Le 3 août 1914, avec la guerre, la France rétablit et généralise l’obligation du passeport pour circuler, surtout à l’étranger. La veille, elle exige de tout étranger de faire connaître son identité auprès de la police ou de la mairie. Mais avant cette date, voyager ne demande pas systématiquement ce document : la liberté de mouvement est bien plus grande, et l’identité se prouve autrement.
Au XIXème siècle, le passeport existe, mais il n’est pas omniprésent. Dès 1843, les contrôles s’allègent à la frontière belge ; entre 1860 et 1870, des pays comme l’Angleterre, la Belgique, l’Espagne ou les États-Unis n’exigent plus systématiquement de passeport. Jusqu’à 1914, il est ainsi possible de voyager dans presque toute l’Europe (hors Russie et Turquie) sans passeport, souvent avec une simple déclaration d’entrée ou de résidence.
Sans passeport généralisé, on voyage surtout avec des papiers qui attestent de qui l’on est et pourquoi l’on part : lettres de recommandation, certificats de bonne conduite, passeports professionnels, livrets d’ouvriers, certificats d’embauche. Les aubergistes tiennent des registres d’hôtes, les gendarmes vérifient parfois les papiers, mais pour le « bon citoyen », le voyage intérieur et même transfrontalier reste largement fluide.
Le développement du chemin de fer et des lignes maritimes accentue cette liberté de circulation : les compagnies de transport cherchent avant tout des clients, pas des papiers. C’est la guerre qui change la logique : dès le 2 août 1914, un décret impose aux étrangers de déclarer leur identité ; le lendemain, un nouveau modèle de « passeport à l’étranger » est institué, et la liberté de circulation des Français est elle aussi entravée par l’état de siège. La généralisation du passeport marque alors un tournant : la mobilité, jusque-là relativement libre, se trouve progressivement encadrée par un régime d’identification et de contrôle des déplacements qui s’impose peu à peu comme la norme.
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