du fond diffus cosmologique par Arno Penzias et Robert Wilson. Cette radiation fossile, écho du Big Bang, constitue une preuve déterminante de l’origine et de l’évolution de l’univers. Ce signal faible et uniforme, détecté par hasard alors que les chercheurs travaillaient sur une antenne radio, a révolutionné la compréhension du cosmos et a valu aux deux scientifiques le prix Nobel de physique en 1978.
1950 – Paradoxe de Fermi : discussion de Fermi avec plusieurs collègues à partir d’un dessin d’Alan Dunn
Le 20 mai 1950, le physicien Enrico Fermi déjeune avec ses collègues Emil Konopinski, Edward Teller et Herbert York au laboratoire de Los Alamos. Partant d’une caricature d’Alan Dunn parue dans le New Yorker montrant des soucoupes volantes, la conversation dérive vers les extraterrestres. Fermi lâche alors sa célèbre question : « Mais où sont-ils donc ? », posant les bases de ce qui deviendra le paradoxe de Fermi.
1932 – Amelia Earhart réalise la 1ère traversée de l’Atlantique en solo par une femme
Le 20 mai 1932, Amelia Earhart entre dans l’histoire en devenant la première femme à traverser l’océan Atlantique en solitaire et sans escale. Partie de Terre-Neuve à bord de son Lockheed Vega, elle atterrit en Irlande après plus de 14 heures de vol. Cette prouesse technique et humaine assoit sa légende et confirme sa place parmi les pionniers de l’aviation.
1927 – Charles Lindbergh décolle pour sa traversée de l’Atlantique sans escale
Le 20 mai 1927, le jeune aviateur américain Charles Lindbergh décolle de New York à bord de son avion, le Spirit of St. Louis, pour une traversée de l’Atlantique Nord en solitaire et sans escale. Ce vol historique, achevé le lendemain à Paris, fait de Lindbergh un héros international et marque un tournant majeur dans l’histoire de l’aviation moderne.
1570 – Le cartographe Abraham Ortelius publie le Theatrum orbis terrarum premier atlas géographique moderne
Le 20 mai 1570, le cartographe flamand Abraham Ortelius publie le Theatrum orbis terrarum, considéré comme le premier atlas géographique moderne. Cette œuvre novatrice rassemble pour la première fois des cartes cohérentes et uniformisées dans un volume unique, jetant ainsi les bases de la cartographie moderne et contribuant à la connaissance du monde à l’époque des grandes explorations.
1498 – Le navigateur Vasco de Gama arrive en Inde
Le 20 mai 1498, après un périple de près d’un an autour du continent africain, le navigateur portugais Vasco de Gama atteint les côtes de Calicut, en Inde. Cet événement marque l’ouverture d’une nouvelle route maritime vers l’Asie, bouleversant les échanges commerciaux mondiaux et renforçant l’expansion coloniale du Portugal.
491 – L’impératrice byzantine Ariane choisit et épouse son successeur Anastase
Le 20 mai 491, l’impératrice byzantine Ariane, veuve de l’empereur Zénon, joue un rôle décisif dans la succession impériale en choisissant Anastase comme époux et nouvel empereur. Par ce geste, elle assure une transition politique délicate et confie l’Empire d’Orient à un homme sage, dont le règne marquera le début d’une ère de réformes administratives et économiques durables.
Les naissances et décès notables
1985 – Naissance de Christopher Froome, coureur cycliste de nationalités kényane et britannique
1973 – Naissance de Elsa (Elsa Lunghini) chanteuse française
1946 – Naissance de Cher (Cherilyn Sarkisian La Pierre), chanteuse et actrice américaine
1944 – Naissance de Joe Cocker, chanteur britannique
1943 – Naissance de Stéphane Collaro, chroniqueur, fantaisiste, animateur français
1935 – Naissance de José Alberto Mujica Cordano, dit Pepe Mujica, guérillero et président de l’Uruguay
2019 – Décès de Niki Lauda, coureur automobile et homme d’affaires autrichien
2007 – Décès de Stanley Miller, biologiste, chimiste et professeur d’université américain, père de la chimie des origines de la vie sur la terre
1834 – Décès de Gilbert du Motier de La Fayette, aristocrate, militaire et homme politique français, connu pour ses faits d’armes lors de la guerre d’indépendance des États-Unis
1506 – Décès de Christophe Colomb, marchand et navigateur d’origine italienne au service des Rois catholiques espagnols
Un peu de bonne humeur
Schizophrène, ça se soigne
😏 Avant j'étais schizophrène.
😲 Et alors ? Tu as consulté un psy ?
😏 Oui et maintenant je peux dire que nous allons beaucoup mieux.
Réagissons !
😠✊ Il faut réagir sans trainer... aujourd'hui, je me suis volontairement trompé de route 3 fois... j'espère que mon GPS a bien compris qui est le patron !
Gare aux cachalots ! – 1
Le 26 janvier 2004, dans les rues bondées de Tainan, au sud de Taïwan, un cachalot gigantesque de 17 mètres et 50 tonnes choisit ce moment pour un spectacle macabre inoubliable. Mort depuis quelques jours, probablement tué par un navire, il gît d'abord sur une plage avant que 50 ouvriers ne l'embarquent tant bien que mal sur un camion pour l'autopsie. Treize heures de secousses hasardeuses avec grues et cordes fragilisent sa carcasse gonflée par les bactéries festoyant à l'intérieur, produisant un cocktail explosif de gaz putrides emprisonnés sous la peau tendue.
Soudain, en pleine artère urbaine, la bête explose dans un bruit assourdissant, projetant des litres de sang, des entrailles nauséabondes et des lambeaux de chair sur des dizaines de mètres ! Résultat : voitures engluées, vitrines barbouillées de magma rougeâtre, passants médusés au milieu d'un embouteillage apocalyptique. La puanteur envahit le quartier pour des heures, tandis que la nature s'amuse de cette vengeance post-mortem.
Une incision préventive aurait évité la catastrophe, mais voilà ce qui arrive lorsque l'urgence l'emporte sur la prudence.
Explosion à Taïwan ! 📆 26 janvier 2004
Savais-tu ?
Hermaphrodite, l’être aux deux natures
Dans les hauteurs du mont Olympe, deux divinités sont admirées entre toutes : l'une est Aphrodite, déesse de l'amour et de la beauté, dont le sourire fait éclore les roses. L'autre est Hermès, le messager ailé des dieux, rapide comme le vent, malin comme le renard.
De leur union naît un enfant. On le nomme Hermaphrodite, en mêlant le nom de son père et celui de sa mère, car il porte en lui la grâce des deux. Le petit grandit sur les pentes sauvages du mont Ida, en Phrygie, confié aux soins des nymphes. Elles lui apprennent à courir dans les forêts, à écouter le chant des sources, à reconnaître les constellations qui veillent la nuit. L'enfant est d'une beauté saisissante. Son visage a la douceur de sa mère, ses yeux l'éclat malicieux de son père, et sa peau l'éclat de l'aurore.
Les années passent, paisibles et parfumées de thym sauvage. Mais un matin de ses quinze ans, Hermaphrodite regarde au-delà des montagnes et sent naître en lui une soif inconnue : celle de découvrir le monde. « Je partirai », dit-il aux nymphes. Elles le supplient de rester. Il ne les écoute point. Il prend son bâton de voyageur, boucle son manteau et descend les sentiers de l'Ida. Il traverse les forêts de Lycie, longe les rivages battus par les vents, et parvient enfin en Carie, non loin d'une cité appelée Halicarnasse. Le paysage est doux, les oliviers argentés, et l'air tiède porte des senteurs de jasmin.
C'est là qu'il découvre la source de Salmacis. Elle n'a rien d'ordinaire. Son eau est si claire qu'on y voit le fond comme à travers une fenêtre, et si fraîche que les voyageurs en parlent de bout en bout de la côte. Des lauriers l'entourent, des vignes sauvages y traînent leurs grappes, et le silence n'est troublé que par le chant de l'eau sur les pierres. Mais ce lieu enchanté a une habitante : la nymphe Salmacis.
Salmacis n'est pas comme les autres nymphes. Ses sœurs courent dans les bois, chassent avec la déesse Artémis et méprisent les armes d'Aphrodite. Salmacis, elle, préfère peigner ses longs cheveux au bord de l'eau, cueillir des fleurs, et se regarder dans le miroir des sources. Elle n'a jamais voulu quitter son bassin, jamais tiré de l'arc, jamais dormi sous la rosée. Ce jour-là, tandis qu'elle tresse des couronnes de lierre, elle entend des pas sur le sentier. Elle lève les yeux. Et elle voit Hermaphrodite.
Il s'est arrêté au bord de la source, ébloui par tant de fraîcheur. Il ôte ses sandales, défait son manteau, et plonge ses mains dans l'eau. La nymphe, cachée derrière un laurier, sent son cœur s'emballer. Jamais elle n'a vu un visage pareil. Jamais un tel éclat ne s'est reflété dans son miroir d'eau.
— C'est un dieu, murmure-t-elle. Peut-être est-ce l'Amour lui-même.
Elle sort de sa cachette et s'approche. Hermaphrodite sursaute.
— Que veux-tu, nymphe ? dit-il d'un ton rude.
Elle sourit, vient s'asseoir près de lui, ose toucher sa main. Elle lui parle de l'eau fraîche, des fleurs du jardin, de tout ce qui peut le retenir. Mais le jeune homme, las de ses paroles, la repousse doucement :
— Laisse-moi. Je veux me baigner seul.
Salmacis fait semblant de s'éloigner, de disparaître derrière les arbres. En réalité, elle guette. Hermaphrodite, croyant être seul, défait ses vêtements et entre dans l'eau de la source.
Alors Salmacis surgit. Elle se jette dans le bassin, s'accroche à lui, enlace ses bras autour du corps du jeune homme, l'embrasse de force, presse sa poitrine contre la sienne. Hermaphrodite se débat. Mais la nymphe, telle un lierre autour d'un tronc, ne le lâche point.
— Tu te débats en vain, cruel ! crie-t-elle. Dieux, si vous m'entendez, exaucez un seul vœu : que rien ne puisse jamais le séparer de moi, ni moi de lui !
Les dieux entendent. Leurs deux corps se mêlent. Lentement, comme l'eau mêlée au vin, comme la cire qui fond et se soude, ils ne forment plus qu'un seul être. Un seul souffle. Une seule peau. Un corps qui n'est plus tout à fait homme, plus tout à fait femme, mais les deux ensemble. Hermaphrodite, en se découvrant changé, lève les yeux vers le ciel et d'une voix mêlée de larmes, supplie ses parents :
— Père Hermès, mère Aphrodite, exaucez ma prière : que quiconque se baignera dans cette source perde à jamais sa force d'homme !
Les dieux, touchés par son destin, accordent sa demande. C'est pourquoi, dit-on, la source de Salmacis, près d'Halicarnasse, a la réputation d'amollir ceux qui y boivent. C'est ainsi qu'Hermaphrodite devient l'être aux deux natures — ni tout à fait l'un, ni tout à fait l'autre, mais portant en un seul corps la beauté de l'homme et celle de la femme. Son nom traverse les siècles. Les sculpteurs le représentent dans le marbre, les peintres le figurent sur les vases, et les poètes racontent son histoire, depuis Ovide jusqu'à nos jours. Et c'est de lui, de sa légende, que les hommes tirent le mot hermaphrodite pour désigner les êtres portant en eux les caractères des deux sexes.
Conté d'après le mythe d'Hermaphrodite et de la nymphe Salmacis,
tel que le rapporte Ovide dans ses Métamorphoses (Livre IV).
Astuce
Utilité l’hiver de la litière pour chat
La litière pour chat peut se révéler étonnamment utile en cas de verglas : grâce à son fort pouvoir absorbant et à sa texture granuleuse, elle améliore l’adhérence sur les surfaces glissantes comme les trottoirs, les marches ou même autour des roues d’une voiture. En en saupoudrant une petite quantité, vous créez rapidement une zone plus sûre pour circuler, sans avoir besoin de sel ou de sable sous la main. C’est une astuce simple, économique et souvent déjà disponible à la maison, parfaite pour faire face aux imprévus hivernaux avec efficacité... par contre, le chat devra se débrouiller sans litière... il se gèlera peut-être un peu les papattes mais, pour la bonne cause, il peut, tout de même, occasionnellement, aller faire ses besoins dans la plate-bande la plus proche.
Un instant en ce bas monde
En voilà une belle soirée. Madame reçoit la bonne société locale. Ses chers amis sont tous là, accompagnés de leur épouse, tous et toutes dans leur plus belle tenue. Les conversations vont bon train. Vous savez ce que c’est : « Mais oui, bien sûr, très chère », « Oh non, si peu, mon ami », « J’ai cru ouïe dire, effectivement »…
Madame semble cependant contrariée. Discrètement, elle prend à part son mari :
— Mon ami, je m’absente un instant.
— Tout va bien, ma douce ?
— Oui, ne vous inquiétez pas… juste un petit besoin naturel. Si quelqu’un me demande, je suis allée déposer les enfants à la piscine.
Le mari, nullement surpris bien qu’ils n’aient point d’enfant :
— Mais bien sûr, ma chère. Allez donc changer l’eau du poisson.
Et Madame de s’échapper discrètement du côté de ce lieu où le roi se rend toujours seul.
L’art délicat de l’excuse élégante
De bien entendu, il ne s’écoule pas cinq minutes avant que l’une des convives ne s’écrie :
— Mais où diable se trouve donc votre épouse, cher ami ?
« Mais pourquoi faut-il que ce soit justement la plus “prout-prout” de l’assemblée qui pose cette question », se dit Monsieur en souriant in petto. Il lui répondrait bien que sa femme est allée « sortir la quiche au bord du four », mais impossible : pourquoi aller déranger le personnel en cuisine pour si peu ? Pour une quiche, qui plus est. Et l’excuse d’aller démouler une terrine ou de sortir le cake du four ne convient pas mieux. Quel dilemme !
Devant l’embarras du mari, un invité avisé s’approche et rassure la quémandeuse :
— Il me semble l’avoir vue aller donner à manger aux canards.
Le mari souffle :
— Oui, elle est allée faire le tour du cabanon. Elle va sûrement revenir sans tarder.
— Mais quelle idée ! s’exclame l’importune.
« Ah », pense le mari, un peu plus excédé, « n’est-il pas possible de déposer le bilan tranquillement ? » L’envie de lâcher le morceau le tenaille : « Elle est simplement allée caguer, voyons ! » Mais cette dame ignore probablement ce que c’est que d’aller nourrir les cagoinces.
Le retour triomphal de Sa Majesté
Le mari ne sait plus quoi dire ni quoi faire quand sa chère aimée réapparaît, semble-t-il bien aise. Quelle est belle en cet instant, après être allée compter fleurette à dame nature ! Elle les rejoint d’une démarche chaloupée, indiquant que, par bonheur, le temps de faire parler le joufflu se trouve révolu. Revenant de sa méditation express sur le trône, la reine de la soirée navigue avec élégance d’un convive à l’autre, l’esprit serein, comme si elle venait d’envoyer un fax à la Lyonnaise des eaux.
Madame s’approche enfin du petit groupe.
— Ah, vous voilà, ma chère ! s’exclame l’ingénue, toujours plus curieuse. Votre mari me confiait que vous aviez des canards. Quelle idée de les nourrir à cette heure !
— Des canards ? Mais, par Jacob Delafon, que raconte cette femme ! Vite, vite, terrain miné, jeter du lest.
— Mais non, très chère, je suis juste allée refaire le crépi.
— Le crépi ! Que c’est cocasse ! Vous me ferez toujours rire.
Morale de l’histoire (si tant est qu’il y en ait une)
Ainsi s’achève l’épisode du côté obscur, sur le point de reprendre du poil de la bête. Pas de quoi en chier une pendule, avez-vous peut-être envie de vous esclaffer, mais vous reconnaîtrez bien volontiers l’inconfort d’une telle situation. Peut-être que cette anecdote vous sauvera un jour d’une gêne somme toute bien naturelle.
Espace lecture
Le corbeau – Edgar Allan Poe
Traduction par Charles Baudelaire (1871)
Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, — murmurai-je, — qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela, et rien de plus. »
Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, — et qu’ici on ne nommera jamais plus.
Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin, pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée à la porte de ma chambre, quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; — c’est cela même, et rien de plus. »
Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps : « Monsieur, — dis-je, — ou madame, en vérité j’implore votre pardon ; mais le fait est que je sommeillais, et vous êtes venu frapper si doucement, si faiblement vous êtes venu taper à la porte de ma chambre, qu’à peine étais-je certain de vous avoir entendu. » Et alors j’ouvris la porte toute grande ; — les ténèbres, et rien de plus !
Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul mot proféré fut un nom chuchoté : « Lénore ! » — C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot : « Lénore ! » — Purement cela, et rien de plus.
Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, — dis-je, — sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; — c’est le vent, et rien de plus. »
Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais, avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; — il se percha, s’installa, et rien de plus.
Alors cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire : « Bien que ta tête, — lui dis-je, — soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la Nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas un bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours ; car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre, se nommant d’un nom tel que Jamais plus !
Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, — jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »
Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos : « Sans doute, — dis-je, — ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain : Jamais, jamais plus !
Mais, le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours voulait faire entendre en croassant son Jamais plus !
Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du cœur ; je cherchais à deviner cela, et plus encore, ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe, ce velours violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête, à Elle, ne pressera plus, — ah ! jamais plus !
Alors il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible que balançaient des séraphins dont les pas frôlaient le tapis de la chambre. « Infortuné ! — m’écriai-je, — ton Dieu t’a donné par ses anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon, mais toujours prophète ! que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, — dis-moi sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis, dis, je t’en supplie ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce Ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! — hurlai-je en me redressant. — Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la Nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
Et le corbeau, immuable, est toujours installé, toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, — jamais plus !
Dans Le Corbeau (The raven), l’un des poèmes narratifs les plus célèbres d'Edgar Allan Poe, l'auteur met en scène un homme plongé dans le chagrin après la mort de sa bien-aimée, Lénore. Une nuit, alors qu’il lit seul dans sa chambre, un mystérieux corbeau entre par la fenêtre et se pose au-dessus de la porte.
Le narrateur l’interroge, mais l’oiseau ne répond que par ces deux mots : « Jamais plus ». Cette formule obsédante ravive sa douleur et transforme peu à peu la scène en cauchemar.
À travers une atmosphère sombre et fantastique, Poe évoque le deuil, la mémoire et la folie. Le corbeau devient le symbole d’une souffrance dont l’homme ne parvient pas à se libérer : son âme, prisonnière de l’ombre du corbeau, ne s’élèvera « jamais plus ».
