Les évènements notables
1996 - Enlèvement des sept moines de Tibhirine
Le 27 mars 1996, sept moines trappistes du monastère Notre-Dame de l'Atlas à Tibhirine, en Algérie, sont enlevés par un groupe armé islamiste du GIA. Malgré des négociations intenses, leurs têtes sont découvertes le 21 mai suivant. Leur sacrifice, accompli en pleine guerre civile algérienne, est porté à l'écran en 2010 par Xavier Beauvois dans Des hommes et des dieux. Ils sont béatifiés par l'Église catholique en 2018 à Oran.
1956 - Les congés payés passent à trois semaines en France
Le 27 mars 1956, le gouvernement de Guy Mollet promulgue la loi portant les congés payés annuels de deux à trois semaines en France. Vingt ans après la conquête historique des deux semaines obtenues sous le Front populaire en 1936, cette avancée sociale majeure améliore significativement les conditions de vie des travailleurs français. La quatrième semaine ne sera accordée qu'en 1969, et la cinquième en 1982 sous François Mitterrand.
1915 - Mary Mallon, Typhoid Mary, placée en quarantaine
Le 27 mars 1915, Mary Mallon, surnommée Typhoid Mary, est placée pour la seconde fois en quarantaine forcée par les autorités sanitaires de New York. Cuisinière irlando-américaine porteuse saine du bacille de la typhoïde, elle avait contaminé au moins 51 personnes et causé trois morts. Libérée une première fois en 1910 après avoir promis de ne plus exercer ce métier, elle avait repris la cuisine sous un faux nom. Elle restera isolée jusqu'à sa mort en 1938.
1854 - La France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à la Russie
Le 27 mars 1854, la France et la Grande-Bretagne déclarent officiellement la guerre à la Russie, entrant ainsi dans la guerre de Crimée aux côtés de l'Empire ottoman. Le conflit, né des ambitions russes sur les territoires ottomans et des rivalités d'influence en mer Noire, se conclut en 1856 par le traité de Paris, défavorable à la Russie. Cette guerre est aussi connue pour les réformes sanitaires pionnières de Florence Nightingale.
1836 - Massacre de Goliad
Le 27 mars 1836, environ 350 soldats texans capturés lors de la bataille de Coleto sont exécutés sommairement sur ordre du général mexicain Santa Anna, près de Goliad au Texas. Ce massacre, survenu deux semaines après la chute d'Alamo, galvanise les indépendantistes texans. Le cri « Remember Goliad ! » devient, avec « Remember the Alamo ! », un symbole de la résistance texane qui aboutit à l'indépendance du Texas en avril 1836.
1794 - Création de la Marine américaine
Le 27 mars 1794, le président George Washington signe le Naval Act, autorisant la construction de six frégates et posant les fondements de l'United States Navy. Cette décision répond aux attaques des pirates barbaresques contre les navires marchands américains en Méditerranée et à la nécessité de protéger le commerce maritime du jeune État. La première de ces frégates, l'USS Constitution, est toujours conservée à Boston comme navire historique.
Les naissances et décès notables
1969 - Naissance de Mariah Carey, auteure-compositrice-interprète, actrice et femme d'affaires américaine
1964 - Naissance de Kad Merad, acteur, humoriste, réalisateur et scénariste franco-algérien
1963 - Naissance de Quentin Tarantino, réalisateur américain
1922 - Naissance de Stefan Wul, écrivain de science-fiction français
1809 - Naissance de Georges Eugène Haussmann (baron Haussmann), haut fonctionnaire français, préfet de la Seine de 1853 à 1870, connu pour avoir dirigé les transformations de Paris sous le Second Empire
2018 - Décès de Stéphane Audran, comédienne française
2016 - Décès de Alain Decaux, écrivain, biographe, homme de télévision et de radio et académicien français
1968 - Décès de Youri Gagarine, pilote cosmonaute soviétique
L’œuvre du jour
Peintre métropolitain (actif aux VIIe et VIIIe siècles de notre ère)
Guatemala ou Mexique, Mésoamérique
Musée du MET (Domaine public)
Ce vase cylindrique, attribué au «Maître Métropolitain» (VIIe–VIIIe siècle), est considéré comme l’un des plus beaux portraits divins de l’art maya classique. Il met en scène le jeune dieu de la pluie, Chahk, en plein combat rituel avec un esprit-montagne, tandis qu’un bébé jaguar surnaturel naît au sommet d’une montagne mythique.
Chahk, très humain dans son profil et ses articulations soignées, lève le pied gauche, tend la jambe droite et brandit une hache de pierre. Son costume évoque l’eau: écailles sous les jambes, pagne aux plis rappelant une queue de poisson, collier unique avec pendentifs en forme d’yeux et pectoral en jarre renversée marquée du glyphe des ténèbres. Face à lui, une créature agnathe (sans mâchoire inférieure), interprétée comme un witz (esprit de montagne), montre une paupière emplumée de crocodilien et une dent acérée.
Au sommet de la montagne zoomorphe repose un bébé jaguar surnaturel, reconnaissable à son œil carré (symbole divin), sa mâchoire proéminente et sa dent pointue, signes qu’il est l’égal de Chahk et du dieu soleil. Presque à son contact, un dieu de la mort squelettique, aux yeux exorbités et au ventre distendu, danse comme pour s’emparer de l’enfant ou du texte flottant au-dessus de lui. Il est accompagné d’une luciole cyclope (œil central = glyphe ak’b’al, ténèbres) tenant un cigare/torche, et d’un chien espiègle aux oreilles et queue tachetées.
Le thème central est l’interaction nécessaire entre les pluies bienfaisantes et la mort putréfiante: la pluie tombe sur des restes en décomposition, et la vie renaît sur le sol fertilisé, symbolisée par la naissance du bébé jaguar. Chahk émerge d’une grotte (souffle chaud créant nuages et pluie) et célèbre cette naissance, tandis que la posture du dieu de la mort suggère que l’enfant a été arraché aux griffes de la mort.
Description provenant du MET
Savais-tu ?
« Rosbifs » et « Froggies »
Les Français appellent les Anglais « rosbifs » et les Anglais appellent les Français « froggies » : derrière ces deux sobriquets se cache une longue histoire de rivalités, de moqueries et de stéréotypes culinaires.
Le terme « rosbif » vient du plat emblématique britannique, le roast beef, ce bœuf rôti que les Français découvrent au XVIIIᵉ siècle. Dans un contexte de guerres et d’anglophobie, le mot devient rapidement une insulte : il désigne d’abord la viande, puis l’Anglais lui‑même, gros mangeur de chair rôtie. On se moque aussi de son teint qui rougit au soleil comme une pièce de bœuf mal cuite. Aujourd’hui, « rosbif » sonne encore comme une taquinerie familière, plus affectueuse que vraiment méchante.
Du côté anglais, « froggy » (petite grenouille) renvoie d’abord à l’image des Français « mangeurs de grenouilles », un plat perçu comme exotique et un peu répugnant outre‑Manche. Mais l’origine remonte aussi à Paris : un quartier marécageux plein de grenouilles, « La Grenouillère », où vivait un petit peuple au langage jugé rustre. Les nobles français en exil à Londres reprennent ce surnom pour ridiculiser les révolutionnaires, et les Britanniques l’étendent alors à tous les Français. Comme « rosbif », « froggy » oscille aujourd’hui entre insulte légère et clin d’œil entre voisins.
Deux mots, deux caricatures, mais une même histoire : celle de deux nations qui adorent se détester.
D’où vient le « croque-mort »
Le terme croque-mort désigne la personne qui prend en charge les défunts et les accompagne jusqu’au cimetière. Mais pourquoi cette expression semble-t-elle si macabre ?
Le mot apparaît à la fin du XVIIIᵉ siècle. À cette époque, le verbe « croquer » possède aussi un sens figuré : il signifie « faire disparaître » ou « dérober ». Le croque-mort est donc, en quelque sorte, celui qui « fait disparaître les morts » en les plaçant dans un cercueil puis en les conduisant vers leur dernière demeure.
On raconte parfois que le croque-mort mord l’orteil du défunt pour vérifier sa mort. Cette histoire amusante appartient cependant davantage à la légende qu’à la véritable origine du mot.
D’autres explications évoquent un « croc », une longue perche munie d’un crochet utilisée autrefois pour déplacer les cadavres lors des épidémies. Mais les linguistes privilégient généralement le sens ancien de « croquer », associé à l’idée de disparition.
Un peu d’humour
Lavage voiture – Merci ChatGPT
Question posée à ChatGPT
Je dois aller à la station de lavage pour laver ma voiture. La station est à 100 mètres de chez moi. Il serait peut-être préférable que j’y aille à pied. Qu’en penses-tu ?
Réponse de ChatGPT
Franchement ? Oui 😄
À 100 mètres, c’est littéralement l’équivalent d’un mini-tour du pâté de maisons. Tu mettras à peine 1 à 2 minutes à pied.
Aller à pied, ça a plusieurs avantages :
- 🚶♂️ Pas besoin de démarrer la voiture à froid juste pour 100 m (c’est mauvais pour le moteur).
- 💶 Tu économises un tout petit peu de carburant.
- 🌱 C’est plus logique écologiquement.
- 🧠 Et ça te met déjà dans l’idée “je prends soin de ma voiture” plutôt que “je la redémarre pour 30 secondes”.
Sauf cas particulier (météo catastrophique, souci de mobilité, besoin d’amener du matériel lourd), marcher semble le choix le plus simple et le plus rationnel.
Et puis, avoue… 100 mètres en voiture, ça ferait un peu flemmard quand même 😏
Elle a toujours raison
📊😐 Une étude récente montre que 9 hommes sur 10 admettent que leur femme a toujours raison.
🤔 Aucune trace du 10ème.
L’homme paratonnerre
Roy Cleveland Sullivan détient le record mondial du plus grand nombre de foudroiements, avec sept cas documentés entre 1942 et 1977. Ce garde forestier américain de Virginie est reconnu par le Guinness World Records comme l’homme paratonnerre humain. Il survit à chaque incident malgré des blessures variées, sans victimes référencées autour de lui.
Les circonstances de ses foudroiements sont souvent liées à son travail ou à des activités quotidiennes. En 1942, il est touché dans une tour d’observation ; en 1969, dans sa camionnette ; en 1970, en jardinant ; en 1972, dans un poste de garde ; en 1973, en patrouille ; en 1976, sans détails précis ; et en 1977, en pêchant, où un ours intervient ensuite. Sa femme est foudroyée une fois seule, tandis que lui cette fois-ci en réchappe.
Roy est officiellement inscrit au Guinness Book, qui valide ce record unique. Les gens l’évitent par superstition, craignant un effet de ricochet, mais aucun cas de victimes simultanées avec des proches ou collègues n’est référencé.
Instant de vie

Le smartphone fait click – un son minuscule, presque ridicule – et voilà que l’instant, encore anodin, se trouve expédié on ne sait trop où, dans quelque nuage invisible où s’entassent déjà des milliards de souvenirs pixelisés.
Autour, les amis suspendent leur souffle : certains par tendresse, d’autres par lassitude, tous vaguement conscients qu’ils viennent d’être aspirés dans une composition dont ils ne maîtrisent ni le cadre ni la destination. les inconnus, eux, s’en emparent sans vergogne : ils likent, ils commentent, ils interprètent – souvent à côté, parfois avec aplomb.
Pendant ce temps, dans les coulisses, les algorithmes s’éveillent comme une nuée d’insectes zélés : ils classent, ils trient, ils propulsent, décidant en une fraction de seconde si cette photo mérite l’oubli discret ou la célébrité tapageuse.
Et la toile s’agite, bruisse, s’emballe ; le moindre sourire devient sujet d’analyse, le moindre détail, matière à débat. bientôt, le landerneau numérique s’échauffe : on disserte, on juge, on s’indigne – ou pire, on applaudit.
Tout ça pour quoi ? Pour un simple click. une image capturée à la volée, devenue vacarme collectif. preuve, s’il en fallait, qu’à l’ère moderne, il ne faut parfois presque rien pour faire beaucoup de bruit.
Déjà, une autre main se lève, un autre téléphone se braque, prêt à recommencer – comme si le silence numérique lui-même était devenu suspect…
A la maison et au jardin
Beignets de fleurs de pissenlit
On cueille des fleurs de pissenlit dans un endroit propre, on coupe les tiges ras et on les lave soigneusement. On les sèche dans un torchon, puis on bat 2 œufs avec 100 ml de lait et 100 g de sucre. On trempe les fleurs dans ce mélange, on les roule dans la farine, et on les frit dans de l’huile chaude. On égoutte avec une écumoire, on laisse refroidir et on saupoudre de sucre glace avant de déguster.
Pour aiguiser des ciseaux
Pour redonner du tranchant à une paire de ciseaux, prenez une feuille d’aluminium, pliez-la plusieurs fois pour obtenir une bonne épaisseur, puis coupez-la plusieurs fois sur toute la longueur des lames — la texture abrasive de l’alu polit les bords et rend la coupe plus nette; essuyez ensuite les lames avec un chiffon pour enlever les résidus et testez sur du papier, et répétez si nécessaire pour un résultat optimal.
Espace lecture
Le baiser du dragon – Ysabelle Lacamp

Le Baiser du dragon est un roman historique et picaresque publié en 1988 par Ysabelle Lacamp, autrice, comédienne et spécialiste des langues orientales. L’œuvre se distingue par son ton truculent, son vocabulaire riche et son inspiration rabelaisienne, mêlant humour, violence et fantaisie dans un cadre historique précis.
L’action se déroule en Chine du Sud au Xᵉ siècle, plus précisément en l’an 937, durant la période troublée des « Cinq Dynasties et Dix Royaumes ». Cette époque de fragmentation politique et d’instabilité favorise les intrigues, les trahisons et les luttes de pouvoir, ce qui constitue une toile de fond idéale pour un récit d’aventures.
Le seigneur Tsao fait halte dans son manoir avant de livrer à son suzerain un précieux chargement : deux cassettes de perles. Ce trésor excite immédiatement les convoitises et provoque un basculment des destins. Au cœur de cette aventure se trouve Shu-Meï, une adolescente qui refuse le mode de vie imposé aux femmes de son époque et rêve de liberté et de chevauchées. Autour d’elle gravite une galerie de personnages aux noms évocateurs : Tigre Hilare, Passion Éteinte, Triton Flageolant, Étron Pensif, etc. L’intrigue s’enchaîne au rythme des orgies, cavalcades, trahisons et supplices raffinés, dans un monde où se croisent mandarins corrompus, courtisanes bafouées, bonzes égrillards et coupe-jarret.
Ysabelle Lacamp signe ici un roman picaresque et cocasse, au vocabulaire riche et imagé. L’écriture est vivante, rythmée, et s’inscrit dans une tradition littéraire où l’on « se bat comme on aime : en riant ». Le mélange de registres — du plus raffiné au plus grossier — contribue à l’effet de dépaysement et d’amusement. Le Baiser du dragon offre une évasion ludique dans un univers historique exotique et mouvementé. Il séduit les lecteurs en quête d’aventures, d’humour noir et de personnages mémorables. L’autrice, par sa maîtrise des langues orientales et son sens du récit, réussit à créer une Chine médiévale à la fois crédible et fantasmée.
Edgar Rice Burroughs
Edgar Rice Burroughs est un romancier américain qui tisse des aventures enlevées, mêlant exotisme sauvage et science-fiction pulp. Né en 1875 à Chicago, il accède à une gloire planétaire dès 1912 grâce à ses héros mythiques publiés dans des magazines populaires. Prolifique, il signe près de 70 romans et lance sa propre maison d’édition en 1923. Il meurt en 1950 à Los Angeles.
Tarzan domine ses créations : noble britannique grandi parmi les singes africains, il règne sur 24 romans épiques. Son autre héros : John Carter, officier confédéré catapulté sur Mars, y livre bataille aux aliens dans le cycle Barsoom. Et puis, David Innes sillonne Pellucidar, Terre creuse aux mystères abyssaux, tandis que Carson Napier conquiert Vénus – autant de figures chevaleresques qui exaltent force et émerveillement cosmique.
Son style pulse d’un dynamisme brut, foisonnant d’imagination et de sense of wonder (émerveillement), privilégiant l’action trépidante à la finesse psychologique. Répétitif, stéréotypé – héros invincibles sauvant princesses captives -, il préfigure le planet opera et l’heroic fantasy, inspirant Bradbury ou Star Wars. Burroughs enchante toujours les âmes friandes d’épopées intemporelles.
La nouvelle du jour
Les noces de campagne – Georges Sand
La source : La mare au diable – Georges Sand – Wikisource
LES NOCES DE CAMPAGNE
Ici finit l’histoire du mariage de Germain, telle qu’il me l’a racontée lui-même, le fin laboureur qu’il est ! Je te demande pardon, lecteur ami, de n’avoir pas su te la traduire mieux ; car c’est une véritable traduction qu’il faut au langage antique et naïf des paysans de la contrée que je chante (comme on disait jadis). Ces gens-là parlent trop français pour nous, et, depuis Rabelais et Montaigne, les progrès de la langue nous ont fait perdre bien des vieilles richesses. Il en est ainsi de tous les progrès, il faut en prendre son parti. Mais c’est encore un plaisir d’entendre ces idiotismes pittoresques régner sur le vieux terroir du centre de la France ; d’autant plus que c’est la véritable expression du caractère moqueusement tranquille et plaisamment disert des gens qui s’en servent. La Touraine a conservé un certain nombre précieux de locutions patriarcales. Mais la Touraine s’est grandement civilisée avec et depuis la Renaissance. Elle s’est couverte de châteaux, de routes, d’étrangers et de mouvement. Le Berry est resté stationnaire, et je crois qu’après la Bretagne et quelques provinces de l’extrême midi de la France, c’est le pays le plus conservé qui se puisse trouver à l’heure qu’il est. Certaines coutumes sont si étranges, si curieuses, que j’espère t’amuser encore un instant, cher lecteur, si tu permets que je te raconte en détail une noce de campagne, celle de Germain, par exemple, à laquelle j’eus le plaisir d’assister il y a quelques années.
Car, hélas ! tout s’en va. Depuis seulement que j’existe, il s’est fait plus de mouvement dans les idées et dans les coutumes de mon village, qu’il ne s’en était vu durant des siècles avant la révolution. Déjà la moitié des cérémonies celtiques, païennes ou moyen âge, que j’ai vues encore en pleine vigueur dans mon enfance, se sont effacées. Encore un ou deux ans peut-être, et les chemins de fer passeront leur niveau sur nos vallées profondes, emportant, avec la rapidité de la foudre, nos antiques traditions et nos merveilleuses légendes.
C’était en hiver, aux environs du carnaval, époque de l’année où il est séant et convenable chez nous de faire les noces. Dans l’été on n’a guère le temps, et les travaux d’une ferme ne peuvent souffrir trois jours de retard, sans parler des jours complémentaires affectés à la digestion plus ou moins laborieuse de l’ivresse morale et physique que laisse une fête. — J’étais assis sous le vaste manteau d’une antique cheminée de cuisine, lorsque des coups de pistolet, des hurlements de chiens et les sons aigus de la cornemuse m’annoncèrent l’approche des fiancés. Bientôt le père et la mère Maurice, Germain et la petite Marie, suivis de Jacques et de sa femme, des principaux parents respectifs et des parrains et marraines des fiancés, firent leur entrée dans la cour.
La petite Marie, n’ayant pas encore reçu les cadeaux de noces, appelés livrées, était vêtue de ce qu’elle avait de mieux dans ses hardes modestes : une robe de gros drap sombre, un fichu blanc à grands ramages de couleurs voyantes, un tablier d’incarnat, indienne rouge fort à la mode alors et dédaignée aujourd’hui, une coiffe de mousseline très blanche, et dans cette forme heureusement conservée, qui rappelle la coiffure d’Anne Boleyn et d’Agnès Sorel. Elle était fraîche et souriante, point orgueilleuse du tout, quoiqu’il y eût bien de quoi. Germain était grave et attendri auprès d’elle, comme le jeune Jacob saluant Rachel aux citernes de Laban. Toute autre fille eût pris un air d’importance et une tenue de triomphe ; car, dans tous les rangs, c’est quelque chose que d’être épousée pour ses beaux yeux. Mais les yeux de la jeune fille étaient humides et brillants d’amour ; on voyait bien qu’elle était profondément éprise et qu’elle n’avait point le loisir de s’occuper de l’opinion des autres. Son petit air résolu ne l’avait point abandonnée ; mais c’était toute franchise et tout bon vouloir chez elle ; rien d’impertinent dans son succès, rien de personnel dans le sentiment de sa force. Je ne vis oncques si gentille fiancée, lorsqu’elle répondait nettement à ses jeunes amies qui lui demandaient si elle était contente : — Dame ! bien sûr ! je ne me plains pas du bon Dieu.
Le père Maurice porta la parole ; il venait faire les compliments et invitations d’usage. Il attacha d’abord au manteau de la cheminée une branche de laurier ornée de rubans ; ceci s’appelle l’exploit, c’est-à-dire la lettre de faire part ; puis il distribua à chacun des invités une petite croix faite d’un bout de ruban bleu traversé d’un autre bout de ruban rose ; le rose pour la fiancée, le bleu pour l’épouseur ; et les invités des deux sexes durent garder ce signe pour en orner les uns leur cornette, les autres leur boutonnière le jour de la noce. C’est la lettre d’admission, la carte d’entrée.
Alors le père Maurice prononça son compliment. Il invitait le maître de la maison et toute sa compagnie, c’est-à-dire tous ses enfants, tous ses parents, tous ses amis et tous ses serviteurs, à la bénédiction, au festin, à la divertissance, à la dansière et à tout ce qui en suit. Il ne manqua pas de dire : — Je viens vous faire l’honneur de vous semondre. Locution très juste, bien qu’elle nous paraisse un contresens, puisqu’elle exprime l’idée de rendre les honneurs à ceux qu’on en juge dignes.
Malgré la libéralité de l’invitation portée ainsi de maison en maison dans toute la paroisse, la politesse, qui est grandement discrète chez les paysans, veut que deux personnes seulement de chaque famille en profitent, un chef de famille sur le ménage, un de leurs enfants sur le nombre.
Ces invitations faites, les fiancés et leurs parents allèrent dîner ensemble à la métairie.
La petite Marie garda ses trois moutons sur le communal, et Germain travailla la terre comme si de rien n’était.
La veille du jour marqué pour le mariage, vers deux heures de l’après-midi, la musique arriva, c’est-à-dire le cornemuseux et le vielleux, avec leurs instruments ornés de longs rubans flottants, et jouant une marche de circonstance, sur un rythme un peu lent pour des pieds qui ne seraient pas indigènes, mais parfaitement combiné avec la nature du terrain gras et des chemins ondulés de la contrée. Des coups de pistolet, tirés par les jeunes gens et les enfants, annoncèrent le commencement de la noce. On se réunit peu à peu, et l’on dansa sur la pelouse devant la maison pour se mettre en train. Quand la nuit fut venue, on commença d’étranges préparatifs, on se sépara en deux bandes, et quand la nuit fut close, on procéda à la cérémonie des livrées.
Ceci se passait au logis de la fiancée, la chaumière à la Guillette. La Guillette prit avec elle sa fille, une douzaine de jeunes et jolies pastoures, amies et parentes de sa fille, deux ou trois respectables matrones, voisines fortes en bec, promptes à la réplique et gardiennes rigides des anciens us. Puis elle choisit une douzaine de vigoureux champions, ses parents et amis ; enfin le vieux chanvreur de la paroisse, homme disert et beau parleur s’il en fut.
Le rôle que joue en Bretagne le bazvalan, le tailleur du village, c’est le broyeur de chanvre ou le cardeur de laine (deux professions souvent réunies en une seule), qui le remplit dans nos campagnes. Il est de toutes les solennités tristes ou gaies, parce qu’il est essentiellement érudit et beau diseur, et, dans ces occasions, il a toujours le soin de porter la parole pour accomplir dignement certaines formalités usitées de temps immémorial. Les professions errantes, qui introduisent l’homme au sein des familles sans lui permettre de se concentrer dans la sienne, sont propres à le rendre bavard, plaisant, conteur et chanteur.
Le broyeur de chanvre est particulièrement sceptique. Lui et un autre fonctionnaire rustique, dont nous parlerons tout à l’heure, le fossoyeur, sont toujours les esprits forts du lieu. Ils ont tant parlé de revenants et ils savent si bien tous les tours dont ces malins esprits sont capables, qu’ils ne les craignent guère. C’est particulièrement la nuit que tous, fossoyeurs, chanvreurs et revenants, exercent leur industrie. C’est aussi la nuit que le chanvreur raconte ses lamentables légendes. Qu’on me permette une digression.
Quand le chanvre est arrivé à point, c’est-à-dire suffisamment trempé dans les eaux courantes et à demi séché à la rive, on le rapporte dans la cour des habitations ; on le place debout par petites gerbes qui, avec leurs tiges écartées du bas et leurs têtes liées en boules, ressemblent déjà passablement le soir à une longue procession de petits fantômes blancs, plantés sur leurs jambes grêles et marchant sans bruit le long des murs.
C’est à la fin de septembre, quand les nuits sont encore tièdes, qu’à la pâle clarté de la lune on commence à broyer. Dans la journée, le chanvre a été chauffé au four ; on l’en retire, le soir, pour le broyer chaud. On se sert pour cela d’une sorte de chevalet surmonté d’un levier en bois, qui, retombant sur des rainures, hache la plante sans la couper. C’est alors qu’on entend la nuit, dans les campagnes, ce bruit sec et saccadé de trois coups frappés rapidement. Puis, un silence se fait ; c’est le mouvement du bras qui retire la poignée de chanvre pour la broyer sur une autre partie de sa longueur. Et les trois coups recommencent ; c’est l’autre bras qui agit sur le levier, et toujours ainsi jusqu’à ce que la lune soit voilée par les premières lueurs de l’aube. Comme ce travail ne dure que quelques jours dans l’année, les chiens ne s’y habituent pas et poussent des hurlements plaintifs vers tous les points de l’horizon.
C’est le temps des bruits insolites et mystérieux dans la campagne. Les grues émigrantes passent dans des régions où, en plein jour, l’œil les distingue à peine. La nuit, on les entend seulement ; et ces voix rauques et gémissantes, perdues dans les nuages, semblent l’appel et l’adieu d’âmes tourmentées qui s’efforcent de trouver le chemin du ciel, et qu’une invincible fatalité force à planer non loin de la terre, autour de la demeure des hommes ; car ces oiseaux voyageurs ont d’étranges incertitudes et de mystérieuses anxiétés dans le cours de leur traversée aérienne. Il leur arrive parfois de perdre le vent, lorsque des brises capricieuses se combattent ou se succèdent dans les hautes régions. Alors on voit, lorsque ces déroutes arrivent durant le jour, le chef de file flotter à l’aventure dans les airs, puis faire volte-face, revenir se placer à la queue de la phalange triangulaire, tandis qu’une savante manœuvre de ses compagnons les ramène bientôt en bon ordre derrière lui. Souvent, après de vains efforts, le guide épuisé renonce à conduire la caravane ; un autre se présente, essaye à son tour et cède la place à un troisième, qui retrouve le courant et engage victorieusement la marche. Mais que de cris, que de reproches, que de remontrances, que de malédictions sauvages ou de questions inquiètes sont échangés, dans une langue inconnue, entre ces pèlerins ailés !
Dans la nuit sonore, on entend ces clameurs sinistres tournoyer parfois assez longtemps au-dessus des maisons ; et comme on ne peut rien voir, on ressent malgré soi une sorte de crainte et de malaise sympathique, jusqu’à ce que cette nuée sanglotante se soit perdue dans l’immensité.
Il y a d’autres bruits encore qui sont propres à ce moment de l’année, et qui se passent principalement dans les vergers. La cueille des fruits n’est pas encore faite, et mille crépitations inusitées font ressembler les arbres à des êtres animés. Une branche grince, en se courbant, sous un poids arrivé tout à coup à son dernier degré de développement ; ou bien, une pomme se détache et tombe à vos pieds avec un son mat sur la terre humide. Alors vous entendez fuir, en frôlant les branches et les herbes, un être que vous ne voyez pas : c’est le chien du paysan, ce rôdeur curieux, inquiet, à la fois insolent et poltron, qui se glisse partout, qui ne dort jamais, qui cherche toujours on ne sait quoi, qui vous épie, caché dans les broussailles, et prend la fuite au bruit de la pomme tombée, croyant que vous lui lancez une pierre.
C’est durant ces nuits-là, nuits voilées et grisâtres, que le chanvreur raconte ses étranges aventures de follets et de lièvres blancs, d’âmes en peine et de sorciers transformés en loups, de sabbat au carrefour et de chouettes prophétesses au cimetière. Je me souviens d’avoir passé ainsi les premières heures de la nuit autour des broyes en mouvement, dont la percussion impitoyable, interrompant le récit du chanvreur à l’endroit le plus terrible, nous faisait passer un frisson glacé dans les veines. Et souvent aussi le bonhomme continuait à parler en broyant ; et il y avait quatre à cinq mots perdus : mots effrayants, sans doute, que nous n’osions pas lui faire répéter, et dont l’omission ajoutait un mystère plus affreux aux mystères déjà si sombres de son histoire. C’est en vain que les servantes nous avertissaient qu’il était bien tard pour rester dehors, et que l’heure de dormir était depuis longtemps sonnée pour nous : elles-mêmes mouraient d’envie d’écouter encore ; et avec quelle terreur ensuite nous traversions le hameau pour rentrer chez nous ! comme le porche de l’église nous paraissait profond, et l’ombre des vieux arbres épaisse et noire ! Quant au cimetière, on ne le voyait point ; on fermait les yeux en le côtoyant.
Mais le chanvreur n’est pas plus que le sacristain adonné exclusivement au plaisir de faire peur ; il aime à faire rire, il est moqueur et sentimental au besoin, quand il faut chanter l’amour et l’hyménée ; c’est lui qui recueille et conserve dans sa mémoire les chansons les plus anciennes, et qui les transmet à la postérité. C’est donc lui qui est chargé, dans les noces, du personnage que nous allons lui voir jouer à la présentation des livrées de la petite Marie.
LES LIVRÉES
Quand tout ce monde fut réuni dans la maison, on ferma, avec le plus grand soin, les portes et les fenêtres ; on alla même barricader la lucarne du grenier ; on mit des planches, des tréteaux, des souches et des tables en travers de toutes les issues, comme si on se préparait à soutenir un siège ; et il se fit dans cet intérieur fortifié un silence d’attente assez solennel, jusqu’à ce qu’on entendît au loin des chants, des rires, et le son des instruments rustiques. C’était la bande de l’épouseur, Germain en tête, accompagné de ses plus hardis compagnons, du fossoyeur, des parents, amis et serviteurs, qui formaient un joyeux et solide cortège.
Cependant, à mesure qu’ils approchèrent de la maison, ils se ralentirent, se concertèrent et firent silence. Les jeunes filles, enfermées dans le logis, s’étaient ménagé aux fenêtres de petites fentes, par lesquelles elles les virent arriver et se développer en ordre de bataille. Il tombait une pluie fine et froide, qui ajoutait au piquant de la situation, tandis qu’un grand feu pétillait dans l’âtre de la maison. Marie eût voulu abréger les lenteurs inévitables de ce siège en règle ; elle n’aimait pas à voir ainsi se morfondre son fiancé, mais elle n’avait pas voix au chapitre dans la circonstance, et même elle devait partager ostensiblement la mutine cruauté de ses compagnes.
Quand les deux camps furent ainsi en présence, une décharge d’armes à feu, partie du dehors, mit en grande rumeur tous les chiens des environs. Ceux de la maison se précipitèrent vers la porte en aboyant, croyant qu’il s’agissait d’une attaque réelle, et les petits enfants, que leurs mères s’efforçaient en vain de rassurer, se mirent à pleurer et à trembler. Toute cette scène fut si bien jouée qu’un étranger y eût été pris et eût songé peut-être à se mettre en état de défense contre une bande de chauffeurs.
Alors le fossoyeur, barde et orateur du fiancé, se plaça devant la porte, et, d’une voix lamentable, engagea avec le chanvreur, placé à la lucarne qui était située au-dessus de la même porte, le dialogue suivant :
le fossoyeur.
Hélas ! mes bonnes gens, mes chers paroissiens, pour l’amour de Dieu, ouvrez-moi la porte.
le chanvreur.
Qui êtes-vous donc, et pourquoi prenez-vous la licence de nous appeler vos chers paroissiens ? Nous ne vous connaissons pas.
le fossoyeur.
Nous sommes d’honnêtes gens bien en peine. N’ayez peur de nous, mes amis ! donnez-nous l’hospitalité. Il tombe du verglas, nos pauvres pieds sont gelés, et nous revenons de si loin que nos sabots en sont fendus.
le chanvreur.
Si vos sabots sont fendus, vous pouvez chercher par terre ; vous trouverez bien un brin d’oisil (d’osier) pour faire des arcelets (petites lames de fer en forme d’arcs qu’on place sur les sabots fendus pour les consolider).
le fossoyeur.
Des arcelets d’oisil, ce n’est guère solide. Vous vous moquez de nous, bonnes gens, et vous feriez mieux de nous ouvrir. On voit luire une belle flamme dans votre logis ; sans doute vous avez mis la broche, et on se réjouit chez vous le cœur et le ventre. Ouvrez donc à de pauvres pèlerins qui mourront à votre porte si vous ne leur faites merci.
le chanvreur.
Ah ! ah ! vous êtes des pèlerins ? vous ne nous disiez pas cela. Et de quel pèlerinage arrivez-vous, s’il vous plaît ?
le fossoyeur.
Nous vous dirons cela quand vous nous aurez ouvert la porte, car nous venons de si loin que vous ne voudriez pas le croire.
le chanvreur.
Vous ouvrir la porte ? oui-da ! nous ne saurions nous fier à vous. Voyons : est-ce de Saint-Sylvain de Pouligny que vous arrivez ?
le fossoyeur.
Nous avons été à Saint-Sylvain de Pouligny, mais nous avons été bien plus loin encore.
le chanvreur.
Alors vous avez été jusqu’à Sainte-Solange ?
le fossoyeur.
À Sainte-Solange nous avons été, pour sûr ; mais nous avons été plus loin encore.
le chanvreur.
Vous mentez ; vous n’avez même jamais été jusqu’à Sainte-Solange.
le fossoyeur.
Nous avons été plus loin, car, à cette heure, nous arrivons de Saint-Jacques de Compostelle.
le chanvreur.
Quelle bêtise nous contez-vous ? Nous ne connaissons pas cette paroisse-là. Nous voyons bien que vous êtes de mauvaises gens, des brigands, des rien du tout et des menteurs. Allez plus loin chanter vos sornettes ; nous sommes sur nos gardes, et vous n’entrerez point céans.
le fossoyeur.
Hélas ! mon pauvre homme, ayez pitié de nous ! Nous ne sommes pas des pèlerins, vous l’avez deviné ; mais nous sommes de malheureux braconniers poursuivis par les gardes. Mêmement les gendarmes sont après nous, et, si vous ne nous faites point cacher dans votre fenil, nous allons être pris et conduits en prison.
le chanvreur.
Et qui nous prouvera que, cette fois-ci, vous soyez ce que vous dites ? car voilà déjà un mensonge que vous n’avez pas pu soutenir.
le fossoyeur.
Si vous voulez nous ouvrir, nous vous montrerons une belle pièce de gibier que nous avons tuée.
le chanvreur.
Montrez-la tout de suite, car nous sommes en méfiance.
le fossoyeur.
Eh bien, ouvrez une porte ou une fenêtre, qu’on vous passe la bête.
le chanvreur.
Oh ! que nenni ! pas si sot ! je vous regarde par un petit pertuis et je ne vois parmi vous ni chasseurs ni gibier.
Ici un garçon bouvier, trapu et d’une force herculéenne, se détacha du groupe où il se tenait inaperçu, éleva vers la lucarne une oie plumée, passée dans une forte broche de fer, ornée de bouquets de paille et de rubans.
— Oui-da ! s’écria le chanvreur, après avoir passé avec précaution un bras dehors pour tâter le rôt ; ceci n’est point une caille, ni une perdrix, ce n’est ni un lièvre, ni un lapin ; c’est quelque chose comme une oie ou un dindon. Vraiment, vous êtes de beaux chasseurs ! et ce gibier-là ne vous a guère fait courir. Allez plus loin, mes drôles ! toutes vos menteries sont connues, et vous pouvez bien aller chez vous faire cuire votre souper. Vous ne mangerez pas le nôtre.
le fossoyeur.
Hélas ! mon Dieu, où irons-nous faire cuire notre gibier ? c’est bien peu de chose pour tant de monde que nous sommes ; et, d’ailleurs, nous n’avons ni feu ni lieu. À cette heure-ci toutes les portes sont fermées, tout le monde est couché ; il n’y a que vous qui fassiez la noce dans votre maison, et il faut que vous ayez le cœur bien dur pour nous laisser transir dehors. Ouvrez-nous, braves gens, encore une fois ; nous ne vous occasionnerons pas de dépenses. Vous voyez bien que nous apportons le rôti ; seulement un peu de place à votre foyer, un peu de flamme pour le faire cuire, et nous nous en irons contents.
le chanvreur.
Croyez-vous qu’il y ait trop de place chez nous et que le bois ne nous coûte rien ?
le fossoyeur.
Nous avons là une petite botte de paille pour faire le feu, nous nous en contenterons ; donnez-nous seulement la permission de mettre la broche en travers de votre cheminée.
le chanvreur.
Cela ne sera point ; vous nous faites dégoût et point de pitié. M’est avis que vous êtes ivres, que vous n’avez besoin de rien, et que vous voulez entrer chez nous pour voler notre feu et nos filles.
le fossoyeur.
Puisque vous ne voulez entendre à aucune bonne raison, nous allons entrer chez vous par force.
le chanvreur.
Essayez, si vous voulez. Nous sommes assez bien renfermés pour ne pas vous craindre. Et puisque vous êtes insolents, nous ne vous répondrons pas davantage.
Là-dessus le chanvreur ferma à grand bruit l’huis de la lucarne et redescendit dans la chambre au-dessous, par une échelle. Puis il reprit la fiancée par la main, et les jeunes gens des deux sexes se joignant à eux, tous se mirent à danser et à crier joyeusement, tandis que les matrones chantaient d’une voix perçante et poussaient de grands éclats de rire en signe de mépris et de bravade contre ceux du dehors qui tentaient l’assaut.
Les assiégeants, de leur côté, faisaient rage ; ils déchargeaient leurs pistolets dans les portes, faisaient gronder les chiens, frappaient de grands coups sur les murs, secouaient les volets, poussaient des cris effroyables ; enfin c’était un vacarme à ne pas s’entendre, une poussière et une fumée à ne se point voir.
Pourtant cette attaque était simulée : le moment n’était pas venu de violer l’étiquette. Si l’on parvenait, en rôdant, à trouver un passage non gardé, une ouverture quelconque, on pouvait chercher à s’introduire par surprise, et alors, si le porteur de la broche arrivait à mettre son rôti au feu, la prise de possession du foyer ainsi constatée, la comédie finissait et le fiancé était vainqueur.
Mais les issues de la maison n’étaient pas assez nombreuses pour qu’on eût négligé les précautions d’usage, et nul ne se fût arrogé le droit d’employer la violence avant le moment fixé pour la lutte.
Quand on fut las de sauter et de crier, le chanvreur songea à capituler. Il remonta à sa lucarne, l’ouvrit avec précaution, et salua les assiégeants désappointés par un éclat de rire.
— Eh bien, mes gars, dit-il, vous voilà bien penauds ! Vous pensiez que rien n’était plus facile que d’entrer céans, et vous voyez que notre défense est bonne. Mais nous commençons à avoir pitié de vous, si vous voulez vous soumettre et accepter nos conditions.
le fossoyeur.
Parlez, mes braves gens ; dites ce qu’il faut faire pour approcher de votre foyer.
le chanvreur.
Il faut chanter, mes amis, mais chanter une chanson que nous ne connaissions pas, et à laquelle nous ne puissions pas répondre par une meilleure.
— Qu’à cela ne tienne ! répondit le fossoyeur, et il entonna d’une voix puissante :
Voilà six mois que c’était le printemps,
— Me promenais sur l’herbette naissante, répondit le chanvreur d’une voix un peu enrouée, mais terrible. Vous moquez-vous, mes pauvres gens, de nous chanter une pareille vieillerie ? vous voyez bien que nous vous arrêtons au premier mot !
— C’était la fille d’un prince…
— Qui voulait se marier, répondit le chanvreur. Passez, passez à une autre ! nous connaissons celle-là un peu trop.
le fossoyeur.
Voulez-vous celle-ci ?
En revenant de Nantes…
le chanvreur.
— J’étais bien fatigué, voyez ! J’étais bien fatigué.
Celle-là est du temps de ma grand-mère. Voyons-en une autre !
le fossoyeur.
— L’autre jour en me promenant…
le chanvreur.
— Le long de ce bois charmant ! En voilà une qui est bête ! Nos petits-enfants ne voudraient pas se donner la peine de vous répondre ! Quoi ! voilà tout ce que vous savez ?
le fossoyeur.
Oh ! nous vous en dirons tant que vous finirez par rester court.
Il se passa bien une heure à combattre ainsi. Comme les deux antagonistes étaient les deux plus forts du pays sur la chanson, et que leur répertoire semblait inépuisable, cela eût pu durer toute la nuit, d’autant plus que le chanvreur mit un peu de malice à laisser chanter certaines complaintes en dix, vingt ou trente couplets, feignant, par son silence, de se déclarer vaincu. Alors on triomphait dans le camp du fiancé, on chantait en chœur à pleine voix, et on croyait que cette fois la partie adverse ferait défaut ; mais, à la moitié du couplet final, on entendait la voix rude et enrhumée du vieux chanvreur beugler les derniers ; après quoi il s’écriait : Vous n’aviez pas besoin de vous fatiguer à en dire une si longue, mes enfants ! Nous la savions sur le bout du doigt !
Une ou deux fois pourtant le chanvreur fit la grimace, fronça le sourcil et se retourna d’un air désappointé vers les matrones attentives. Le fossoyeur chantait quelque chose de si vieux, que son adversaire l’avait oublié, ou peut-être qu’il ne l’avait jamais su ; mais aussitôt les bonnes commères nasillaient, d’une voix aigre comme celle de la mouette, le refrain victorieux ; et le fossoyeur, sommé de se rendre, passait à d’autres essais.
Il eût été trop long d’attendre de quel côté resterait la victoire. Le parti de la fiancée déclara qu’il faisait grâce à condition qu’on offrirait à celle-ci un présent digne d’elle.
Alors commença le chant des livrées sur un air solennel comme un chant d’église.
Les hommes du dehors dirent en basse-taille à l’unisson :
Ouvrez la porte, ouvrez,
Marie, ma mignonne,
J’ons de beaux cadeaux à vous présenter.
Hélas ! ma mie, laissez-nous entrer.
À quoi les femmes répondirent de l’intérieur, et en fausset, d’un ton dolent :
Mon père est en chagrin, ma mère en grand-tristesse.
Et moi je suis fille de trop grand-merci
Pour ouvrir ma porte à cette heure ici.
Les hommes reprirent le premier couplet jusqu’au quatrième vers, qu’ils modifièrent de la sorte :
J’ons un beau mouchoir à vous présenter.Mais, au nom de la fiancée, les femmes répondirent de même que la première fois.
Pendant vingt couplets, au moins, les hommes énumérèrent tous les cadeaux de la livrée, mentionnant toujours un objet nouveau dans le dernier vers : un beau devanteau (tablier), de beaux rubans, un habit de drap, de la dentelle, une croix d’or, et jusqu’à un cent d’épingles pour compléter la modeste corbeille de la mariée. Le refus des matrones était irrévocable ; mais enfin les garçons se décidèrent à parler d’un beau mari à leur présenter, et elles répondirent en s’adressant à la mariée, et en lui chantant avec les hommes :
Ouvrez la porte, ouvrez,
Marie, ma mignonne,
C’est un beau mari qui vient vous chercher.
Allons, ma mie, laissons-les entrer.
LE MARIAGE
Aussitôt le chanvreur tira la cheville de bois qui fermait la porte à l’intérieur : c’était encore, à cette époque, la seule serrure connue dans la plupart des habitations de notre hameau. La bande du fiancé fit irruption dans la demeure de la fiancée, mais non sans combat ; car les garçons cantonnés dans la maison, même le vieux chanvreur et les vieilles commères, se mirent en devoir de garder le foyer. Le porteur de la broche, soutenu par les siens, devait arriver à planter le rôti dans l’âtre. Ce fut une véritable bataille, quoiqu’on s’abstînt de se frapper et qu’il n’y eût point de colère dans cette lutte. Mais on se poussait et on se pressait si étroitement, et il y avait tant d’amour-propre en jeu dans cet essai de force musculaire, que les résultats pouvaient être plus sérieux qu’ils ne le paraissaient à travers les rires et les chansons. Le pauvre vieux chanvreur, qui se débattait comme un lion, fut collé à la muraille et serré par la foule, jusqu’à perdre la respiration. Plus d’un champion renversé fut foulé aux pieds involontairement, plus d’une main cramponnée à la broche fut ensanglantée. Ces jeux sont dangereux, et les accidents ont été assez graves dans les derniers temps pour que nos paysans aient résolu de laisser tomber en désuétude la cérémonie des livrées. Je crois que nous avons vu la dernière à la noce de Françoise Meillant, et encore la lutte ne fut-elle que simulée.
Cette lutte fut encore assez passionnée à la noce de Germain. Il y avait une question de point d’honneur de part et d’autre à envahir et à défendre le foyer de la Guillette. L’énorme broche de fer fut tordue comme une vis sous les vigoureux poignets qui se la disputaient. Un coup de pistolet mit le feu à une petite provision de chanvre en poupées, placée sur une claie, au plafond. Cet incident fit diversion, et, tandis que les uns s’empressaient d’étouffer ce germe d’incendie, le fossoyeur, qui était grimpé au grenier sans qu’on s’en aperçût, descendit par la cheminée et saisit la broche au moment où le bouvier, qui la défendait auprès de l’âtre, l’élevait au-dessus de sa tête pour empêcher qu’elle ne lui fût arrachée. Quelque temps avant la prise d’assaut, les matrones avaient eu le soin d’éteindre le feu, de crainte qu’en se débattant auprès, quelqu’un ne vînt à y tomber et à se brûler. Le facétieux fossoyeur, d’accord avec le bouvier, s’empara donc du trophée sans difficulté et le jeta en travers sur les landiers. C’en était fait ! il n’était plus permis d’y toucher. Il sauta au milieu de la chambre et alluma un reste de paille, qui entourait la broche, pour faire le simulacre de la cuisson du rôti, car l’oie était en pièces et jonchait le plancher de ses membres épars.
Il y eut alors beaucoup de rires et de discussions fanfaronnes. Chacun montrait les horions qu’il avait reçus, et comme c’était souvent la main d’un ami qui avait frappé, personne ne se plaignit ni se querella. Le chanvreur, à demi aplati, se frottait les reins, disant qu’il s’en souciait fort peu, mais qu’il protestait contre la ruse de son compère le fossoyeur, et que, s’il n’eût été à demi mort, le foyer n’eût pas été conquis si facilement. Les matrones balayaient le pavé, et l’ordre se faisait. La table se couvrait de brocs de vin nouveau. Quand on eut trinqué ensemble et repris haleine, le fiancé fut amené au milieu de la chambre, et, armé d’une baguette, il dut se soumettre à une nouvelle épreuve.
Pendant la lutte, la fiancée avait été cachée avec trois de ses compagnes par sa mère, sa marraine et ses tantes, qui avaient fait asseoir les quatre jeunes filles sur un banc, dans un coin reculé de la salle, et les avaient couvertes d’un grand drap blanc. Les trois compagnes avaient été choisies de la même taille que Marie, et leurs cornettes de hauteur identique, de sorte que le drap leur couvrant la tête et les enveloppant jusque par-dessous les pieds, il était impossible de les distinguer l’une de l’autre.
Le fiancé ne devait les toucher que du bout de sa baguette, et seulement pour désigner celle qu’il jugeait être sa femme. On lui donnait le temps d’examiner, mais avec les yeux seulement, et les matrones, placées à ses côtés, veillaient rigoureusement à ce qu’il n’y eût point de supercherie. S’il se trompait, il ne pouvait danser de la soirée avec sa fiancée, mais seulement avec celle qu’il avait choisie par erreur.
Germain, se voyant en présence de ces fantômes enveloppés sous le même suaire, craignait fort de se tromper ; et, de fait, cela était arrivé à bien d’autres, car les précautions étaient toujours prises avec un soin consciencieux. Le cœur lui battait. La petite Marie essayait bien de respirer fort et d’agiter un peu le drap ; mais ses malignes rivales en faisaient autant, poussaient le drap avec leurs doigts, et il y avait autant de signes mystérieux que de jeunes filles sous le voile. Les cornettes carrées maintenaient ce voile si également qu’il était impossible de voir la forme d’un front dessiné par ses plis.
Germain, après dix minutes d’hésitation, ferma les yeux, recommanda son âme à Dieu et tendit la baguette au hasard. Il toucha le front de la petite Marie, qui jeta le drap loin d’elle en criant victoire. Il eut alors la permission de l’embrasser et, l’enlevant dans ses bras robustes, il la porta au milieu de la chambre et ouvrit avec elle le bal, qui dura jusqu’à deux heures du matin.
Alors on se sépara pour se réunir à huit heures. Comme il y avait un certain nombre de jeunes gens venus des environs, et qu’on n’avait pas des lits pour tout le monde, chaque invitée du village reçut dans son lit deux ou trois compagnes, tandis que les garçons allèrent pêle-mêle s’étendre sur le fourrage du grenier de la métairie. Vous pouvez bien penser que là ils ne dormirent guère, car ils ne songèrent qu’à se lutiner les uns les autres, à échanger des lazzis et à se conter de folles histoires. Dans les noces il y a de rigueur trois nuits blanches, qu’on ne regrette point.
À l’heure marquée pour le départ, après qu’on eut mangé la soupe au lait relevée d’une forte dose de poivre, pour se mettre en appétit, car le repas de noces promettait d’être copieux, on se rassembla dans la cour de la ferme. Notre paroisse étant supprimée, c’est à une demi-lieue de chez nous qu’il fallait aller chercher la bénédiction nuptiale. Il faisait un beau temps frais ; mais les chemins étant fort gâtés, chacun s’était muni d’un cheval, et chaque homme prit en croupe une compagne jeune ou vieille. Germain partit sur la Grise, qui, bien pansée, ferrée à neuf et ornée de rubans, piaffait et jetait le feu par les naseaux. Il alla chercher sa fiancée à la chaumière avec son beau-frère Jacques, lequel, monté sur la vieille Grise, prit la bonne mère Guillette en croupe, tandis que Germain rentra dans la cour de la ferme, amenant sa chère petite femme d’un air de triomphe.
Puis la joyeuse cavalcade se mit en route, escortée par les enfants à pied, qui couraient en tirant des coups de pistolet et faisaient bondir les chevaux. La mère Maurice était montée sur une petite charrette avec les trois enfants de Germain et les ménétriers. Ils ouvraient la marche au son des instruments. Petit-Pierre était si beau, que la vieille grand-mère en était tout orgueilleuse. Mais l’impétueux enfant ne tint pas longtemps à ses côtés. À un temps d’arrêt qu’il fallut faire à mi-chemin pour s’engager dans un passage difficile, il s’esquiva et alla supplier son père de l’asseoir devant lui sur la Grise.
— Oui-da ! répondit Germain, cela va nous attirer de mauvaises plaisanteries ! il ne faut point.
— Je ne me soucie guère de ce que diront les gens de Saint-Chartier, dit la petite Marie. Prenez-le, Germain, je vous en prie : je serai encore plus fière de lui que de ma toilette de noces.
Germain céda, et le beau trio s’élança dans les rangs au galop triomphant de la Grise.
Et, de fait, les gens de Saint-Chartier, quoique très railleurs et un peu taquins à l’endroit des paroisses environnantes réunies à la leur, ne songèrent point à rire en voyant un si beau marié, une si jolie mariée, et un enfant qui eût fait envie à la femme d’un roi. Petit-Pierre avait un habit complet de drap bleu barbeau, un gilet rouge si coquet et si court qu’il ne lui descendait guère au-dessous du menton. Le tailleur du village lui avait si bien serré les entournures qu’il ne pouvait rapprocher ses deux petits bras. Aussi comme il était fier ! Il avait un chapeau rond avec une ganse noire et or, et une plume de paon sortant crânement d’une touffe de plumes de pintade. Un bouquet de fleurs plus gros que sa tête lui couvrait l’épaule, et les rubans lui flottaient jusqu’aux pieds. Le chanvreur, qui était aussi le barbier et le perruquier de l’endroit, lui avait coupé les cheveux en rond, en lui couvrant la tête d’une écuelle et retranchant tout ce qui passait, méthode infaillible pour assurer le coup de ciseau. Ainsi accoutré, le pauvre enfant était moins poétique, à coup sûr, qu’avec ses longs cheveux au vent et sa peau de mouton à la Saint-Jean-Baptiste ; mais il n’en croyait rien, et tout le monde l’admirait, disant qu’il avait l’air d’un petit homme. Sa beauté triomphait de tout, et de quoi ne triompherait pas, en effet, l’incomparable beauté de l’enfance ?
Sa petite sœur Solange avait, pour la première fois de sa vie, une cornette à la place du béguin d’indienne que portent les petites filles jusqu’à l’âge de deux ou trois ans. Et quelle cornette ! plus haute et plus large que tout le corps de la pauvrette. Aussi comme elle se trouvait belle ! Elle n’osait pas tourner la tête et se tenait toute raide, pensant qu’on la prendrait pour la mariée.
Quant au petit Sylvain, il était encore en robe, et, endormi sur les genoux de sa grand-mère, il ne se doutait guère de ce que c’est qu’une noce.
Germain regardait ses enfants avec amour, et, en arrivant à la mairie, il dit à sa fiancée :
— Tiens, Marie, j’arrive là un peu plus content que le jour où je t’ai ramenée chez nous, des bois de Chanteloube, croyant que tu ne m’aimerais jamais ; je te pris dans mes bras pour te mettre à terre comme à présent ; mais je pensais que nous ne nous retrouverions plus jamais sur la pauvre bonne Grise avec cet enfant sur nos genoux. Tiens, je t’aime tant, j’aime tant ces pauvres petits, je suis si heureux que tu m’aimes, et que tu les aimes, et que mes parents t’aiment, et j’aime tant ma mère et mes amis, et tout le monde aujourd’hui, que je voudrais avoir trois ou quatre cœurs pour y suffire. Vrai, c’est trop peu d’un pour y loger tant d’amitiés et tant de contentements ! J’en ai comme mal à l’estomac.
Il y eut une foule à la porte de la mairie et de l’église pour regarder la jolie mariée. Pourquoi ne dirions-nous pas son costume ? il lui allait si bien ! Sa cornette de mousseline claire et brodée partout avait les barbes garnies de dentelle. Dans ce temps-là les paysannes ne se permettaient pas de montrer un seul cheveu ; et quoiqu’elles cachent sous leurs cornettes de magnifiques chevelures roulées dans des rubans de fil blanc pour soutenir la coiffe, encore aujourd’hui ce serait une action indécente et honteuse que de se montrer aux hommes la tête nue. Cependant elles se permettent à présent de laisser passer sur le front un mince bandeau qui les embellit beaucoup. Mais je regrette la coiffure classique de mon temps : ces dentelles blanches à cru sur la peau avaient un caractère d’antique chasteté qui me semblait plus solennel, et quand une figure était belle ainsi, c’était d’une beauté dont rien ne peut exprimer le charme et la majesté naïve.
La petite Marie portait encore cette coiffure, et son front était si blanc et si pur, qu’il défiait le blanc du linge de l’assombrir. Quoiqu’elle n’eût pas fermé l’œil de la nuit, l’air du matin et surtout la joie intérieure d’une âme aussi limpide que le ciel, et puis encore un peu de flamme secrète, contenue par la pudeur de l’adolescence, lui faisaient monter aux joues un éclat aussi suave que la fleur du pêcher aux premiers rayons d’avril.
Son fichu blanc, chastement croisé sur son sein, ne laissait voir que les contours délicats d’un cou arrondi comme celui d’une tourterelle ; son déshabillé de drap fin vert-myrte dessinait sa petite taille, qui semblait parfaite, mais qui devait grandir et se développer encore, car elle n’avait pas dix-sept ans. Elle portait un tablier de soie violet-pensée, avec la bavette, que nos villageoises ont eu le tort de supprimer et qui donnait tant d’élégance et de modestie à la poitrine. Aujourd’hui elles étalent leur fichu avec plus d’orgueil, mais il n’y a plus dans leur toilette cette fine fleur d’antique pudicité qui les faisait ressembler à des vierges d’Holbein. Elles sont plus coquettes, plus gracieuses. Le bon genre autrefois était une sorte de raideur sévère qui rendait leur rare sourire plus profond et plus idéal.
À l’offrande, Germain mit, selon l’usage, le treizain, c’est-à-dire treize pièces d’argent, dans la main de sa fiancée. Il lui passa au doigt une bague d’argent, d’une forme invariable depuis des siècles, mais que l’alliance d’or a remplacée désormais. Au sortir de l’église, Marie lui dit tout bas : Est-ce bien la bague que je souhaitais ? celle que je vous ai demandée, Germain ?
— Oui, répondit-il, celle que ma Catherine avait au doigt lorsqu’elle est morte. C’est la même bague pour mes deux mariages.
— Je vous remercie, Germain, dit la jeune femme d’un ton sérieux et pénétré. Je mourrai avec, et si c’est avant vous, vous la garderez pour le mariage de votre petite Solange.
LE CHOU
On remonta à cheval et on revint très vite à Belair. Le repas fut splendide et dura, entremêlé de danses et de chants, jusqu’à minuit. Les vieux ne quittèrent point la table pendant quatorze heures. Le fossoyeur fit la cuisine et la fit fort bien. Il était renommé pour cela, et il quittait ses fourneaux pour venir danser et chanter entre chaque service. Il était épileptique pourtant, ce pauvre père Bontemps. Qui s’en serait douté ? Il était frais, fort, et gai comme un jeune homme. Un jour nous le trouvâmes comme mort, tordu par son mal dans un fossé, à l’entrée de la nuit. Nous le rapportâmes chez nous dans une brouette et nous passâmes la nuit à le soigner. Trois jours après il était de noce, chantait comme une grive et sautait comme un cabri, se trémoussant à l’ancienne mode. En sortant d’un mariage, il allait creuser une fosse et clouer une bière. Il s’en acquittait pieusement, et quoiqu’il n’y parût point ensuite à sa belle humeur, il en conservait une impression sinistre qui hâtait le retour de son accès. Sa femme, paralytique, ne bougeait de sa chaise depuis vingt ans. Sa mère en a cent quarante et vit encore. Mais lui, le pauvre homme si gai, si bon, si amusant, il s’est tué l’an dernier en tombant de son grenier sur le pavé. Sans doute, il était en proie au fatal accès de son mal, et, comme d’habitude, il s’était caché dans le foin pour ne pas effrayer et affliger sa famille. Il termina ainsi, d’une manière tragique, une vie étrange comme lui-même, un mélange de choses lugubres et folles, terribles et riantes, au milieu desquelles son cœur était toujours resté bon et son caractère aimable.
Mais nous arrivons à la troisième journée des noces, qui est la plus curieuse et qui s’est maintenue dans toute sa rigueur jusqu’à nos jours. Nous ne parlerons pas de la rôtie que l’on porte au lit nuptial ; c’est un assez sot usage qui fait souffrir la pudeur de la mariée et tend à détruire celle des jeunes filles qui y assistent. D’ailleurs, je crois que c’est un usage de toutes les provinces, et qui n’a chez nous rien de particulier.
De même que la cérémonie des livrées est le symbole de la prise de possession du cœur et du domicile de la mariée, celle du chou est le symbole de la fécondité de l’hymen. Après le déjeuner du lendemain de noces commence cette bizarre représentation d’origine gauloise, mais qui, en passant par le christianisme primitif, est devenue peu à peu une sorte de mystère, ou de moralité bouffonne du moyen âge.
Deux garçons (les plus enjoués et les mieux disposés de la bande) disparaissent pendant le déjeuner, vont se costumer et enfin reviennent escortés de la musique, des chiens, des enfants et des coups de pistolet. Ils représentent un couple de gueux, mari et femme, couverts des haillons les plus misérables. Le mari est le plus sale des deux : c’est le vice qui l’a ainsi dégradé ; la femme n’est que malheureuse et avilie par les désordres de son époux.
Ils s’intitulent le jardinier et la jardinière et se disent préposés à la garde et à la culture du chou sacré. Mais le mari porte diverses qualifications qui toutes ont un sens. On l’appelle indifféremment le pailloux, parce qu’il est coiffé d’une perruque de paille ou de chanvre, et que, pour cacher sa nudité mal garantie par ses guenilles, il s’entoure les jambes et une partie du corps de paille. Il se fait aussi un gros ventre ou une bosse avec de la paille ou du foin cachés sous sa blouse. Le peilloux, parce qu’il est couvert de peille (guenilles). Enfin, le païen, ce qui est plus significatif encore, parce qu’il est censé, par son cynisme et ses débauches, résumer en lui l’antipode de toutes les vertus chrétiennes.
Il arrive, le visage barbouillé de suie et de lie de vin, quelquefois affublé d’un masque grotesque. Une mauvaise tasse de terre ébréchée, ou un vieux sabot pendu à sa ceinture par une ficelle, lui sert à demander l’aumône du vin. Personne ne lui refuse, et il feint de boire, puis il répand le vin par terre, en signe de libation. À chaque pas, il tombe, il se roule dans la boue ; il affecte d’être en proie à l’ivresse la plus honteuse. Sa pauvre femme court après lui, le ramasse, appelle au secours, arrache les cheveux de chanvre qui sortent en mèches hérissées de sa cornette immonde, pleure sur l’abjection de son mari et lui fait des reproches pathétiques.
— Malheureux ! lui dit-elle, vois où nous a réduits ta mauvaise conduite ! J’ai beau filer, travailler pour toi, raccommoder tes habits ! tu te déchires, tu te souilles sans cesse. Tu m’as mangé mon pauvre bien, nos six enfants sont sur la paille, nous vivons dans une étable avec les animaux ; nous voilà réduits à demander l’aumône, et encore tu es si laid, si dégoûtant, si méprisé, que bientôt on nous jettera le pain comme à des chiens. Hélas ! mes pauvres mondes (mes pauvres gens), ayez pitié de nous ! ayez pitié de moi ! Je n’ai pas mérité mon sort, et jamais femme n’a eu un mari plus malpropre et plus détestable. Aidez-moi à le ramasser, autrement les voitures l’écraseront comme un vieux tesson de bouteille, et je serai veuve, ce qui achèverait de me faire mourir de chagrin, quoique tout le monde dise que ce serait un grand bonheur pour moi.
Tel est le rôle de la jardinière et ses lamentations continuelles durant toute la pièce. Car c’est une véritable comédie libre, improvisée, jouée en plein air, sur les chemins, à travers champs, alimentée par tous les accidents fortuits qui se présentent, et à laquelle tout le monde prend part, gens de la noce et du dehors, hôtes des maisons et passants des chemins pendant trois ou quatre heures de la journée, ainsi qu’on va le voir. Le thème est invariable, mais on brode à l’infini sur ce thème, et c’est là qu’il faut voir l’instinct mimique, l’abondance d’idées bouffonnes, la faconde, l’esprit de repartie et même l’éloquence naturelle de nos paysans.
Le rôle de la jardinière est ordinairement confié à un homme mince, imberbe et à teint frais, qui sait donner une grande vérité à son personnage et jouer le désespoir burlesque avec assez de naturel pour qu’on en soit égayé et attristé en même temps comme d’un fait réel. Ces hommes maigres et imberbes ne sont pas rares dans nos campagnes, et, chose étrange, ce sont parfois les plus remarquables pour la force musculaire.
Après que le malheur de la femme est constaté, les jeunes gens de la noce l’engagent à laisser là son ivrogne de mari et à se divertir avec eux. Ils lui offrent le bras et l’entraînent. Peu à peu elle s’abandonne, s’égaye et se met à courir, tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre, prenant des allures dévergondées : nouvelle moralité, l’inconduite du mari provoque et amène celle de la femme.
Le païen se réveille alors de son ivresse ; il cherche des yeux sa compagne, s’arme d’une corde et d’un bâton, et court après elle. On le fait courir, on se cache, on passe la femme de l’un à l’autre, on essaye de la distraire et de tromper le jaloux. Ses amis s’efforcent de l’enivrer. Enfin il rejoint son infidèle et veut la battre. Ce qu’il y a de plus réel et de mieux observé dans cette parodie des misères de la vie conjugale, c’est que le jaloux ne s’attaque jamais à ceux qui lui enlèvent sa femme. Il est fort poli et prudent avec eux, il ne veut s’en prendre qu’à la coupable, parce qu’elle est censée ne pouvoir lui résister.
Mais au moment où il lève son bâton et apprête sa corde pour attacher la délinquante, tous les hommes de la noce s’interposent et se jettent entre les deux époux. Ne la battez pas ! ne battez jamais votre femme ! est la formule qui se répète à satiété dans ces scènes. On désarme le mari, on le force à pardonner, à embrasser sa femme, et bientôt il affecte de l’aimer plus que jamais. Il s’en va bras dessus, bras dessous avec elle, en chantant et en dansant, jusqu’à ce qu’un nouvel accès d’ivresse le fasse rouler par terre : et alors recommencent les lamentations de la femme, son découragement, ses égarements simulés, la jalousie du mari, l’intervention des voisins et le raccommodement. Il y a dans tout cela un enseignement naïf, grossier même, qui sent fort son origine moyen âge, mais qui fait toujours impression, sinon sur les mariés, trop amoureux ou trop raisonnables aujourd’hui pour en avoir besoin, du moins sur les enfants et les adolescents. Le païen effraye et dégoûte tellement les jeunes filles, en courant après elles et en feignant de vouloir les embrasser, qu’elles fuient avec une émotion qui n’a rien de joué. Sa face barbouillée et son grand bâton (inoffensif pourtant) font jeter les hauts cris aux marmots. C’est de la comédie de mœurs à l’état le plus élémentaire, mais aussi le plus frappant.
Quand cette farce est bien mise en train, on se dispose à aller chercher le chou. On apporte une civière sur laquelle on place le païen armé d’une bêche, d’une corde et d’une grande corbeille. Quatre hommes vigoureux l’enlèvent sur leurs épaules. Sa femme le suit à pied, les anciens viennent en groupe après lui d’un air grave et pensif ; puis la noce marche par couples au pas réglé par la musique. Les coups de pistolet recommencent, les chiens hurlent plus que jamais à la vue du païen immonde, ainsi porté en triomphe. Les enfants l’encensent dérisoirement avec des sabots au bout d’une ficelle.
Mais pourquoi cette ovation à un personnage si repoussant ? On marche à la conquête du chou sacré, emblème de la fécondité matrimoniale, et c’est cet ivrogne abruti qui, seul, peut porter la main sur la plante symbolique. Sans doute il y a là un mystère antérieur au christianisme, et qui rappelle la fête des Saturnales, ou quelque bacchanale antique. Peut-être ce païen, qui est en même temps le jardinier par excellence, n’est-il rien moins que Priape en personne, le dieu des jardins et de la débauche, divinité qui dut être pourtant chaste et sérieuse dans son origine, comme le mystère de la reproduction, mais que la licence des mœurs et l’égarement des idées ont dégradée insensiblement.
Quoi qu’il en soit, la marche triomphale arrive au logis de la mariée et s’introduit dans son jardin. Là on choisit le plus beau chou, ce qui ne se fait pas vite, car les anciens tiennent conseil et discutent à perte de vue, chacun plaidant pour le chou qui lui paraît le plus convenable. On va aux voix, et quand le choix est fixé, le jardinier attache sa corde autour de la tige et s’éloigne autant que le permet l’étendue du jardin. La jardinière veille à ce que, dans sa chute, le légume sacré ne soit point endommagé. Les Plaisants de la noce, le chanvreur, le fossoyeur, le charpentier ou le sabotier (tous ceux enfin qui ne travaillent pas la terre, et qui, passant leur vie chez les autres, sont réputés avoir, et ont réellement plus d’esprit et de babil que les simples ouvriers agriculteurs), se rangent autour du chou. L’un ouvre une tranchée à la bêche, si profonde qu’on dirait qu’il s’agit d’abattre un chêne. L’autre met sur son nez une drogue en bois ou en carton qui simule une paire de lunettes : il fait l’office d’ingénieur, s’approche, s’éloigne, lève un plan, lorgne les travailleurs, tire des lignes, fait le pédant, s’écrie qu’on va tout gâter, fait abandonner et reprendre le travail selon sa fantaisie, et le plus longuement, le plus ridiculement possible dirige la besogne. Ceci est-il une addition au formulaire antique de la cérémonie, en moquerie des théoriciens en général que le paysan coutumier méprise souverainement, ou en haine des arpenteurs qui règlent le cadastre et répartissent l’impôt, ou enfin des employés aux ponts et chaussées qui convertissent des communaux en routes et font supprimer de vieux abus chers au paysan ? Tant il y a que ce personnage de la comédie s’appelle le géomètre, et qu’il fait son possible pour se rendre insupportable à ceux qui tiennent la pioche et la pelle.
Enfin, après un quart d’heure de difficultés et de momeries, pour ne pas couper les racines du chou et le déplanter sans dommage, tandis que des pelletées de terre sont lancées au nez des assistants (tant pis pour qui ne se range pas assez vite ; fût-il évêque ou prince, il faut qu’il reçoive le baptême de la terre), le païen tire la corde, la païenne tend son tablier, et le chou tombe majestueusement aux vivat des spectateurs. Alors on apporte la corbeille, et le couple païen y plante le chou avec toutes sortes de soins et de précautions. On l’entoure de terre fraîche, on le soutient avec des baguettes et des liens, comme font les bouquetières des villes pour leurs splendides camélias en pot ; on pique des pommes rouges au bout des baguettes, des branches de thym, de sauge et de laurier tout autour : on chamarre le tout de rubans et de banderoles ; on recharge le trophée sur la civière avec le païen, qui doit le maintenir en équilibre et le préserver d’accident, et enfin on sort du jardin en bon ordre et au pas de marche.
Mais là quand il s’agit de franchir la porte, de même que lorsque ensuite il s’agit d’entrer dans la cour de la maison du marié, un obstacle imaginaire s’oppose au passage. Les porteurs du fardeau trébuchent, poussent de grandes exclamations, reculent, avancent encore et, comme repoussés par une force invisible, feignent de succomber sous le poids. Pendant cela, les assistants rient, excitent et calment l’attelage humain. « Bellement ! bellement, enfant ! La, la, courage ! Prenez garde ! patience ! Baissez-vous. La porte est trop basse ! Serrez-vous, elle est trop étroite ! un peu à gauche ; à droite à présent ! allons, du cœur, vous y êtes ! »
C’est ainsi que dans les années de récolte abondante, le char à bœufs, chargé outre mesure de fourrage ou de moissons, se trouve trop large ou trop haut pour entrer sous le porche de la grange. C’est ainsi qu’on crie après les robustes animaux pour les retenir ou les exciter ; c’est ainsi qu’avec de l’adresse et de vigoureux efforts on fait passer la montagne des richesses, sans l’écrouler, sous l’arc de triomphe rustique. C’est surtout le dernier charroi, appelé la gerbaude, qui demande ces précautions, car c’est aussi une fête champêtre, et la dernière gerbe enlevée au dernier sillon est placée au sommet du char, ornée de rubans et de fleurs, de même que le front des bœufs et l’aiguillon du bouvier. Ainsi l’entrée triomphale et pénible du chou dans la maison est un simulacre de la prospérité et de la fécondité qu’il représente.
Arrivé dans la cour du marié, le chou est enlevé et porté au plus haut de la maison ou de la grange. S’il est une cheminée, un pignon, un pigeonnier plus élevé que les autres faîtes, il faut, à tout risque, porter ce fardeau au point culminant de l’habitation. Le païen l’accompagne jusque-là, le fixe et l’arrose d’un grand broc de vin, tandis qu’une salve de coups de pistolet et les contorsions joyeuses de la païenne signalent son inauguration.
La même cérémonie recommence immédiatement. On va déterrer un autre chou dans le jardin du marié pour le porter avec les mêmes formalités sur le toit que sa femme vient d’abandonner pour le suivre. Ces trophées restent là jusqu’à ce que le vent et la pluie détruisent les corbeilles et emportent le chou. Mais ils y vivent assez longtemps pour donner quelque chance de succès à la prédiction que font les anciens et les matrones en le saluant. « Beau chou, disent-ils, vis et fleuris, afin que notre jeune mariée ait un beau petit enfant avant la fin de l’année ; car si tu mourais trop vite, ce serait signe de stérilité, et tu serais là-haut sur sa maison comme un mauvais présage. »
La journée est déjà avancée quand toutes ces choses sont accomplies. Il ne reste plus qu’à faire la conduite aux parrains et marraines des conjoints. Quand ces parents putatifs demeurent au loin, on les accompagne avec la musique et toute la noce jusqu’aux limites de la paroisse. Là, on danse encore sur le chemin et on les embrasse en se séparant d’eux. Le païen et sa femme sont alors débarbouillés et rhabillés proprement, quand la fatigue de leur rôle ne les a pas forcés à aller faire un somme.
On dansait, on chantait et on mangeait encore à la métairie du Belair, ce troisième jour de noce, à minuit, lors du mariage de Germain. Les anciens, attablés, ne pouvaient s’en aller, et pour cause. Ils ne retrouvèrent leurs jambes et leurs esprits que le lendemain au petit jour. Alors, tandis que ceux-là regagnaient leurs demeures, silencieux et trébuchants, Germain, fier et dispos, sortit pour aller lier ses bœufs, laissant sommeiller sa jeune compagne jusqu’au lever du soleil. L’alouette, qui chantait en montant vers les cieux, lui semblait être la voix de son cœur rendant grâce à la Providence. Le givre, qui brillait aux buissons décharnés, lui semblait la blancheur des fleurs d’avril précédant l’apparition des feuilles. Tout était riant et serein pour lui dans la nature. Le petit Pierre avait tant ri et tant sauté la veille, qu’il ne vint pas l’aider à conduire ses bœufs ; mais Germain était content d’être seul. Il se mit à genoux dans le sillon qu’il allait refendre, et fit la prière du matin avec une effusion si grande que deux larmes coulèrent sur ses joues encore humides de sueur.
On entendait au loin les chants des jeunes garçons des paroisses voisines, qui partaient pour retourner chez eux, et qui redisaient d’une voix un peu enrouée les refrains joyeux de la veille.
Le flux Bluesky
😏☝️ On peut donc dire que les hommes sont presque parfaits.
Surnommé la « chapelle Sixtine de l'art pariétal », elle est aujourd’hui l’un des sites emblématiques de l'art préhistorique 🏞️🎨.
#CeJourLà
Elle commémore la date de la déclaration d'indépendance du Brésil du 7 septembre 1822 par le prince-régent Pierre qui est alors proclamé « empereur du Brésil ».
fr.wikipedia.org/wiki/Br%C3%A...
#CeJourLà
Quand on dit « ketchup », on pense aussitôt à une sauce rouge, sucrée et épaisse, servie avec des frites. Pourtant, avant 1812, le ketchup n’a rien à voir avec cela...
😏 A Marseille, on en a acheté un : en 1 minute, ils ont volé le robot.
Son règne est marqué par l'épanouissement du théâtre anglais incarné par William Shakespeare, ainsi que par les prouesses maritimes d'aventuriers comme Francis Drake.
fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89l...
#CeJourLà
un almanach bien pratique en forme d'accordéon, réalisé au Danemark(et conservé à la bibliothèque royale du même pays) en 1513.Plié, l'objet est aussi petit qu'une boîte d'allumettes
photographe Ian Jones, "Samen oud worden" (Vieillir ensemble)
De retour à la maison, il se déshabille sans faire de bruit et se recouche doucement tout près de son épouse en lui chuchotant à l’oreille : « Il pleut comme vache qui pisse ! ».
Et elle, de lui répondre : « Quand je pense que l’autre idiot est en train de pédaler… »
Dimanche six heures du matin, l’homme se lève sans faire de bruit pour ne pas réveiller son épouse. Il charge son VTT dans la voiture, et s’en va.
Arrivé sur le parcours il se met à tomber des trombes d’eau. Sa matinée est foutue, il décide alors de rentrer chez lui.
Ce dernier constitue l'un des plus beaux châteaux de la Renaissance.
fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A...
#CeJourLà
L'obscurité ne peut pas chasser l'obscurité seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine seul l'amour le peut.
Martin Luther King