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DERRIÈRE LE MYTHE DES ROSES DE TOKYO 📆 5 septembre 1945

Le 5 septembre 1945, dans une ambiance d’aprĂšs-guerre survoltĂ©e, l’armĂ©e amĂ©ricaine arrĂȘte Ă  Yokohama une jeune femme d’origine japonaise. Le monde dĂ©couvre alors le visage d’“une Tokyo Rose”, figure mythique que les soldats alliĂ©s n’avaient jusqu’alors identifiĂ©e qu’à travers les ondes. DerriĂšre le sobriquet collectif, on met un nom, un visage : celui d’Iva Toguri D’Aquino, AmĂ©ricaine nĂ©e Ă  Los Angeles, longtemps prise dans la tourmente d’une histoire qui la dĂ©passe.

Iva naĂźt et grandit Ă  Los Angeles, au cƓur d’une famille d’immigrĂ©s japonais. Elle cultive des rĂȘves Ă  l’amĂ©ricaine, se passionne pour la musique, le baseball, et se fond parfaitement dans le tissu californien. DiplĂŽmĂ©e de zoologie Ă  l’UCLA, elle part en 1941 tout juste aprĂšs ses Ă©tudes, rendre visite Ă  une tante malade au Japon. La guerre la coupe net de son pays et de sa famille, la condamnant Ă  un exil inattendu.

Rapidement, Iva, exclue des aides japonaises pour avoir refusĂ© de renier sa citoyennetĂ© amĂ©ricaine, doit se dĂ©brouiller pour survivre. EngagĂ©e grĂące Ă  son anglais parfait comme dactylo et traductrice, elle est bientĂŽt poussĂ©e Ă  rejoindre “Zero Hour”, Ă©mission radiophonique animĂ©e par des voix fĂ©minines anglophones. LĂ , sous le pseudo d’“Orphan Ann”, Iva multiplie les interventions, choisissant les morceaux musicaux et distillant quelques commentaires ironiques Ă  destination des soldats alliĂ©s. Jamais ouvertement propagandiste, elle n’emploie d’ailleurs jamais le nom de Tokyo Rose Ă  l’antenne, ce surnom Ă©tant une invention collective des troupes alliĂ©es, dĂ©signant toutes ces voix venues du Japon.

Contrairement Ă  la lĂ©gende, Iva n’est pas la seule “Tokyo Rose” : plusieurs femmes participent au mĂȘme dispositif de propagande japonaise en anglais, chacune avec sa personnalitĂ©. La figure est fantasmĂ©e, entretenue par le front pour symboliser l’ennemie sournoise ; seule Iva sera poursuivie, Ă  raison de sa visibilitĂ© et de son identitĂ© amĂ©ricaine.

À la LibĂ©ration, prise dans une chasse aux sorciĂšres mĂ©diatisĂ©e, Iva fait face Ă  un des procĂšs les plus longs et coĂ»teux du pays, accusĂ©e de trahison. Les procĂ©dures s’éternisent : preuves incertaines, tĂ©moignages extorquĂ©s sous la pression, climat de suspicion d’aprĂšs-guerre. Elle est condamnĂ©e Ă  dix ans de prison et une lourde amende, perdant en outre sa nationalitĂ© amĂ©ricaine. LibĂ©rĂ©e sur parole aprĂšs six annĂ©es, elle retrouve une vie simple Ă  Chicago, loin des projecteurs et marginalisĂ©e par la sociĂ©tĂ©.

MarquĂ©e Ă  jamais par cet Ă©pisode, Iva continue de vivre sans jamais chercher la publicitĂ©. Il faudra attendre 1977 pour que sa rĂ©putation soit officiellement rĂ©habilitĂ©e : le prĂ©sident Gerald Ford lui accorde enfin le pardon, reconnaissant la fragilitĂ© des preuves et l’injustice du procĂšs. Iva dĂ©cĂšde en 2006, Ă  Chicago, aprĂšs une existence partagĂ©e entre fatalitĂ© et rĂ©sistance silencieuse.



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